Hommes et dieux (6) : « Cherchons la cause du mal partout sauf chez les dieux » (Platon)

Platon, République, II : Socrate dialogue avec Adimante.

– Οὐκοῦν ἀγαθὸς ὅ γε θεὸς τῷ ὄντι τε καὶ λεκτέον οὕτω;
– Τί μήν;
• Distinguer οὐκοῦν et οὔκουν.
• τῷ ὄντι « pour ce qui est » → vraiment
• λεκτέον adjectif verbal de λέγω (-τέος obligation, -τός possibilité)
• οὕτω = οὕτως « de cette manière » (adverbe formé sur οὗτος cela) → ainsi
• μήν exprime une « affirmation solennelle » ; avec un adverbe interrogatif, cette particule (≠ μέν) « indique que celui qui parle n’est pas satisfait des éclaircissements qu’on lui a donnés et demande impérativement un supplément d’information ; ou bien, dans une ellipse qui se comprend bien – et que l’on peut comparer à πῶς γὰρ οὔ; – τί μήν exprime une affirmation sans réplique, ou plutôt à réplique exclue (= comment pourrait-on répliquer ?) » (Jean Humbert)
– ᾿Αλλὰ μὴν οὐδέν γε τῶν ἀγαθῶν βλαβερόν· ἦ γάρ;
– Οὔ μοι δοκεῖ.
• Ne pas confondre ἀλλά et ἄλλα. Ἀλλὰ μήν : mais j’ajoute que
• οὐδέν aucun/rien ≠ οὐδέ ≠ οὔτε
• βλαβερός, ά, όν nuisible (de βλάπτω nuire)
• la particule ἦ exprime ou appelle une confirmation.
– ῏Αρ’ οὖν ὃ μὴ βλαβερὸν βλάπτει;
– Οὐδαμῶς.
• Distinguer ἆρα est-ce que et ἄρα donc.
• οὖν explétif (non exigé par la syntaxe)
• ὃ pronom relatif, antécédent τοῦτο « ce » sous-entendu
• οὐδαμῶς nullement, en aucune manière
– ῝Ο δὲ μὴ βλάπτει κακόν τι ποιεῖ;
– Οὐδὲ τοῦτο.
• τι indéfini : quelque (voir le génitif τινος ci-dessous), ici au neutre adverbial.
– ῝Ο δέ γε μηδὲν κακὸν ποιεῖ οὐδ’ ἄν τινος εἴη κακοῦ αἴτιον;
– Πῶς γάρ;
• εἴη optatif 3e p. sg. de εἰμι (avec ἄν : potentiel, en français conditionnel présent) • αἴτιος, α, ον : responsable (contraire : ἀναίτιος), cf. ἡ αἰτία la cause, et αἰτιατέον ci-dessous. • πῶς comment (≠ πως d’une certaine manière) • γάρ particule non coordonnante, exprime ou appelle une confirmation (cf. ci-dessus ἦ γάρ;)
– Τί δέ; ὠφέλιμον τὸ ἀγαθόν;
– Ναί.
• ὠφέλιμος, ος, ον : utile (ὠφέλεια assistance, utilité, ὠφελέω-ῶ être utile, être avantageux ; cf. prénom Ophélie, « remède »)
– Αἴτιον ἄρα εὐπραγίας;
– Ναί.
• ἡ εὐπραγία : de εὖ bien et πράττω faire → bienfait, succès
– Οὐκ ἄρα πάντων γε αἴτιον τὸ ἀγαθόν, ἀλλὰ τῶν μὲν εὖ ἐχόντων αἴτιον, τῶν δὲ κακῶν ἀναίτιον.
– Παντελῶς γ’, ἔφη.
• οὐκ en début de phrase : « il n’est pas vrai de dire que » • εὖ ἐχόντων : ἔχω + adverbe = εἰμι + adjectif
– Οὐδ’ ἄρα, ἦν δ’ ἐγώ, ὁ θεός, ἐπειδὴ ἀγαθός, πάντων ἂν εἴη αἴτιος, ὡς οἱ πολλοὶ λέγουσιν, ἀλλὰ ὀλίγων μὲν τοῖς ἀνθρώποις αἴτιος, πολλῶν δὲ ἀναίτιος· • ἦν δ’ ἐγώ dis-je, ἦ δ’ ὅς dit-il (verbe ἦμι dire) • ἐπειδή puisque, cf. ἐπεί • πολύ, πολλή, πολύ nombreux, pluriel πολλοί, πολλαί, πολλά, οἱ πολλοί la plupart • ὀλίγος, η, ον peu, peu nombreux • αἴτιος cause, ἀναίτιος non responsable (ἀ privatif)
πολὺ γὰρ ἐλάττω τἀγαθὰ τῶν κακῶν ἡμῖν, καὶ τῶν μὲν ἀγαθῶν οὐδένα ἄλλον αἰτιατέον, τῶν δὲ κακῶν ἄλλ’ ἄττα δεῖ ζητεῖν τὰ αἴτια, ἀλλ’ οὐ τὸν θεόν.
– ᾿Αληθέστατα, ἔφη, δοκεῖς μοι λέγειν.
• πολύ neutre adverbial de πολύς, s’emploie avec le comparatif → beaucoup plus • ἐλάττω « en plus petit nombre », neutre pluriel (= ἐλάττονα, nom. ἐλάττων, forme attique d’ἐλάσσων, comparatif de ἐλαχύς petit, court) ; construction du comparatif : ἤ ou génitif • τἀγαθὰ crase de τὰ ἀγαθά • τῶν ἀγαθῶν complément de αἰτιατέον (αἰτιάω-ῶ considérer comme responsable de) • οὐδείς, οὐδεμία, οὐδέν = οὐδέ + εἷς, μία, ἕν « pas un » → aucun, aucune (οὐδένα accusatif masculin singulier) • ἄλλ’ ἄττα d’autres choses : ἄλλος autre, ἅττα = τινα (neutre pluriel seulement), à distinguer de ἅττα = ἅτινα (neutre pluriel de ὅστις) • ζητέω-ῶ chercher (cf. zététique) • ἀληθέστατος : superlatif de ἀληθής, ής, ές vrai

– Donc le dieu est véritablement bon, n’est-ce pas, et il faut en parler ainsi?
– Bien sûr!
– Or, aucun des biens n’est nuisible ? N’est-ce pas?
– Il ne me le semble pas.
– Est-ce que ce qui n’est pas nuisible nuit?
– Nullement.
– Et ce qui ne nuit pas fait-il du mal?
– Non plus.
– Et ce qui ne fait aucun mal ne saurait non plus être cause de quelque mal?
– Comment en serait-il ainsi?
– Mais quoi, ce qui est bon est profitable?
– Oui.
– C’est donc la cause de ce qui se fait de bien?
– Oui.
– Il est faux par conséquent de dire que le bien est cause de toutes choses: il est cause de ce qui est bien, et innocent des maux.
– Oui, parfaitement, dit-il.
– Il n’est donc pas vrai non plus, dis-je, que le dieu, puisqu’il est bon, soit cause de tout, comme disent la plupart des gens : il est cause de peu de choses pour les hommes, et innocent de beaucoup de choses; car les biens en ce qui nous concerne sont beaucoup moins nombreux que les maux, et pour les biens il ne faut regarder personne d’autre comme responsable que le dieu, mais pour les maux il faut chercher d’autres causes, mais pas lui.
– Ce que tu dis, répondit-il, me semble être tout à fait vrai.