Hommes et dieux (11) : « Les dieux sont bien des animaux, n’est-ce pas? » (Platon)

Le sophiste Dionysodore interroge Socrate ; c’est celui-ci qui rapporte ce dialogue à Criton (Platon, Euthydème).

– […] Ἔστιν γάρ σοι, ὡς ἔοικεν, Ἀπόλλων τε καὶ Ζεὺς καὶ Ἀθηνᾶ ;
– Πάνυ, ἦν δ’ ἐγώ.
– Οὐκοῦν καὶ οὗτοι σοὶ θεοὶ ἂν εἶεν ; ἔφη.
– Πρόγονοι, ἦν δ’ ἐγώ, καὶ δεσπόται.
• ἔοικε(ν) : « semble » (parfait 3e sing., verbe inusité au présent)
• Ζεύς, génitif Διός
• πάνυ « tout à fait », adverbe formé à partir de πᾶς
• ἦν δ’ ἐγώ « dis-je », ἦ δ’ ὅς « dit-il » (habituels dans les dialogues de Platon)
• οὐκοῦν donc, « n’est-ce pas ? » ≠ οὐκοῦν « N’est-il pas vrai que ? »
• σός, σή, σόν ton, ta… (déterminant poss.). Noter que σοί ne peut pas être le datif de σύ : il faudrait avoir οὗτοί σοι.
• ἂν εἶεν « seraient » (optatif + ἄν)
• ὁ πρόγονος l’ancêtre, l’aïeul

– Tu as bien (dans ton panthéon), à ce qu’il semble, Apollon , Zeus et Athéna ?
– Tout à fait, dis-je.
– Ceux-ci seraient donc aussi tes dieux, n’est-ce pas ? me demanda-t-il.
– Mes ancêtres, dis-je, et mes seigneurs.

– Ἀλλ’ οὖν σοί γε ; ἔφη· ἢ οὐ σοὺς ὡμολόγηκας αὐτοὺς εἶναι ;
– Ὡμολόγηκα, ἔφην· τί γὰρ πάθω ;
– Οὐκοῦν, ἔφη, καὶ ζῷά εἰσιν οὗτοι οἱ θεοί ; Ὡμολόγηκας γὰρ ὅσα ψυχὴν ἔχει ζῷα εἶναι. Ἢ οὗτοι οἱ θεοὶ οὐκ ἔχουσιν ψυχήν ;
– Ἔχουσιν, ἦν δ’ ἐγώ.
• ὡμολόγηκα, ας, ε, αμεν, ατε, ασι : parfait de ὁμολογέω-ῶ être d’accord, convenir
• πάθω subjonctif aoriste (1e sing.) de πάσχω subir, subjonctif à valeur délibérative.
• ὅσοι, αι, α : tous ceux qui, toutes celles qui
 ὅσα ἄν σοι ἐξῇ : tous ceux qu’il t’est possible de (ἐξῇ subjonctif de ἔξεστι, + ἄν éventuel)

– Mais ils sont bien à toi, dit-il ; à moins que tu n’admettes pas qu’ils soient tiens ?
– Je l’admets, répondis-je ; que va-t-il m’arriver ?
– Ces dieux, n’est-ce pas, sont-ils aussi des animaux ? demanda-t-il. Souviens-toi, tu as accordé que tout ce qui possède une âme est un animal. À moins que ces dieux ne possèdent pas d’âme ?
– Ils en ont une ! répliquai-je.

– Οὐκοῦν καὶ ζῷά εἰσιν ;
– Ζῷα, ἔφην.
– Τῶν δέ γε ζῴων, ἔφη, ὡμολόγηκας ταῦτ’ εἶναι σά, ὅσα ἄν σοι ἐξῇ καὶ δοῦναι καὶ ἀποδόσθαι καὶ θῦσαι δὴ θεῷ ὅτῳ ἂν βούλῃ ;
– Ὡμολόγηκα, ἔφην· οὐκ ἔστιν γάρ μοι ἀνάδυσις, ὦ Εὐθύδημε.
• δοῦναι, ἀποδόσθαι et θῦσαι : infinitifs aoristes = διδόναι, ἀποδίδοσθαι (vendre) et θύειν
• ὅτῳ ἂν βούλῃ : à qui tu (le) veux (ὅτῳ datif du relatif ὅστις, βούλῃ subjonctif présent 2e sing. de βούλομαι vouloir), et plus bas ὅ τι ἂν βούλῃ ce que tu veux (ὅ τι accusatif neutre singulier)
• ἡ ἀνάδυσις, εως (3e décl.) : sortie, retraite

– Donc ce sont aussi des animaux ?
– Des animaux, confirmai-je.
– Mais parmi les animaux, tu as admis qu’étaient à toi tous ceux qu’il t’est permis de donner, de vendre et de sacrifier au dieu que tu veux → de ton choix ?
– Je l’ai admis, répondis-je ; je n’ai aucune échappatoire, Euthydème !

– Ἴθι δή μοι εὐθύς, ἦ δ’ ὅς, εἰπέ· ἐπειδὴ σὸν ὁμολογεῖς εἶναι τὸν Δία καὶ τοὺς ἄλλους θεούς, ἆρα ἔξεστί σοι αὐτοὺς ἀποδόσθαι ἢ δοῦναι ἢ ἄλλ’ ὅ τι ἂν βούλῃ χρῆσθαι ὥσπερ τοῖς ἄλλοις ζῴοις ;
– Ἐγὼ μὲν οὖν, ὦ Κρίτων, ὥσπερ πληγεὶς ὑπὸ τοῦ λόγου, ἐκείμην ἄφωνος.
• ἴθι impératif 2e sing. de εἶμι aller
• εὐθύς directement
• εἰπέ « dis », impératif aoriste de λέγω
• ἐπειδή puisque
• Ne pas confondre ἆρα « est-ce que ? » et ἄρα « donc » (cf. aussi ἡ ἀρά la prière)
• χράομαι- ῶμαι faire usage de + datif
• πληγείς «frappé », participe aoriste passif de πλήττω (cf. apo-plex-ie)
• ἐκείμην imparfait de κεῖμαι être couché, être à terre

– Eh bien allons, reprit-il, dis-le moi sans détour : puisque tu reconnais que sont tiens Zeus et les autres dieux, est-ce qu’il t’est possible de les vendre, de les donner ou d’en faire l’usage que tu veux comme des autres animaux ?
– Alors moi, Criton, comme percuté par l’argument, je fus mis à terre, sans voix.