Grec 8. 2e déclinaison (mots en ος et ον)

Nous avons vu la déclinaison des mots en α (point 3) ; cette première catégorie de substantifs rassemblait des mots généralement féminins.
La deuxième déclinaison est surtout composée de mots masculins et neutres. Il s’y trouve des noms féminins, mais ils se déclinent comme les masculins : il faut seulement prêter attention aux adjectifs et déterminants, qui s’accordent au féminin :
καλ ὁδός, « le beau chemin ». Comme les masculins de la première déclinaison, ce sont des mots hybrides.

La 2e déclinaison est « thématique », parce qu’entre le radical et la désinence se trouve la voyelle « thématique » que nous connaissons déjà grâce aux verbes, ο ou ε, comme pour les verbes en -ω. Comme pour les verbes, d’ailleurs, la voyelle thématique se mélange souvent avec la désinence.

Exemple d’un mot masculin : ὁ γάμος, « le mariage », et d’un mot neutre : τὸ βιβλίον, « le livre »

masculin neutre
Nom. sg. ὁ γάμος τὸ βιβλίον
Voc. γάμε βιβλίον
Acc. τὸν γάμον τὸ βιβλίον
Gén. τοῦ γάμου τοῦ βιβλίου
Dat. τῷ γάμ τῷ βιβλί
Nom. pl. οἱ γάμοι τὰ βιβλία
Voc. γάμοι βιβλία
Acc. τοὺς γάμους τὰ βιβλία
Gén. τῶν γάμων τῶν βιβλίων
Dat. τοῖς γάμοις τοῖς βιβλίοις

Les mots contractes

Les règles de contraction sont les mêmes que pour les verbes.

οο → ου
οου → ου
ooι → οι
οῳ → ῳ
εο → ου
εου → ου
εα → α
εoι → οι
εῳ → ῳ

Ne pas apprendre par cœur le tableau ci-dessous : les désinences se reconnaissent aisément, malgré les contractions.

πλοῦς la navigation τὸ ὀστοῦν l’os
Nominatif sing.
Acc. sg.
Gén. sg.
Dat. sg
ὁ πλοῦς (de πλόος)
τὸν πλοῦν
τοῦ πλοῦ
τῷ πλῷ
τὸ ὀστοῦν (de ὀστέον)
τὸ ὀστοῦν
τοῦ ὀστοῦ
τῷ ὀστῷ
Nominatif plur.
Acc. pl.
Gén. pl.
Dat. pl.
οἱ πλοῖ
τοὺς πλοῦς
τῶν πλῶν
τοῖς πλοῖς
τὰ ὀστᾶ
τὰ ὀστᾶ
τῶν ὀστῶν
τοῖς ὀστοῖς

πλοῦς vient du verbe πλέω-ῶ naviguer (cf. περίπλους péri-ple, navigation autour de la mer)
• Se décline comme πλοῦς : ὁ νοῦς l’esprit, la raison (cf. παράνοια para-no-ia, de παρανοέω-ῶ « penser à côté »). En philosophie : noétique, noème, noèse…
• Racine ὀστεο- → os, ostéopathe

Règle τὰ ζῷα τρέχει, « les animaux courent

Avec un sujet au neutre pluriel, le verbe reste au singulier. Le neutre pluriel, en effet, est considéré comme un ensemble, une collectivité. J. de Romilly : « Notre époque, où règne un individualisme exacerbé, n’a sans doute rien à perdre à redécouvrir l’existence du collectif ! » Vertu morale de la grammaire ?…

Un peu de poésie (Pierre Nicole) pour faire chanter la grammaire !

Des Noms en ΟΣ
ΟΣ Masculin et Féminin
Suivent l’Article Masculin :
Mais leur Vocatif est en Ε,
Ὦ λόγε, comme ô Domine.

Des Noms Neutres en ΟΝ
ΟΝ sur le Neutre se réglant
Trois Cas semblables toujours prend,
Qu’en α le Pluriel termine ;
Comme en latin on le décline.

