Grec 6. L’infinitif présent

L’infinitif définit « l’idée verbale pure ». Le mot grec qui se traduit par « infinitif » est ἀπαρέμφατος : « qui ne possède pas de signification accessoire » (Jean Humbert). Ce n’est pas une forme très ancienne : elle suppose « des capacités d’abstraction qui vont de pair avec un certain développement intellectuel ».

L’infinitif donne une fonction au verbe, comme s’il était un substantif. La plupart du temps, il s’agit d’une fonction sujet ou objet :

• Τίς ἀγορεύειν βούλεται ; « Qui veut parler ? »
• Φιλοσοφεῖν καλόν ἐστι. « Il est beau de philosopher. »

L’infinitif fonctionne donc à peu près comme un nom : avec un article, il est « substantivé », comme parfois en français : « le dîner », « le lever »… En grec, on peut substantiver n’importe quel verbe : τὸ εῖναι « le fait d’être », donc « l’existence » ; τὸ βούλεσθαι, « le fait de vouloir », « la volonté »…

■ Τὸ γὰρ εἶναι τὸν θεὸν πρόδηλον μὲν οὔκ ἐστιν. (Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, III.6) L’infinitif substantivé (τὸ εἶναι, « le fait d’être », « le fait qu’il y a ») est sujet de ἐστιν.
« Le fait que le dieu existe n’est pas évident. » → « manque d’évidence »

Verbes avec voyelle thématique

La voyelle thématique est forcément ε ; il en résulte, à l’infinitif, les désinences -ειν (voix active) et -εσθαι (voix moyenne et passive).
Les thèmes en voyelle se contractent avec la voyelle thématique, comme à l’indicatif.
http://anagnosis.org/gnosis/?q=node/50

Exemples : βάλλω jeter • χωρέω-ῶ avancer • τιμάω-ῶ honorer • ἀξιόω-ῶ juger digne, juger bon

βάλλω χωρέω-ῶ τιμ άω-ῶ ἀξιόω-ῶ
actif βάλλειν χωρεῖν τιμᾶν ἀξιοῦν
moyen et passif βάλλεσθαι χωρεῖσθαι τιμᾶσθαι ἀξιοῦσθαι

Verbes sans voyelle thématique

Les désinences sont -ναι à la voix active et -σθαι aux voix moyenne et passive.

εἰμι εἶμι φημι ὄλλυμι ἵστημι τίθημι δίδωμι
actif εἶναι ἰέναι φάναι ὀλλύναι ἱστάναι τιθέναι διδόναι
moy. et passif
n’existe pas
ὄλλυσθαι ἵστασθαι τίθεσθαι δίδοσθαι

Mettre à l’infinitif ces verbes, en conservant leur voix.

• ἀγγέλλω annoncer) • ἄγω mener • ἀριστεύω exceller, être supérieur • εἶμι aller • εἰμι être • (κινέω) κινῶ mouvoir • (δράω) δρῶ faire • (ζηλόω) ζηλῶ rivaliser, envier • γίγνομαι devenir, advenir (moyen) • πολιτεύομαι être citoyen (moyen) • (καλέομαι) καλοῦμαι appeler (moyen), être appelé (passif) • (ἐράομαι) ἐρῶμαι aimer (moyen), être aimé (passif) • (ὀρθόομαι) ὀρθοῦμαι être (re)dressé (passif).

Autres emplois de l’infinitif

En plus des emplois indiqués ci-dessus, il faut noter :
• l’infinitif d’ordre, qui équivaut à un impératif à la 2e personne du singulier ;
• l’infinitif exclamatif, qui exprime l’étonnement ou l’indignation ;
• l’infinitif complément de l’adjectif, avec des adjectifs comme δυνατός « capable de… », ἄξιος « digne de… » , etc.)
• l’infinitif de but, « après des verbes signifiant donner (ou refuser), choisir, ou des verbes représentant l’objet d’un mouvement » (J. Humbert).

