Hommes et dieux (1) : « L’homme le plus sage est un singe par rapport aux dieux » (Héraclite)

Comment les Grecs voient-ils leurs relations avec ces puissances invisibles, qui pour eux ne sont pas si invisibles que cela ?
Quelques textes et citations pour mieux comprendre… et pour progresser en grec.

Quelques fragments d’Héraclite pour commencer : références à l’édition de J.-F. Pradeau, Héraclite, Fragments, citations et témoignages, GF

Ἀνθρώπων ὁ σοφώτατος πρὸς θεὸν πίθηκος φανεῖται καὶ σοφίᾳ καὶ τοῖς ἄλλοις πᾶσιν. (p. 197)

• ὁ ἄνθρωπος : l’homme
• σοφός : sage
• πρός : (ici) par rapport à
• ὁ θεός : le dieu
• ὁ πίθηκος : le singe
• φαίνομαι : sembler
• καί : et
• ἡ σοφία : la sagesse
• ἄλλος : autre
• πᾶς : tout

→ Parmi les hommes le plus sage par rapport au dieu semble (être) un singe, à la fois en sagesse et par toutes les autres (qualités).

Ἀνὴρ νήπιος ἤκουσε πρὸς δαίμονος ὅπωσπερ παῖς πρὸς ἀνδρός. (p. 200)

• ὁ ἀνήρ : l’homme, génitif ἀνδρός
• νήπιος : benêt
• ἄκουω : entendre (ici aoriste gnomique)
• πρός (ici + génitif) de la part de
• ὁ δαίμων : la divinité (génitif δαίμονος)
• ὅπωσ·περ : comme précisément
• ὁ παῖς : l’enfant (génitif παιδός)

→ L’homme (s’)entend (appeler) « sot » par la divinité exactement comme l’enfant par l’homme.

Ἦθος γὰρ ἀνθρώπειον μὲν οὐκ ἔχει γνώμας, θεῖον δὲ ἔχει. (p. 199)

• τὸ ἦθος : le caractère, la nature • ἡ γνώμη : l’avis, la pensée

→ La nature humaine ne comporte pas de pensées, tandis que la nature divine en comporte.

Ἦθος ἀνθρώπου δαίμων. (p. 310)
→ Le caractère de l’homme est son démon.

Τῷ μὲν θεῷ καλὰ πάντα καὶ ἀγαθὰ καὶ δίκαια, ἄνθρωποι δὲ ἅ μὲν ἄδικα ὑπειλήφασιν ἃ δὲ δίκαια. (p. 204)

• καλός beau
• ἀγαθός bon
• δίκαιος juste

• ὑπειλήφασιν parfait 3e pers. du pluriel de ὑπολαμβάνω comprendre, supposer

→ Pour le dieu, toutes choses sont belles, bonnes et justes, tandis que les hommes conçoivent celles qui sont injustes et celles qui sont justes.

Ἀθάνατοι θνητοί, θνητοὶ ἀθάνατοι, ζῶντες τὸν ἐκείνων θάνατον, τὸν δὲ ἐκείνων βίον τεθνεῶτες. (p. 222)

• ἀθάνατος immortel
• θνητός mortel
• ζῶν vivant
• ἐκεῖνος celui-là
• ὁ βίος la vie
• τεθνεώς mourant

→ Immortels mortels, mortels immortels, vivant de la mort de ceux-là (→ des autres), mourant de la vie de ceux-là (→ des autres).

■ Sur l’auteur de la Théogonie : Διδάσκαλος δὲ πλείστων Ἡσίοδος• τοῦτον ἐπίστανται πλεῖστα εἰδέναι, ὅστις ἡμέρην καὶ εὐφρόνην οὐκ ἐγίνωσκεν• ἔστι γὰρ ἕν. (p. 206)

• ὁ διδάσκαλος : le maître, le professeur
• πλεῖστοι très nombreux (superlatif de πολύς nombreux)
• ἐπίσταμαι savoir, penser
• εἰδέναι infinitif de οἶδα savoir
• ὅστις qui
• ἡ ἡμέρα le jour
• ἡ εὐφρόνη la nuit
• γι(γ)νώσκω connaître

→ Hésiode est le maître du plus grand nombre : ils pensent que ce (poète) sait énormément de choses (→ est extrêmement savant), lui qui ne connaissait pas le jour et la nuit : car c’est une seule chose.