Δένδρον παλαιὸν μεταφυτεύειν δύσκολον. (proverbe)
« Un vieil arbre est difficile à transplanter. »
→ τὸ δένδρον, l’arbre. Cf. rhodo-dendron.
→ παλαιός, ά, όν vieux, ancien. Cf. paléo-.
→ μεταφυτεύειν : μετα idée de déplacement (cf. métaphore, de μεταφέρω déplacer, transposer) et racine de (τὸ) φυτόν la pousse, cf. φύω faire naître, faire pousser, cf. φύσις.
→ Δύσκολος est le titre d’une comédie de Ménandre : Le Grincheux.
http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Le-Manteau-d-Arlequin/Le-Dyscolos

Ἔργα νέων, βουλαὶ δὲ μέσων, εὐχαὶ δὲ γερόντων. (fragment d’Hésiode)
« Les actions sont (l’apanage) des jeunes gens, les conseils (celui) des hommes mûrs, et les prières (celui) des vieillards (γερόντων génitif pluriel de γέρων, 3e déclinaison). »
τὸ ἔργον : l’action, mot à retenir. Cf. ergonomie, ergothérapie… mais aussi chir-urg-ien, qui « agit » (opère) de la main.
ἡ βουλή : la volonté (cf. βούλομαι voul-oir), l’avis, le conseil (cf. βουλεύω délibérer, décider).
→ ἡ εὐχή : la prière (εὔχομαι prier).
νέος, α nouveau, jeune (cf. néo-) / μέσος, η, ον intermédiaire (cf. méso- : Mésopotamie) / γέρων (3e décl.) vieux (cf. Géronte dans les comédies de Molière !).

Μόνος θεῶν γὰρ θάνατος οὐ δώρων ἐρᾷ. (fragment d’Eschyle)
« Seul des dieux, la mort n’aime pas (ἐράω-ῶ aimer + génitif) les offrandes. » → « La mort est la seule des divinités à ne pas aimer les offrandes. »
μόνος, η, ον : seul (mono-)
ὁ θεός, ου : le dieu. Cf. théo-logie, a-thée (sans dieu), et latin deus.
ὁ θάνατος : la mort. Racine θν, cf. θνῄσκω mourir. Thanatologie, thanatopraxie.
τὸ δῶρον : le cadeau, racine δο. Cf. δίδωμι, latin do, français donner.
→ ἐράω-ῶ se construit avec un complément au génitif : δώρων.

Σκηνὴ πᾶς ὁ βίος καὶ παίγνιον. (Pallade)
« La vie est un décor de théâtre et une comédie. » Shakespeare n’aurait pas dit mieux !
→ ἡ σκηνή : non la scène, mais le bâtiment de fond de scène (latin scaena). « Scène » se dit προσκήνιον (en latin proscaenium).
ὁ βίος, ου : la vie (pas confondre avec ἡ βία la vi-olence). Cf. bio-logie, bio-tope (ὁ τόπος le lieu), micro-be…
→ τὸ παίγνιον, ου : racine de παῖς l’enfant → παῖζω jouer (cf. péd-agogie).

Dans les phrases suivantes, relever les mots appartenant à la 2e déclinaison, indiquer leur genre (masculin, féminin ou neutre) et les décliner en conservant leur nombre (singulier ou pluriel).

L’âme et le corps. Οὐ μόνον ἄνθρωποι ἀλλὰ καὶ θεοὶ καὶ ἥρωες τὴν τῆς ψυχῆς φιλίαν περὶ πλείονος ἢ τὴν τοῦ σώματος χρῆσιν ποιοῦνται. (Xénophon, Banquet, VIII, 28)
μόνος « seul », au neutre (μόνον) peut s’employer comme adverbe : « seulement ». Οὐ μόνον… ἀλλὰ καὶ… : non seulement… mais encore (latin non solum… sed etiam…).
• ὁ ἥρως, gén. ἥρωος (3e déclinaison) « le héros », à ne pas confondre avec ἔρως, gén. ἔρωτος « l’amour ».
ἡ φιλία peut désigner toute forme d’attachement ou de lien (amour, amitié…). Verbe φιλέω-ῶ aimer.
περὶ πολλοῦ ποιεῖσθαι « faire grand cas de », expression idiomatique. Πλείονος est le comparatif de πολλοῦ, donc « faire plus grand cas de ». Les compléments (τὴν φιλίαν, τὴν χρῆσιν) sont à l’accusatif.
• ἡ χρῆσις (3e déclinaison) : l’action de se servir (suffixe -σις), de χράω user de, se servir de (complément au datif).
« Οὐ μόνον non seulement ἄνθρωποι les hommes ἀλλὰ καὶ mais aussi θεοὶ les dieux καὶ ἥρωες et les héros περὶ πλείονος ποιοῦνται prisent davantage τὴν τῆς ψυχῆς φιλίαν l’amour de leur âme ἢ que τὴν τοῦ σώματος χρῆσιν la jouissance de leur corps. »