Sur Alcibiade. Ἐντευκτικὸς γὰρ ἰδίᾳ καὶ πιθανὸς ἐδόκει μᾶλλον ἢ φέρειν ἀγῶνας ἐν δήμῳ δυνατός. (Plutarque, Vie d’Alcibiade)
→ Infinitif φέρειν complément de l’adjectif δυνατός.
« Ἐντευκτικὸς affable γὰρ en effet ἰδίᾳ en privé καὶ πιθανὸς et persuasif ἐδόκει il semblait μᾶλλον ἢ plus que δυνατός capable φέρειν de soutenir ἀγῶνας des luttes ἐν δήμῳ parmi le peuple . »
« Il passait pour affable et persuasif en privé, mais ne paraissait pas capable de soutenir la lutte devant le peuple. » (trad. A.-M. Ozanam)

Poséidon, dieu allié des Achéens (Grecs). Ἀχαιοῖσιν δὲ μέγα σθένος ἔμβαλε […] πολεμίζειν ἠδὲ μάχεσθαι. (Homère, Iliade, XIV, v. 151-152)
→ Infinitifs de but.
« Ἀχαιοῖσιν Aux Achéens ἔμβαλε il insuffla μέγα σθένος une grande force πολεμίζειν pour faire la guerre ἠδὲ (= καί) et μάχεσθαι combattre. »

Infinitifs absolus à connaître
(ὡς) ἐμοὶ δοκεῖν « à ce qu’il me semble »
τὸ ἐπὶ (τινα) εἶναι « en ce qui concerne (quelqu’un) »
ὡς (ἔπος) εἰπεῖν « pour ainsi dire »
τὸ νῦν εἶναι « pour le moment »
ὀλίγου δεῖν « presque » (littéralement « s’en falloir de peu »)
πολλοῦ δεῖν « loin de… » (littéralement « s’en falloir de beaucoup »)

Qu’est-ce qu’une proposition complétive ?

Les propositions complétives sont, pour la plupart, complément d’objet : par exemple, « Je dis que Philippe est bon. » En français, elles sont le plus souvent introduites par la conjonction « que » : ce sont des propositions conjonctives, mais nous utilisons, nous aussi, la proposition infinitive, après les verbes de perception (« J’entends parler quelqu’un. ») et après un présentatif: « Voici venir Pierre. »).

Une proposition infinitive est une proposition complétive dans laquelle le sujet est à l’accusatif et le verbe à l’infinitif : c’est logique, puisque ces deux éléments sont complément d’objet du verbe introducteur.

En grec, une proposition complétive peut être :

1. conjonctive, après les verbes de parole (verbes « déclaratifs »).
■ Λέγω ὅτι οἱ θεοί εἰσίν, « Je dis que les dieux sont » (ὅτι = « que »).

N.B. La conjonction ὡς peut s’employer à la place de ὅτι, pour faire planer un doute sur la vérité des paroles exprimées. Λέγει ὡς οἱ θεοί οὐκ εἰσίν, il prétend que les dieux n’existent pas.

2. infinitive
possible après les verbes déclaratifs,
obligatoire après la plupart des autres verbes, qu’ils expriment une pensée (par ex. νομίζω « je pense que »), une volonté (par ex. βούλομαι « je veux que »), un ordre (κελεύω τινὰ ἰέναι « j’ordonne à quelqu’un d’aller »), ou qu’il s’agisse de locutions impersonnelles (δεῖ ou χρή « il faut que », δῆλόν ἐστι « il est évident que »)….

■ Réponse à une accusation d’athéisme. Νομίζω εἶναι θεοὺς (Platon, Apologie de Socrate) : « Je pense (= νομίζω) être (= εἶναι, infinitif) des dieux (= θεούς, accusatif) », comme on dit « je vois passer un homme ». Donc : « Je pense qu’il y a des dieux ».

