Versification : notions de base

Les pages renvoient à cet usuel : Michèle Aquien, Versification appliquée aux textes, Nathan, coll. 128.

1. Analyse phonétique

Les outils de l'analyse phonétique sont valables aussi bien pour les vers que pour la prose.

  • Connaître l’alphabet phonétique international (p. 7-9).
    Savoir écouter un texte en rapprochant ou en opposant entre eux les phonèmes, ou les familles de phonèmes (voyelles antérieures ou postérieures, orales ou nasales, ouvertes ou fermées ; consonnes sourdes ou sonores, occlusives ou continues, labiales, dentales, palatales, dorsales (ou gutturales), fricatives, liquides, nasales).
  • Allitération (isotopie consonantique), assonance (isotopie vocalique). Attention, la notion d'assonance prend un sens particulier en versification, quand elle se distingue de la rime proprement dite (voir ci-dessous)
  • N.B. : le mot «isotopie» désigne toute forme de récurrence. Cette notion est utile pour étudier les facteurs de cohérence dans un texte. Il peut arriver qu’une isotopie phonique autorise une explication psychologique, ou puisse s’expliquer par une harmonie imitative («Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?» demande Oreste dans sa folie : Andromaque, v. 1638). Cependant, le plus souvent, elle appelle une écoute musicale et une interprétation en termes d’accord ou de discordance, de cohérence, de contraste… etc.

2. Vers et décompte des syllabes

  • Syllabes

    - Syllabes ouvertes (s'achevant par une voyelle prononcée) ou fermées (s'achevant par une consonne) : p. 11.
    - Le «e» caduc (p. 13-17) caractérise les désinences dites «féminines».
    - Diérèse, division d’une syllabe en deux, et synérèse, union deux syllabes en une (p. 17 ; noter que leur usage stylistique date pour l'essentiel du XIXe s.).

  • Mètres

    - Isométrie (homogénéité du mètre dans un poème) et hétérométrie. Distinguer les Vers mêlés (chez la Fontaine par exemple ; à distinguer des vers libres, qui datent de la fin du XIXe siècle) : p. 28. Le vers libre est parfois confondu avec le vers blanc, qu’on trouve dans la prose (p. 29 sq). Noter que les poèmes en vers libres possèdent non des strophes, mais des séquences ; les mètres utilisés sont divers, et il n'y a pas de rimes.
    - L’alexandrin, qui compte douze syllabes, s’impose progressivement au cours du XVIe s. Le décasyllabe est le vers lyrique par excellence, avant que ne s’impose l’alexandrin. L’octosyllabe domine au Moyen Âge) : p. 26.
    - Le verset (p. 34 sq.) est usité au XXe s. (voir Claudel, en particulier). Noter qu’il peut comprendre des vers, et qu’il peut être soit «cadencé», soit «amorphe».

3. Le rythme

Il dépend :

  • de la ponctuation,
  • de l'accentuation,
  • des coupes et des césures.

Ce qu’il faut savoir :

  • Distinguer la césure (qui est fixe : après la 6e syllabe pour l'alexandrin, la 4e pour le décasyllabe et pour l’octosyllabe) et la coupe (qui est variable). Il n’y a qu’une césure dans le vers, alors qu’il y a aucun moins deux coupes.
    La césure provoque en principe un accent sur la syllabe qui la précède. Elle est ressentie, à partir de Ronsard, comme un repos dans le vers.
    Une coupe est généralement déterminée par une accentuation tonique.

    Cas particuliers (p. 42 et 47-48) :
    - coupe ou césure épique,
    - coupe ou césure enjambante
    - et coupe ou césure lyrique

  • Les mesures sont délimitées par les coupes (p. 48)
  • Scander un vers, c’est identifier les mesures qui définissent le rythme (p. 12) : Iambe (u-), trochée (-u), spondée (- -), dactyle (-uu) et anapeste (uu-) subsistent dans la poésie du XVIe siècle, par imitation de la scansion grecque et latine, mais la scansion est aussi utile au-delà de cette limite chronologique.