Remarques sur cette phrase de Xénophon

1. Les noms ἄνθρωποι, θεοὶ et ἥρωες ne sont déterminés par aucun article, car ils expriment une généralité.
2. Bien noter la place du complément du nom, entre l’article et le nom : τὴν τῆς ψυχῆς φιλίαν, τὴν τοῦ σώματος χρῆσιν.

Sur les mauvais propriétaires. Τοὺς οἴκους κατατρίβουσι καὶ ἀμηχανίαις συνέχονται· δοῦλοι γάρ εἰσι καὶ οὗτοι, ἔφη ὁ Σωκράτης, καὶ πάνυ γε χαλεπῶν δεσποτῶν, οἱ μὲν λιχνειῶν, οἱ δὲ λαγνειῶν, οἱ δὲ οἰνοφλυγιῶν, οἱ δὲ φιλοτιμιῶν τινων μώρων καὶ δαπανηρῶν, ἃ χαλεπῶς ἄρχει τῶν ἀνθρώπων. (Xénophon, Économique, I, 21)
ὁ οἶκος, ου : la maison = ἡ οἰκία → οἰκέω administrer. Cf. éco-
• κατατρίβουσι : de τρίβω frotter, user (avec préfixe κατα- intensif). Étymologie curieuse de « diatribe » : διατρίβω user → user le temps, l’occuper → l’occuper en tenant des discours provocants…
• ἀμηχανία : absence de μηχανή, c.-à-d. de moyens, d’expédients (cf. mécanisme, machine).
• συνέχω, composé de ἔχω : presser, tenir, oppresser, accabler.
• ἡ λιχνεία la gourmandise, ἡ λαγνεία le libertinage, ἡ οἰνοφλυγία l’ivrognerie (de ὁ οἶνος le vin – cf. œnologue – et φλύω couler en abondance, voir latin fluo), ἡ φιλοτιμία l’amour des honneurs, l’ambition (ἡ τιμή l’honneur, τιμάω-τιμῶ honorer, cf. « atimie », perte des droits d’un citoyen), μῶρος fou, insensé, δαπανηρός, ά, όν dépensier, prodigue (ἡ δαπάνη la dépense, δαπανάω-δαπανῶ dépenser)
• ὅς, ἥ, ὄ : pronom relatif (ici ἅ, au neutre pluriel).
• Rappel : le suffixe -ῶς sert à former les adverbes de manière : χαλεπός difficile, dur → χαλεπῶς difficilement, durement.
ἄρχω : commander, dominer, avec complément au génitif. Cf. ἀρχή, et mon-arque, an-archie, hiér-archie, arch-ange, archi-pel (« mer principale », c.-à-d. la mer Égée, riche en îles), architecte (constructeur en chef).
« Τοὺς οἴκους κατατρίβουσι ils ruinent leur(s) propriété(s) καὶ ἀμηχανίαις et par leur impuissance συνέχονται ils sont accablés ; δοῦλοι γάρ εἰσι ils sont en effet esclaves καὶ οὗτοι eux aussi, ἔφη dit ὁ Σωκράτης Socrate, καὶ δεσποτῶν et (esclaves) de maîtres πάνυ γε χαλεπῶν très durs assurément, οἱ μὲν les uns λιχνειῶν de (la) gourmandise, οἱ δὲ d’autres λαγνειῶν du libertinage, οἱ δὲ d’autres οἰνοφλυγιῶν de l’ivrognerie, οἱ δὲ et d’autres (enfin) φιλοτιμιῶν τινων μώρων d’ambitions insensées καὶ δαπανηρῶν et dispendieuses, ἃ (choses) qui χαλεπῶς durement ἄρχει dominent τῶν ἀνθρώπων les hommes. »