■ Opinion de Pythagore sur l’amitié. Εἶπέ πρῶτος, ὥς φησι Τίμαιος, κοινὰ τὰ φίλων εἶναι καὶ φιλίαν ἰσότητα. (Diogène Laërce) « Εἶπέ Il dit (aoriste de λέγω) πρῶτος (le) premier, ὥς comme φησι (le) rapporte Τίμαιος Timée, que τὰ φίλων les (affaires : article substantivé) des amis εἶναι sont κοινὰ communes καὶ et que φιλίαν l’amitié ἰσότητα (est) égalité. »

3. participiale, après les verbes de perception (par exemple ὁράω-ῶ je vois que).
Ὁρῶ τοὺς θεοὺς ὄντας. Mot-à-mot : « Je vois les dieux étant » (en bon français, « Je vois que les dieux existent »). Ὄντας est la participe présent du verbe εἰμι « être ».
Ν.Β. Derrière toute connaissance, pour les Grecs, il y a une perception, d’où la construction de certains verbes exprimant un savoir : οἶδα τοὺς θεοὺς ὄντας. « Je sais que les dieux existent ». Le verbe οἰδα « je sais » est le parfait de εἴδω (racine ιδ) qui ne s’emploie plus en grec classique.

Verbes de perception (αἰσθάνομαι percevoir, d’où ἡ αἴσθησις la perception) à retenir :

ὁράω-ῶ voir (cf. pan-ora-ma) • βλέπω voir • σκέπτομαι, σκοπέω-ῶ observer, examiner (cf. scepticisme, microscope, et « scoptophilie », jouissance à regarder l’autre : cf. Vincent Jouve, Belles endormies) • θεάομαι-ῶμαι contempler (cf. théâtre) • θεωρέω-ῶ observer, contempler (cf. théorie, de θεωρία qui signifie aussi « procession ») • ἀκούω entendre, entendre dire (cf. acoustique)

Autres sens corporels : l’odorat (ἡ ὄσφρησις), le toucher (ἡ ἁφή, et ἅπτομαι toucher) et le goût (ἡ γεῦσις).

Dans les phrases suivantes, trouver le(s) verbe(s) à l’infinitif, et le(s) transposer à l’indicatif, 1e personne du singulier (voix active). Ensuite, expliquer l’emploi de l’infinitif.

On peut ensuite s’amuser à changer la voix des verbes, et/ou à les conjuguer.

Un proverbe. Οὐ χρὴ πῦρ ἐπὶ πῦρ ὀχετεύειν. (Renzo Tosi, Sentences grecques et latines, p. 596)
• χρή il faut = δεῖ, mots à retenir.
• ἐπί : préposition signifiant (à l’origine) un contact.
« Οὐ χρὴ Il ne faut (pas) ὀχετεύειν jeter πῦρ (du) feu ἐπὶ sur πῦρ (du) feu. » Nous dirions : « Il ne faut pas jeter de l’huile sur le feu. »

Proverbe. Μὴ κινεῖν τὰ ἀκίνητα. (Tosi, p. 609)
• κινέω-ῶ mouvoir, d’où κίνημα mouvement (cinéma). Κίνησις action de mouvoir (suffixe σις), d’où kinési-thérapie (ἡ θεραπεία le soin).
« Μὴ κινεῖν Ne pas mouvoir τὰ ἀκίνητα ce qui ne peut être mû. » Autrement dit, ne pas s’attaquer à une tâche impossible…

Le grec possède deux négations : οὐ et μή.

• Οὐ est une négation « objective » : elle exprime le constat qu’une affirmation n’est pas vraie. Si elle se traduit généralement par « ne pas », il arrive qu’il faille la traduire par « il n’est pas vrai que ».

• Μή est une négation « subjective » : « μή repousse un vœu, un effort, une hypothèse – c’est-à-dire des tendances de la volonté ou des constructions de l’esprit » (Jean Humbert).

À partir de ce principe, il semblerait logique que l’infinitif s’emploie toujours avec μή, mais il n’en est pas ainsi. L’infinitif s’emploie avec les deux négations : οὐ s’il exprime une pensée ou un jugement, μή s’il exprime une volonté, une possibilité, une nécessité, etc.