■ Κόσμον τόνδε, τὸν αὐτὸν ἁπάντων, οὔτε τις θεῶν, οὔτε ἀνθρώπων ἐποίησεν, ἀλλ᾽ ἦν ἀεὶ καὶ ἔστιν καὶ ἔσται πῦρ ἀείζωον, ἁπτόμενον μέτρα καὶ ἀποσϐεννύμενον μέτρα. (p. 239)

• ὁ κόσμος le monde
• ὅδε ce
• ὁ αὐτός le même
• ἅπαντες tous sans exception
• οὔτε ni… ni…
• τις quelque, quelqu’un
• ἐποίησε aoriste, 3e pers. du sing., de ποιέω-ῶ
• ἐστι présent, ἦν imparfait, ἔσται futur, 3e pers. du sing.
• τὸ πῦρ le feu
• ἀείζωος, ος, ον toujours vivant, éternel
• ἅπτω allumer, ἅπτομαι s’allumer, ἁπτόμενον participe
• μέτρα accusatif de relation de τὸ μέτρον mesure
• ἀποσβέννυμι éteindre (participe présent)

→ Ce monde, le même de tous (→ pour tous) sans exception, ni l’un des dieux, ni l’un des hommes ne l’a créé, mais il était toujours, est et sera un feu éternel, s’allumant par mesures et s’éteignant par mesures.

Parmi les fragments qui ne concernent pas directement ce sujet :

Ὁδὸς ἄνω κάτω μία καὶ ὡυτή (= ἠ αὐτή). (p. 221)

• ἄνω : (ici) vers le haut • κάτω : (ici) vers le bas

→ Le chemin vers le haut et (le chemin) vers le bas (sont) un seul et le même.

Πάντα χωρεῖ καὶ οὐδὲν μένει. (p. 208)

• χωρέω-ῶ avancer, passer • μένω demeurer

→ Tout avance et rien ne demeure.

Πόλεμος πάντων μὲν πατήρ ἐστι, πάντων δὲ βασιλεύς, καὶ τοὺς μὲν θεοὺς ἔδειξε, τοὺς δὲ ἀνθρώπους, τοὺς μὲν δούλους ἐποίησε, τοὺς δὲ ἐλευθέρους. (p. 234)

• ὁ πόλεμος la guerre
• ὁ πατήρ le père
• ὁ βασιλεύς le roi
• ἔδειξε aoriste de δείκνυμι montrer
• ὁ δοῦλος l’esclave
• ἐποίησε aoriste de ποιέω-ῶ faire
• ἐλεύθερος libre

→ La guerre est le père de tout, le souverain de tout ; elle désigne les uns comme dieux, les autres comme hommes, et elle fait les uns esclaves, les autres libres.

Δὶς ἐς τὸν αὐτὸν ποταμὸν οὐκ ἂν ἐμβαίης. (p. 208)

• δίς deux fois
• ὁ ποταμός la rivière, le fleuve
• ἐμβαίης optatif 2e pers. du sing. de ἐμβαίνω entrer

→ Deux fois dans le même fleuve tu ne saurais entrer.

Ὁ ἥλιος νέος ἐφ᾽ ἡμέρῃ ἐστίν. (p. 246)

• ὁ ἥλιος le soleil
• νέος nouveau
• ἐπί ici : d’après
• ἡ ἡμέρα le jour
• ἀλλά mais
• ἀεί toujours, à chaque fois
• συνεχῶς continûment

→ Le soleil d’après le jour (→ chaque jour) est nouveau.

Ὥσπερ σωρῶν εἰκῇ κεχυμένων ὁ κάλλιστος ὁ κόσμος. (p. 258)

• ὁ σωρός le tas
• εἰκῇ adv. au hasard
• κεχυμένος participe parfait passif de χέω verser
• κάλλιστος superlatif de καλός

→ Comme le plus beau des tas répandus au hasard est le monde.