Ischomaque reproche à sa femme de se maquiller. Ὥσπερ οἱ θεοὶ ἐποίησαν ἵπποις μὲν ἵππους, βουσὶ δὲ βοῦς ἥδιστον, προβάτοις δὲ πρόβατα, οὕτω καὶ οἱ ἄνθρωποι ἀνθρώπου σῶμα καθαρὸν οἴονται ἥδιστον εἶναι. (Xénophon, Économique, X, 7)
• ὡσπέρ, conjonction : « de même que » (comparaison), souvent confondue avec ὥστε « de sorte que » (conséquence). Les noter tout de suite pour mieux les distinguer ! Retenir aussi la corrélation ὡσπέρ… οὕτω… de même que… ainsi… → de même que… de même…
• ἐποίησαν aoriste de ποιέω-ῶ (faire, composer), traduit par un passé simple (voir point 14).
• ἵππος et βοῦς peuvent être masculins (cheval / bœuf) ou féminins (jument / génisse). Le neutre τὸ πρόβατον peut signifier « bélier » ou « brebis » selon le contexte (origine βαίνω marcher : le πρόβατον est un animal qui marche devant le berger).
• ἥδιστον l’attribut du sujet ou du complément d’objet se met couramment au neutre singulier en grec. Ἥδιστον est le superlatif de ἥδυς doux, agréable (cf. ἡδονή plaisir).
• καθαρός, ά, όν : pur, cf. κάθαρσις purification (catharsis, mot employé par Aristote dans la Poétique pour désigner l’effet produit par la tragédie). Cf. Cathares, les « Purs ».
« Ὥσπερ De même que οἱ θεοὶ les dieux ἐποίησαν firent ἵπποις μὲν aux chevaux ἵππους les juments ἥδιστον très agréables, βουσί aux taureaux δὲ βοῦς les vaches, προβάτοις δὲ et aux béliers πρόβατα les brebis, οὕτω de même καί aussi οἱ ἄνθρωποι les hommes οἴονται pensent que ἀνθρώπου σῶμα le corps de l’homme καθαρὸν pur (→ sans maquillage, dans le contexte) ἥδιστον εἶναι est très agréable. »

Dialogue entre Socrate et une hétaïre (courtisane). « Καὶ ποῖα, ἔφη, ἐγὼ δίκτυα ἔχω; » « Ἓν μὲν δήπου », ἔφη, « καὶ μάλα εὖ περιπλεκόμενον, τὸ σῶμα. » (Xénophon, Mémorables, III, xi, 10)
• ποῖος, α, ον ; « quel ? » Se rappeler que le point virgule en grec est le point d’interrogation.
• εἷς, féminin μία, neutre ἕν : « un (seul) », même racine que le latin unus → « un ». Attention aux confusions avec les prépositions εἰς et ἐν « dans ».
• μάλα adverbe : très, tout à fait. Comparatif μᾶλλον « plus » et μάλιστα « le plus », « surtout », très usités.
• εὖ, adverbe : « bien ». Cf. eu-phorie, eu-thanasie, eu-génisme…
• περιπλέκω enlacer, embrouiller (de πλέκω tresser, même racine que les mots sim-ple et com-plexe).
«  »Καὶ ἐγὼ et moi, ἔφη dit-elle, ποῖα δίκτυα quels filets ἔχω je possède ? » « Ἓν Un seul δήπου sans doute », ἔφη répondit-il, « καὶ μάλα εὖ et très bien πειπλεκόμενον ficelé, τὸ σῶμα le corps. » »

Suite. Ὅτι ἀρεστοί σοί εἰσιν οἱ φίλοι, οἶδ’ ὅτι οὐ λόγῳ ἀλλ’ ἔργῳ ἀναπείθεις. (ibid.)
• Observer et retenir les deux sens de la conjonction ὅτι : « que » ou « parce que »
• σοί : datif du pronom σύ « tu », « toi » (cf. point 9).
• οἶδα « je sais », ce verbe s’emploie au parfait avec un sens présent. C’est le parfait d’un verbe εἴδω voir : j’ai vu → je sais. Pour un Grec, il faut avoir vu pour savoir.
• L’opposition λόγος / ἔργον (parole/action, théorie/pratique) est un autre lieu commun de la pensée grecque.
• (ἀνα)πείθω « persuader ».
« Ὅτι Parce que ἀρεστοί εἰσιν sont agréables σοί οἱ φίλοι les amants à toi (→ tes amants), οἶδ’ ὅτι je sais que οὐ λόγῳ (ce n’est) pas par la parole ἀλλ’ ἔργῳ mais par l’action ἀναπείθεις que tu (les) séduis. »