L’éthique aristocratique. Αἰὲν ἀριστεύειν καὶ ὑπείροχον ἔμμεναι ἄλλων. (Iliade, VI. 208 ; Tosi, p. 640)
Dans cette phrase et dans la précédente, le verbe χρή « il faut » n’est pas exprimé, mais l’infinitif suffit à traduire l’idée de nécessité, comme en français.
• αἰεί toujours, à retenir
• ἀριστεύειν : verbe formé sur la racine de ἄριστος, déjà rencontré.
ἄλλος « autre », cf. latin alius, et « allergie » (« autre » réaction ἔργον, par opposition à la réaction normale à un corps étranger). Une « allégorie » est la représentation d’une chose par une autre : par exemple, la « Liberté guidant le peuple » sous les traits d’une femme, dans le célèbre tableau de Delacroix.
« Αἰὲν toujours ἀριστεύειν être le meilleur καὶ et ἔμμεναι être (ἔμμεναι infinitif archaïque = εἶναι) ὑπείροχον (ὑπείροχος = ὑπέροχος) être supérieur ἄλλων aux autres. »

Critique d’un poète. Αἰσχύλος δὲ φλυαρεῖ φάσκων Ἀχιλλέα Πατρόκλου ἐρᾶν. (Platon, Banquet, 180a)
• ἐρᾶν infinitif présent actif de (ἐράω) ἐρῶ aimer. Cf. ἔρως, ἐρωτικός…
• φάσκω : racine de φημι dire, mais avec le suffixe -σκ-, qui « souligne la durée de l’action » ou possède une valeur inchoative (c.-à-d. exprimant le commencement : « se mettre à… »). Ici φάσκων « se mettant à dire ».
« Αἰσχύλος Eschyle φλυαρεῖ dit des sornettes φάσκων prétendant (→ quand il prétend) qu’ Ἀχιλλέα Achille ἐρᾶν est l’amant Πατρόκλου de Patrocle. »

Cyniskos s’adresse à Zeus, se moquant des dieux. Ἐρᾶν δὲ ὑμᾶς φασι καὶ τιτρώσκεσθαι καὶ δουλεύειν ἐνίοτε παρὰ τοῖς ἀνθρώποις. (Lucien, Zeus confondu, 8)
• ἑράω-ῶ : « désirer », « aimer »
• ὑμᾶς : accusatif du pronom ὑμεῖς « vous »
• τιτρώσκω : blesser
• δουλεύω : « être esclave »
• ἐνίοτε, adverbe de temps : « parfois »
• παρά, préposition suivie du datif : « chez »
• ὁ ἄνθρωπος, ου « l’homme ».
« Φασι on dit que ἐρᾶν ὑμᾶς vous êtes amoureux, καὶ τιτρώσκεσθαι que vous êtes blessés, καὶ ἐνίοτε et parfois δουλεύειν êtes esclaves παρὰ τοῖς ἀνθρώποις chez les hommes. »

Sur la pédérastie. Χρῆν δὲ καὶ νόμον εἶναι μὴ ἐρᾶν παίδων. (Banquet, 181d)
χρή : ce mot, déjà rencontré plus haut, est une des curiosités du grec. Ce verbe a une tête de nom, ce qui est normal car c’est à l’origine un nom, signifiant « nécessité ». Le verbe « être » est sous-entendu, si bien que ce nom est perçu comme un verbe et se conjugue (ici, à l’imparfait).
• νόμον εἶναι : proposition infinitive dépendant de χρή, traduite par une proposition complétive avec « que ».
• μὴ ἐρᾶν : infinitif simple, dépendant de νόμον. Sur la négation μή, voir encadré si-dessus.
• le verbe ἐράω-ῶ (aimer) s’emploie avec un complément au génitif, ici παίδων.
« Χρῆν Il faudrait (imparfait de χρή, cf. plus haut. Imparfait employé comme conditionnel, comme il est fréquent avec ce verbe) καὶ aussi (que) νόμον une loi εἶναι soit → impose μὴ (de) ne pas ἐρᾶν désirer παίδων les enfants. »