  • L’accent :
  • - accent tonique, oratoire (p. 46) : à comparer, dans l’analyse d’un vers, avec la césure et la coupe d'une part, et les isotopies phoniques (assonances, allitérations) d'autre part.
    - Notion très utile de mot phonologique (voir le fameux «Doukipudonktan» de Zazie dans le métro), à distinguer du mot grammatical (lexème).
    Pour comprendre l'accentuation naturelle du français, consulter cette. page instructive ici (univers. cath. de Liège).

  • L’enjambement : débordement de la syntaxe au delà du vers. Le rejet et le contre-rejet sont des enjambements, qui permettent d’amplifier le vers et de mettre en valeur un élément.
    Notions clés permettant d’exploiter au mieux ces observations, sans tomber le piège de l’interprétation psychologique : concordances et les discordances (p. 50-55).


  • Rythme et rhétorique : le rythme d’un poème peut souligner efficacement toutes sortes de figures de répétition (parallélismes, antithèses, épizeuxe, gémination…) et se doubler d’une anaphore ou d’une épiphore par exemple. Voir le glossaire (p. 121).
    Certaines formes poétiques d’origine religieuse, comme la litanie et la prière, font un usage fécond de la répétition.

4. Les strophes

  • Distique (2 vers), tercet (3), quatrain (4), quintil (5), sizain (6)… (p. 99)
  • Strophe simple (avec un seul système de rimes, par exemple rimes plates) et strophe composée (deux systèmes de rimes, par exemple 2 rimes embrassées suivies d’une rime plate) : p. 102.

5. Les rimes

  • Rime pure, fonctionnant aussi bien pour l'oreille que pour l'œil (p. 75)
  • Rime facile (vérité / liberté), qui peut être une rime dérivative (bonheur / malheur, injure / parjure…). Rime banale (ombre / sombre, amours / toujours…, victoire / gloire) : p. 76. Ces rimes ne doivent pas être méprisées : elles ont une vraie fonction dans l’écriture.
  • Rime riche (3 sons en commun, voyelle ET consonne, comme funeste / Oreste, rage / orage…), suffisante (2 sons en commun : ordonne / Hermione) et pauvre (1 son commun : frapper / venger) : p. 74.
  • Rime féminine / masculine, et principe de l’alternance qui émerge au XVIe s. (p. 82 sq.), à observer dans l’extrait suivant (Racine, Andromaque, où Pyrrhus offre pour la seconde et dernière fois son amour à Andromaque ; profiter de cet exemple pour qualifier les rimes selon les autres critères énumérés ci-dessus.


    Je sais de quels serments je romps pour vous les chaînes,
    Combien je vais sur moi faire éclater de haines.
    Je renvoie Hermione, et je mets sur son front,
    Au lieu de ma couronne, un éternel affront.
    Je vous conduis au temple où son hymen s’apprête ;
    Je vous ceins du bandeau préparé pour sa tête.
    Mais ce n’est plus, Madame, une offre à dédaigner :
    Je vous le dis, il faut ou périr ou régner.
    Mon cœur, désespéré d’un an d’ingratitude,
    Ne peut plus de son sort souffrir l’incertitude.
    C’est craindre, menacer et gémir trop longtemps.
    Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j’attends.
    Songez-y : je vous laisse ; et je viendrai vous prendre
    Pour vous mener au temple, où ce fils doit m’attendre ;
    975Et là vous me verrez, soumis ou furieux,
    Vous couronner, Madame, ou le perdre à vos yeux.