Sur les maux qui frappent les hommes à cause de Pandore.
Νοῦσοι δ’ ἀνθρώποισιν ἐφ’ ἡμέρῃ, αἳ δ’ ἐπὶ νυκτὶ
αὐτόματοι φοιτῶσι.
(Hésiode, Les Travaux et les jours)
• νοῦσος = νόσος (mot féminin) « maladie », cf. noso-comial.
• (φοιτάω) φοιτῶ fréquenter, visiter ; complément au datif (ἀνθρώποισιν = ἀνθρώποις).
• αὐτόματος, adjectif épicène : au féminin, il a les mêmes désinences qu’au masculin. Cf. automate, qui agit de lui-même (racine μαντ- sur laquelle on forme des mots en rapport avec le thème de la divination, μαντεία…).
« Νοῦσοι Les maladies φοιτῶσι visitent ἀνθρώποισιν les hommes ἐφ’ ἡμέρῃ de jour, αἳ δ’ les autre ἐπὶ νυκτὶ pendant la nuit αὐτόματοι d’elles-mêmes. »

Hippolyte vient d’apprendre la passion que Phèdre lui voue.
Ὦ Ζεῦ, τί δὴ κίβδηλον ἀνθρώποις κακὸν
γυναῖκας ἐς φῶς ἡλίου κατῴκισας ;
(Euripide, Hippolyte)
• ὁ Ζεύς appartient à la 3e déclinaison (génitif Διός).
• τις sans accent est un pronom (ou déterminant) indéfini : un, quelque… Τίς avec accent est un pronom (ou déterminant) interrogatif : qui, quoi, quel… Au neutre, ce dernier est souvent employé adverbialement : « en quoi », « pourquoi ».
• ἡ γυνή (cf. « miso-gyne »), 3e décl., gén. γυναῖκος (cf. « gényco-logie ») : la femme.
• τὸ φῶς, 3e décl., gén. φωτός, la lumière : français phot-on, photo-graphie…
• ὁ ἡλίος, le soleil : cf. hélio-tropisme.
• κατῴκισας aoriste de κατοικίζω, littéralement « installer ». Cf. ὁ οἶκος, la maison.
« Ὦ Ζεῦ Zeus, τί δὴ pourquoi donc κατῴκισας as-tu imposé ἀνθρώποις aux hommes γυναῖκας les femmes, κακὸν mal κίβδηλον trompeur (ou déloyal) ἐς φῶς dans (→ sous) la lumière ; ἡλίου du soleil ? »

La sublime Laïs, célèbre hétaïre, a vieilli.
                Τῇ Παφίῃ τὸ κάτοπτρον· ἐπεὶ τοίη μὲν ὁρᾶσθαι
                οὐκ ἐθέλω.
(Platon, poème cité dans l’Anthologie palatine).
• ἡ Παφίη, la Paphienne : épithète d’Aphrodite. Paphos est une cité de Chypre consacrée à cette divinité.
• ἐθέλω a à peu près le même sens que βούλομαι : vouloir.
• ἐπεί, conjonction de subordination : après que, puisque. Employé comme conjonction de coordination, ἐπεί signifie « car ».
• ὁρᾶσθαι : « être vue », sous-entendre « par moi »
« Τῇ Παφίῃ à la Paphienne τὸ κάτοπτρον (j’offre mon) miroir · ἐπεὶ parce que τοίη telle μὲν ὁρᾶσθαι être vue οὐκ ἐθέλω je ne veux pas. »
Sur l’Anthologie :
• voir l’article de Philippe Renault sur le site de l’université catholique de Louvain.