Zeus vient de se défendre en affirmant que les Destinées, Μοῖραι, sont responsables de tout (ἡ Μοῖρα δι᾽ ἡμῶν ἕκαστα ἐπιτελεῖ, « c’est la Moire qui à travers nous accomplit chaque chose »). Réponse de Cyniskos : Μανθάνω· ὑπηρέται καὶ διάκονοί τινες τῶν Μοιρῶν εἶναί φατε. (Lucien, Jupiter confondu, 11)
• ὁ ὑπηρέτης, ου : serviteur (étymologiquement, qui rame sous les ordres de quelqu’un).
• διάκονος possède à peu près le même sens. Cf. diaconat, diacre.
• οἱ Μοῖραι : les Moires, les Destinées. Cf. Moïra, titre d’un roman de Julien Green.
• εἶναί est complément de φατε. Remarque : l’infinitif εἶναι ayant le même sujet que le verbe principal φατε, son sujet n’est pas exprimé. C’est donc un simple infinitif complétif : on n’emploie pas, dans ce cas, de proposition infinitive.
« Je comprends : vous avouez être des serviteurs (aux ordres) des Moires. »

Éloge d’une mort héroïque. Πολλαχῇ κινδυνεύει καλὸν εἶναι τὸ ἐν πολέμῳ ἀποθνῄσκειν. (Platon, Ménexène, 234c)
• κινδυνεύειν « être en danger » vient de κίνδυνος « danger ». Ici, le verbe est employé à la forme impersonnelle.
• τὸ ἀποθνῄσκειν : infinitif substantivé, « le fait de mourir ». Il faut s’y habituer : l’expression ἐν πολέμῳ est enclavée entre l’article et l’infinitif ; elle dépend donc directement de celui-ci.
θνῄσκειν « mourir », le plus souvent employé, comme ici, avec le préfixe ἀπο-. La racine θν est celle de ὁ θάν-ατος « la mort ». Le suffixe -σκ- est le même que dans φάσκω : θνῄσκειν commencer, se mettre à mourir…
« Πολλαχῇ De bien des manières κινδυνεύει il est bien possible καλὸν εἶναι que soit beau τὸ ἀποθνῄσκειν le fait de mourir ἐν πολέμῳ à (la) guerre. »

Les habitants de Mélos ont été vaincus par les Athéniens, et ils se plaignent de la dureté de leur sort. Xαλεπὸν μὲν καὶ ἡμεῖς νομίζομεν πρὸς δύναμίν τε τὴν ὑμετέραν καὶ τὴν τύχην ἀγωνίζεσθαι. (Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, V, 104)
χαλεπός difficile. Verbe dérivé : χαλεπαίνω, supporter difficilement.
• ἡμεῖς nous, ὑμεῖς vous, ἡμέτερος notre, ἡμέτερος votre.
• δύναμίν τὴν ὑμετέραν : l’ordre des mots habituel est τὴν ὑμετέραν δύναμίν.
• Rappel sur la particule τε : elle annonce la conjonction καί et à renforcer la coordination. Autre construction de τε : τε… τε… « à la fois… à la fois… »
ἡ τύχη (mot essentiel, à retenir) : le sort, la fortune, le hasard. Cf. verbe τυγχάνω obtenir.
• ἀγονίζομαι lutter, de ὀ ἀγών (3e déclinaison) la querelle, le conflit, le concours.
« Καὶ ἡμεῖς nous aussi νομίζομεν nous trouvons (νομίζω penser) χαλεπόν difficile ἀγωνίζεσθαι de lutter πρὸς δύναμίν τε τὴν ὑμετέραν à la fois contre votre puissance καὶ τὴν τύχην et contre le sort. »
À lire : Thucydide, La Dialogue des Méliens et des Athéniens, précédé de « Thucydide et l’Empire » par Luciano Canfora, éditions de l’Éclat, 2013. Citation de Thucydide placée en exergue du livre : « Comment peut-il être aussi avantageux pour nous d’être esclaves que pour vous de dominer ? »

