Hommes et dieux (8): « Ceux qui parlent des dieux ne pensent qu’à se persuader eux-mêmes. » (Aristote)

Aristote, Métaphysique, livre III

1. Oἱ μὲν οὖν περὶ Ἡσίοδον καὶ πάντες ὅσοι θεολόγοι • οἱ περὶ Ἡσίοδον : οἱ article substantivé, ce qui est fréquent avec οἱ μέν et οἱ δέ • ὅσοι, αι, α : relatif quantitatif, « tous ceux qui »
2. μόνον ἐφρόντισαν τοῦ πιθανοῦ τοῦ πρὸς αὑτούς, • φροντίζω se soucier de + génitif (τοῦ πιθανοῦ²) ; ἐφρόντισαν : aoriste en σα, le σ faisant disparaître le ζ • πιθανός, ή, όν persuasif, convaincant, cf. πείθω → τὸ πιθανόν la persuasion • répétition de l’article (τοῦ πιθανοῦ τοῦ) : πρὸς αὑτούς est donc complément de πιθανοῦ • αὑτόν (= ἑαυτόν) pronom réfléchi de la 3e personne ≠ αὐτός ≠ οὗτος
3. ἡμῶν δ᾽ ὠλιγώρησαν. • ὀλιγωρέω-ῶ négliger, mépriser + génitif (cf. ὀλίγος, η, ον)
4. Θεοὺς γὰρ ποιοῦντες τὰς ἀρχὰς καὶ ἐκ θεῶν γεγονέναι, • Bien observer la construction, ne pas avancer à l’aveuglette. S’appuyer sur les modes verbaux et les conjonctions : le participe ποιοῦντες est subordonné à φασίν (segm. 5), ainsi que λέγοντες (segm. 6) • ποιοῦντες renvoie à la poésie (ποίησις) : composer, imaginer • ἡ ἀρχή commencement ou commandement, cf. ἄρχω/ἄρχομαι • γεγονέναι infinitif parfait de γίγνομαι (indicatif γέγονα)
5. τὰ μὴ γευσάμενα τοῦ νέκταρος καὶ τῆς ἀμβροσίας θνητὰ γενέσθαι φασίν, • τὰ γευσάμενα participe aoriste, substantivé au neutre → les êtres qui ont goûté (γεύω actif : faire goûter, γεύομαι moyen : goûter + complément au génitif, ici τοῦ νέκταρος καὶ τῆς ἀμβροσίας) • proposition infinitive : φασιν ils disent que τὰ γευσάμενα les êtres qui n’(en) ont pas goûté θνητὰ γενέσθαι sont devenus mortels
6. δῆλον ὡς ταῦτα τὰ ὀνόματα γνώριμα λέγοντες αὑτοῖς· • avec δῆλον le plus souvent ἐστι est sous-entendu (δῆλον il est évident), mais il est employé ici comme un adverbe (« à l’évidence ») • τὸ ὄνομα le nom (cf. latin nomen, français onoma-stique) • γνώριμος, ος, ον (épicène) connu, cf. γιγνώσκω (≠ γίγνομαι), γνώμη, γνῶσις… Quel est le point commun entre un gnome et la gnose ? • αὑτοῖς avec esprit rude, voir plus haut
7. καίτοι περὶ αὐτῆς τῆς προσφορᾶς τῶν αἰτίων τούτων ὑπὲρ ἡμᾶς εἰρήκασιν. • ἡ προσ·φορά, ᾶς : apport, ici intérêt. De προσ·φέρω. • ὑπὲρ + accusatif, au-dessus de (+ génitif : au sujet de) • Bien distinguer αὐτός (αὐτὴ ἡ προσφορά l’intérêt même) et οὗτος (οὗτος ὁ αἴτιος ce responsable) • αἰτίων ne peut être que l’adjectif αἴτιος ; le substantif αἰτία « cause » au génitif pluriel donne αἰτιῶν. • εἴρηκα parfait de λέγω
8. Εἰ μὲν γὰρ χάριν ἡδονῆς αὐτῶν θιγγάνουσιν, • ἡ χάρις, ιτος : la grâce ; χάριν préposition + génitif : en vue de, à cause de (comme ἕνεκα). Pour χάριν comme pour ἕνεκα, le complément au génitif est généralement placé avant la préposition, mais ce n’est pas le cas ici. • ἡ ἡδονή le plaisir, cf. ἥδομαι • θιγγάνω toucher (à + génitif)
9. οὐθὲν αἴτια τοῦ εἶναι τὸ νέκταρ καὶ ἡ ἀμβροσία· • οὐθείς, οὐθέν = οὐδείς, οὐδέν. Oὐδέν peut signifier « aucun » (déterminant un neutre), « rien » (pronom) ou « en rien » (accusatif adverbial) c’est-à-dire « pas du tout ». • τὸ εἶναι infinitif substantivé
10. εἰ δὲ τοῦ εἶναι, • εἰ δὲ τοῦ εἶναι : ellipse, Aristote prenant l’hypothèse contraire à celle qu’il vient d’exprimer.
11. πῶς ἂν εἶεν ἀΐδιοι, δεόμενοι τροφῆς ; • ἂν εἶεν : optatif + ἄν = potentiel, donc conditionnel présent (on peut ajouter le verbe pouvoir, mais au conditionnel présent !) • ἀΐδιος, ος, ον éternel • δέομαι + génitif : avoir besoin de, comme δέω. Cf. δεῖ il faut. Attention, il existe aussi un δέω attacher. • ἡ τροφή la nourriture, cf. τρέφω nourrir
12. Ἀλλὰ περὶ μὲν τῶν μυθικῶς σοφιζομένων οὐκ ἄξιον μετὰ σπουδῆς σκοπεῖν. • μυθικῶς : adverbe formé sur μυθικός, de ὁ μῦθος parole, récit, mythe • τῶν σοφιζομένων : participe substantivé, voix moyenne (σοφίζομαι proférer des sophismes). Masculin ou neutre? • ἄξιος digne, tournure impersonnelle : il est digne de, il vaut la peine de • μετά + accusatif  » après », + génitif « avec » (connaître les prépositions) • ἡ σπουδή le zèle, le sérieux • σκοπέω-ῶ examiner

Les disciples d’Hésiode et tous ceux qui traitent des dieux ne se sont souciés que de se persuader eux-mêmes et ont eu peu de souci de nous. En effet, tout en imaginant que les principes (ou commencements) sont des dieux et qu’ils sont nés de dieux, ils affirment que les êtres qui ne goûtèrent pas du nectar et de l’ambroisie sont devenus mortels, ces mots qu’ils emploient leur étant de toute évidence familiers (litt. de toute évidence employant ces mots comme familiers pour eux-mêmes) ; or, au sujet de l’intérêt même de ces causes, ce qu’ils ont dit nous dépasse. Si en effet c’est pour le plaisir qu’ils touchent à ces nourritures, le nectar et l’ambroisie ne sont en rien cause de leur existence ; mais s’ils sont causes de leur existence, comment pourraient-ils être éternels tout en ayant besoin de nourriture ? Cependant, au sujet de ceux qui usent de sophismes à base de mythologie il ne vaut pas la peine de réfléchir sérieusement.