Julien préfet d’Égypte, fait dire également ceci à Laïs.
                Ἀλλὰ σύ μοι, Κυθέρεια, δέχου νεότητος ἑταῖρον
                δίσκον, ἐπεὶ μορφὴ σὴ χρόνον οὐ τρομέει.
(ibid. )
• Κυθέρεια : Cythérée, déesse de Cythère (Κύθηρα), île de la mer Égée, c’est-à-dire Aphrodite. Cf. Antoine Watteau, Un pèlerinage à l’île de Cythère, un des chefs-d’œuvre du Louvre, et « Cythère » de Paul Verlaine.
• δέχου « reçois », impératif de δέχομαι.
• ἡ νεότης, 3e déclinaison (gén. νεότητος) : la jeunesse, cf. νέος jeune, nouveau.
• ὁ ἑταῖρος, ου : l’ami (au féminin ἑταίρα « hétaïre », courtisane). Les « hétéries » à Athènes sont des sortes de clubs.
• ὁ δίσκος, ου : le disque, d’où le miroir en forme de disque.
• ἡ μορφή, ῆς : la forme, d’où la beauté. Cf. morphologie, polymorphe…
• (τρομέω) τρομῶ : craindre, même racine que « trembler » (en grec τρέμω).
« Ἀλλὰ mais σύ toi, Κυθέρεια Cythérée, δέχου reçois δίσκον le miroir νεότητος ἑταῖρον ami de ma (μοι) jeunesse, ἐπεὶ puisque μορφὴ σὴ ta beauté χρόνον οὐ τρομέει ne craint pas le temps. »

Extrait du Premier Alcibiade, dialogue entre Socrate et Alcibiade au sujet des qualités de ce dernier pour faire une carrière politique :

Σωκράτης. – Εἰ ἄρα τις γέγονεν ἐραστὴς τοῦ Ἀλκιβιάδου σώματος, οὐκ Ἀλκιβιάδου ἄρα ἠράσθη ἀλλά τινος τῶν Ἀλκιβιάδου.
Ἀλκιβιάδης. – Ἀληθῆ λέγεις.
Σωκράτης. – Ὅστις δέ σου τῆς ψυχῆς ἐρᾷ ;
Ἀλκιβιάδης. – Ἀνάγκη φαίνεται ἐκ τοῦ λόγου.
« Εἰ ἄρα si donc τις quelqu’un γέγονεν est ἐραστὴς amoureux τοῦ Ἀλκιβιάδου σώματος du corps d’Alcibiade, οὐκ Ἀλκιβιάδου ἄρα (ce n’est) donc pas d’Alcibiade ἠράσθη (qu’)il s’est épris ἀλλά mais τινος de quelque chose τῶν parmi les (biens) Ἀλκιβιάδου d’Alcibiade (→ de quelque chose qui appartient à Alcibiade). – Ἀληθῆ λέγεις. Tu dis vrai. – Ὅστις δέ Mais quelqu’un qui σου ἐρᾷ (t’aime), τῆς ψυχῆς (aime-t-il ton) âme ? – Ἀνάγκη φαίνεται il semble nécessaire ἐκ τοῦ λόγου d’après (ton) raisonnement. »
• ἄρα, conjonction : donc
• γέγονεν est devenu → est (parfait de γίγνομαι, équivaut à ἐστι)
• ὁ ἐραστής l’amant, gén. ἐραστοῦ (féminin de la 1e décl., comme Ἀλκιβιάδης) → éraste, nom commun, mais aussi nom de personnages de comédie (voir Molière, Monsieur de Pourceaugnac, ou encore Les Fâcheux où Éraste, amoureux d’Orphise, est sans cesse empêché de lui parler).
• sur la même racine que ἐραστής et que ἔρως (eros) : (ἐράομαι) ἐρῶμαι « désirer », avec complément au génitif (Ἀλκιβιάδου). Ici ce verbe est à l’aoriste (ἠράσθη).
• τινος : τις indéfini, « quelque », « quelqu’un », ici au neutre : « quelque chose ». Τῶν article substantivé, « les choses », est au génitif partitif.
• ἀληθῆ : neutre pluriel d’ ἀληθής, adjectif de la 2e classe (3e déclinaison). Substantivé : « des choses vraies », donc « la vérité ».
• ὅστις (quelqu’un) qui : pronom relatif, à décomposer : ὅς qui / τις quelqu’un.
• ἡ ἀνάγκη la nécessité, employé souvent en construction impersonnelle (ἀνάγκη il est nécessaire, il faut), ici avec le verbe φαίνομαι (cf. phénomène).
• ὁ λόγος : la parole, le discours, le raisonnement. Ce mot se distingue de ὁ μῦθος la parole ou le récit. Voir Jean-Pierre Vernant, Les Origines de la pensée grecque sur ces deux formes de parole qui sont aussi deux formes de pensée (raison et croyance).