Aristote observe la polysémie du verbe « avoir ». Οἶνον ἔχειν τὸ κεράμιον λέγεται, καὶ ὁ μέδιμνος πυρούς. […] Λεγόμεθα δὲ καὶ γυναῖκα ἔχειν καὶ ἡ γυνὴ ἄνδρα. (Aristote, Catégories, 15, 15b25)
• οἶνος vin, d’où « œno-logie » (se prononce « éno-).
• τὸ κεράμιον le vase d’argile, ὁ κέραμος l’argile, terre cuite (même racine que le latin cremo brûler). Le Céramique est le quartier des potiers à Athènes.
• λέγομαι : λέγω dire, parler, à la voix passive, λέγεται 3e personne du singulier. Λεγόμεθα : 1e personne du pluriel.
• Le médimne est une unité de mesure correspondant à cinquante-deux litres.
Ne pas confondre ὁ πυρός « le blé » et τὸ πῦρ le feu (phrase 1).
• La racine du verbe ἔχω se retrouve dans de nombreux mots : voir par exemple, avec le degré ο du radical, ὀχ-ετεύειν (« verser », phrase 1), et ὑπέρ-οχ-ος (« supérieur », phrase 3). Les passerelles sont nombreuses entre « être » et « avoir » : ὑπέρ-οχος étymologiquement signifie « étant au-dessus » (ὑπερ-, hyper-).
« Τὸ κεράμιον le vase d’argile λέγεται est dit ἔχειν avoir (→ contenir) οἶνον du vin, καί et ὁ μέδιμνος le médimne πυρούς (contenir) du blé. […] Λεγόμεθα nous sommes dits καί aussi γυναῖκα ἔχειν avoir une femme καὶ et ἡ γυνὴ la femme (est dite) ἄνδρα (avoir) un mari ». &rarr « On dit aussi qu’on « a » une femme et qu’une femme « a » un mari. »

Sur l’athéisme. Τὸ δὲ ὅλον τοῦτο ἀκυβέρνητον οἴει καὶ ἀνηγεμόνευτον φέρεσθαι ; (Lucien, Zeus tragique, 46)
• ὅλος, ή, όν « tout », « entier », « qui forme un tout. Cf. holisme, et cat-hol-ique, étymologiquement « universel ».
• τοῦτο démonstratif, « ce » (neutre de οὗτος)
• ἀκυβέρνητος, ος, ον « sans pilote » (κυβερνάω-ῶ « piloter », même racine que le latin gubernare. Cf. cybernétique)
• ἀνηγεμόνευτος, ος, ον « sans chef » (ἡγεμονεύω « être le chef », ὁ ἡγεμών, όνος « le chef », cf. hégémonie)
« Οἴει Tu penses que τὸ ὅλον τοῦτο ce tout (= tout cet univers) φέρεσθαι est emporté ἀκυβέρνητον sans pilote καὶ ἀνηγεμόνευτον et sans guide ? »

Philoctète vient d’interroger Néoptolème sur la mort d’Achille, son père ; Néoptolème lui répond.

                Οἶμαι μὲν ἀρκεῖν σοί γε καὶ τὰ σ᾽, ὦ τάλας,
                ἀλγήμαθ᾽, ὥστε μὴ τὰ τῶν πέλας στένειν.

(Sophocle, Philoctète, v. 339-440)

οἶμαι est un verbe très employé. La voyelle thématique est souvent omise : οἴομαι s’emploie peu.
• ἀρκεῖν τὰ σὰ ἀλγήματα : proposition infinitive. Noter les élisions : σ’ pour σά et ἀλγήμαθ’ pour ἀλγήματα. Ἀρκέω-ῶ suffire – τὸ ἄλγημα (3e décl.)souffrance, de ἀλγέω-ῶ souffrir.
• σοί « à toi » (pronom personnel) et σά « tes », « tiens » (déterminant possessif σός au neutre pluriel) : nous retrouverons ces mots.
τάλας : la particule ὦ accompagne presque toutes les apostrophes. C’est la manière habituelle d’interpeller quelqu’un, elle n’exprime pas une solennité particulière.
ὥστε, conjonction de subordination exprimant la conséquence (« si bien que ») ne doit pas être confondu avec ὥσπερ « de même que », exprimant la comparaison (« de même que »).
• πέλας adverbe « près », d’où οἱ πέλας « les proches ».
• στένω gémir
« Οἶμαι Je pense que τὰ σά ἀλγήματα tes malheurs ἀρκεῖν suffisent σοί à toi γε vraiment ὦ τάλας, malheureux, ὥστε assez pour μὴ ne pas στένειν gémir τὰ τῶν πέλας sur ceux des autres. »