Hommes et dieux (13) : « Les dieux aiment la chasse, comme acteurs et comme spectateurs » (Xénophon)

Μὴ ζηλοῦν δὲ μηδὲ τοὺς ἐπὶ τὰς πλεονεξίας εἰκῇ ἰόντας, μήτ᾽ ἐπὶ τὰς ἰδίας μήτ᾽ ἐπὶ τὰς δημοσίας, ἐνθυμηθέντα ὅτι οἱ μὲν ἄριστοι αὐτῶν γιγνώσκονται μὲν ἐπὶ τὰ βελτίω ἐπίπονοι (autre version : ἐπίφθονοι) δέ εἰσιν, οἱ δὲ κακοὶ πάσχουσί τε κακῶς καὶ γιγνώσκονται ἐπὶ τὰ χείρω. ζηλόω-ῶ envier, jalouser
μηδέ adverbial : « non plus ». Distinguer οὔδε (ou μήδε) « et ne pas », « ne pas même », « pas non plus  » (négation + coordination) et οὐτέ… οὐτέ… (ou μητέ… μητέ…) ni… ni…
ἡ πλεονεξία la gain, l’avantage
εἰκῇ (adv.) au hasard.
ἰόντας : ici comme souvent on risque de confondre εἰμι, εἶμι et ἵημι. Ἴων est le participe de εἶμι (aller).
ἴδιος privé, particulier
δημόσιος, α, ον public
ἐνθυμέομαι-οῦμαι se mettre dans l’esprit, réfléchir, aoriste de morphologie passive (ἐνεθυμήθην)
βελτίω = βελτίονα comparatif d’ἀγαθός au neutre pluriel
ἐπίπονος, ος, ον : qui peine / qui coûte de la peine
ἐπίφθονος, ος, ον : envié / envieux
χείρω = χείρονα comparatif de κακός au neutre pluriel

Ne pas envier non plus ceux qui s’orientent à l’aventure vers les avantages, que ce soit vers les (avantages) particuliers ou vers ceux (qui sont) publics, songeant que les meilleurs d’entre eux sont reconnus à leurs meilleures actions et font des efforts (autre version : et sont jalousés), tandis que les mauvais à la fois échouent et sont reconnus à leurs pires actions.

[…] Ἔρχονται δὲ οἱ μὲν ἐπὶ τὰ θηρία, οἱ δ᾽ ἐπὶ τοὺς φίλους. Εἶθ᾽ οἱ μὲν ἐπὶ τοὺς φίλους ἰόντες δύσκλειαν ἔχουσι παρὰ πᾶσιν, οἱ δὲ κυνηγέται ἐπὶ τὰ θηρία ἰόντες εὔκλειαν· ἑλόντες μὲν γὰρ πολέμια νικῶσι, μὴ ἑλόντες δὲ πρῶτον μὲν ὅτι πάσης τῆς πόλεως ἐχθροῖς ἐπιχειροῦσιν ἔπαινον ἔχουσιν, ἔπειτα ὅτι οὔτ᾽ ἐπ᾽ ἀνδρὸς βλάβῃ οὔτε φιλοκερδείᾳ ἔρχονται. ἔρχομαι ἐπί : aller à la rencontre de (sens militaire)
τὸ θηρίον la bête sauvage
εἶτα ensuite, εἶθ élision et aspiration (≠ εἴθ’ résultat de l’élision de εἴθε)
ἡ δύσκλεια mauvaise réputation, infamie (κλέος gloire), contraire εὔκλεια
ὁ κυνηγέτης, ου le chasseur
αἱρέω-ῶ aoriste εἷλον
ἡ φιλοκέρδεια l’appât du gain

[…] Les uns affrontent les bêtes sauvages, les autres leurs (propres) amis. Par suite les uns, parce qu’ils affrontent leurs amis, remportent l’infamie, tandis que les chasseurs, parce qu’ils affrontent les bêtes sauvages, gagnent la gloire ; si en effet ils en attrapent, ils sont vainqueurs de forces hostiles, mais s’ils n’en attrapent pas, d’abord parce qu’ils s’attaquent à des ennemis de toute la cité ils sont félicités, ensuite parce qu’ils ne visent ni à nuire à un homme ni à l’appât du gain.

[…] Οἱ μὲν οὖν κατὰ πόλιν βουλόμενοι πλεονεκτεῖν μελετῶσι νικᾶν φίλους, οἱ δὲ κυνηγέται κοινοὺς ἐχθρούς· καὶ τοὺς μὲν ἡ μελέτη αὕτη ποιεῖ πρὸς τοὺς ἄλλους πολεμίους ἀμείνους, τοὺς δὲ πολὺ χείρους· πλεονεκτέω-ῶ dominer
μελετάω-ῶ prendre soin de, s’exercer à (d’où ἡ μελέτη l’exercice)
νικάω-ῶ vaincre
τοὺς μὲν
ἀμείνους = ἀμείνονας, acc. pluriel de ἀμείνων (comparatif de ἀγαθός)
χείρους = χείρονας, accusatif pluriel de χείρων (comparatif de κακός)
Οἱ μέν… = ceux qui font de la politique, οἱ δέ… = les chasseurs, τοὺς μέν… = les chasseurs, τοὺς δέ… = ceux qui font de la politique. Structure en chiasme

[…] Donc les uns, dans l’intention d’obtenir le pouvoir dans la cité → le pouvoir politique s’exercent à vaincre leurs amis, tandis que les chasseurs, eux, (s’exercent à vaincre) des ennemis communs ; et si ce dernier exercice rend ceux-ci meilleurs (dans le combat) contre les autres ennemis, (le premier exercice) rend les premiers bien plus mauvais.