  • Rime équivoquée

    Clément Marot, «Petite épître au roi» (L’Adolescence clémentine) :

    En m'ébattant je fais rondeaux en rime,
    Et en rimant bien souvent je m'enrime ;
    Bref, c'est pitié d'entre nous rimailleurs,
    Car vous trouvez assez de rime ailleurs,
    Et quand vous plaît, mieux que moi rimassez,
    Des biens avez et de la rime assez.
    Mais moi, à tout ma rime et ma rimaille
    Je ne soutiens (dont je suis marri) maille.
    Or ce me dit (un jour) quelque rimart :
    «Viens ça, Marot, trouves-tu en rime art
    Qui serve aux gens, toi qui a rimassé ?
    - Oui vraiment (réponds-je) Henri Macé.
    Car vois-tu bien, la personne rimante,
    Qui au jardin de son sens la rime ente,
    Si elle n'a des biens en rimoyant,
    Elle prendra plaisir en rime oyant;
    Et m'est d'avis que, si je ne rimois,
    Mon pauvre corps ne serait nourri mois
    Ni demi-jour. Car la moindre rimette
    C'est le plaisir où faut que mon ris mette
    Si vous suppli qu'à ce jeune rimeur
    Fassiez avoir un jour par sa rime heur.
    Afin qu'on dise, en prose ou en rimant :
    «Ce rimailleur qui s'allait enrimant
    Tant rimassa, rima et rimonna,
    Qu'il a connu quel bien par rime on a

  • Rimes suivies, embrassées, croisées, tripartites, quadriparties (p. 73)
  • Rime léonine (p. 88, 92) : deux voyelles sont communes au lieu d'une (fidèle / criminelle).
  • Vers léonin (à distinguer de la «rime léonine») : le premier hémistiche rime avec la fin du vers dans lequel il se trouve.
  • Rime batelée : un vers rime avec le premier hémistiche du vers suivant.
  • Rime brisée : fait rimer non seulement deux vers, mais aussi leurs hémistiches.
  • Rime annexée (la syllabe placée à la rime se retrouve au début du vers suivant)
  • Rime enjambée (la rime se poursuit au début du vers suivant)
  • La rime senée est une homophonie des syllabes initiales de deux vers consécutifs.
  • La rime normande (fils / ensevelis).
On prêtera attention aux rimes non-classiques et approximatives (p. 88-89). La rime approximative n’est pas seulement distincte de la rime pure : on peut associer une désinence de singulier avec une désinence de pluriel («gloire» / «victoires»), ne pas respecter l'alternance traditionnelle des rimes masculines et des rimes féminines, pratiquer l'assonance (homophonie vocalique, sans consonne commune) ou la contre-assonance (homophonie consonantique seulement: p. 79). Noter que l’assonance existait avant la rime.
Sur cette notion de rime approximative, consulter le Dictionnaire de poétique de Michèle Aquien (Le livre de poche), qui donne des explications claires et détaillées.


La rime met en relation, pour l’oreille et pour la vue, deux ou plusieurs mots. Ce rapprochement peut s’interpréter d’une multitude manières. Si deux mots qui riment entre eux convergent dans le même sens («horreur» et «malheur» par exemple), on parle de rime sémantique. S’ils s’opposent («horreur» et «bonheur» par exemple), on parle de rime antisémantique.

6. Les formes

  • Les formes fixes

    - Le sonnet est la forme fixe qui a connu le plus vif succès en France : «italien» (3 quatrains en rimes embrassées, autour d’un distique aux v. 9 et 10), «français» (idem, mais les dernier quatrain est à rimes croisées ; noter que les dénominations «italien» et «français» sont arbitraires), élisabéthain (ou shakespearien : avec 3 quatrains à rimes croisées, et un distique).
    Les sonnets hétérométriques sont dits «layés».
    - Rondeau, triolet, rondel (p. 110-111)
    - Ballade (p. 112 sq.)
    - Sextine (p. 120)
    - terza rima (avec rime orpheline et rime disjointe, p. 107-108)

  • Les autres formes

    Aux formes fixes s’ajoutent des formes plus libres, comme la complainte, la chanson ou l’ode.

Français: 

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