καὶ τοῖς μὲν ἡ ἄγρα μετὰ σωφροσύνης, τοῖς δὲ μετὰ αἰσχροῦ θράσους. Κακοηθείας δὲ καὶ αἰσχροκερδείας οἱ μὲν δύνανται καταφρονεῖν, οἱ δ᾽ οὐ δύνανται· φωνὴν δὲ οἱ μὲν εὐεπῆ ἱᾶσιν, οἱ δ᾽ αἰσχράν· πρὸς δὲ τὰ θεῖα τοῖς μὲν οὐδὲν ἐμποδὼν ἀσεβεῖν, οἱ δ᾽ εὐσεβέστατοι. ἡ ἄγρα, ας la chasse
αἰσχρός, ά, όν honteux
τὸ θράσος, ους (3e décl.) : la hardiesse, l’effronterie
ἡ κακοήθεια la lâcheté de caractère
ἡ αἰσχροκέρδειας la cupidité honteuse
καταφρονέω-ῶ dédaigner (complément au génitif à cause du préverbe κατα exprimant l’hostilité)
εὐεπής, ής, ές parlant bien
ἐμποδών εἶναι faire obstacle à, empêcher (+ personne au datif)
ἀσεβέω-ῶ être impie
εὐσεβής, ής, ές pieux

Chez les uns la chasse s’accompagne de prudence, tandis que chez les autres (la chasse politique) s’accompagne d’une scandaleuse audace. Si les uns peuvent mépriser la lâcheté et la honteuse cupidité, les autres en sont incapables ; si les uns font entendre une voix éloquente, la parole des autres est vile ; concernant la religion, rien ne fait obstacle à l’impiété des uns, alors que les autres font preuve de la plus grande piété.

Λόγοι γὰρ παλαιοὶ κατέχουσιν ὡς καὶ θεοὶ τούτῳ τῷ ἔργῳ χαίρουσι, καὶ πράττοντες καὶ ὁρῶντες, ὥστε ὑπάρχειν ἐνθυμουμένους τούτων θεοφιλεῖς τ᾽ εἶναι καὶ εὐσεβεῖς τοὺς νέους τοὺς ποιοῦντας ἃ ἐγὼ παραινῶ, οἰομένους ὑπὸ θεῶν του ὁρᾶσθαι ταῦτα. κατ·έχω contenir, comporter
ὥστε + infinitif : conséquence logique (si bien que)
ὑπάρχω prendre l’initiative de + génitif
παραινέω-ῶ exhorter (discours « parénétique »)
του = τινος (cf. τῳ = τινι et ἅττα = τινα neutre pluriel)

Les récits anciens → les récits des anciens attestent que les dieux mêmes ont cette activité en faveur, aussi bien en la pratiquant qu’en la regardant (comme acteurs et comme spectateurs) ; aussi, s’ils ont à cœur de prendre ces initiatives, deviennent-ils chers aux dieux et emplis de piété, les jeunes gens qui font ce à quoi je les exhorte, songeant que ces actions sont regardées par les dieux.

Οὗτοι δ᾽ ἂν εἶεν καὶ τοκεῦσιν ἀγαθοὶ καὶ πάσῃ τῇ ἑαυτῶν πόλει καὶ ἑνὶ ἑκάστῳ τῶν φίλων καὶ πολιτῶν. Οὐ μόνον δὲ ὅσοι ἄνδρες κυνηγεσίων ἠράσθησαν ἐγένοντο ἀγαθοί, ἀλλὰ καὶ αἱ γυναῖκες αἷς ἔδωκεν ἡ θεὸς ταῦτα, Ἀταλάντη καὶ Πρόκρις καὶ ἥτις ἄλλη. ἂν εἶεν optatif de εἰμι avec ἄν = potentiel : ils pourraient être
ὁ τοκεύς, έως père, parent
ἑαυτοῦ pronom réfléchi de 3e personne
εἷς ἑκάστος tout un chacun (attention à ἕνι datif du numéral εἷς)
τὸ κυνηγέσιον la chasse
ἐράομαι-ῶμαι être épris de (+ génitif), ici à l’aoriste 3e plur. (morphologie passive : ἠράσθην, futur ἐρασθήσομαι)
ἔδωκε(ν) aoriste de δίδωμι, 3e sing.
ἡ θεός désigne Artémis, mais c’est bien ἡ θεός qu’il faut traduire.

Ces jeunes gens seraient bons pour leurs parents et pour leur cité tout entière, ainsi que pour chacun de leurs amis et de leurs concitoyens. Non seulement tous les hommes qui furent épris de chasse furent bons, mais aussi les femmes auxquelles la déesse a fait ce don : Atalante, Procris, etc.