Grec 4. Les verbes et l’indicatif présent (voix active)

Le thème

Le point de départ est le « thème », un joli mot qui évoque davantage la musique que la grammaire (mais « la grammaire est une chanson douce » !). Ici, le thème est le verbe abstraction faite de sa désinence.

Thème : « ce qui est posé » (θῆμα) au départ. C’est la base, que l’on reprend avec des variations, comme un thème musical. Tout verbe grec possède trois thèmes :
• celui du présent,
• celui de l’aoriste (mot d’origine grecque qui veut dire « non délimité »)
• et celui du parfait (mot d’origine latine – perfectum – qui veut dire « accompli »)

Ces trois thèmes correspondent aux trois bases temporelles, ou les trois aspects d’un état ou d’une action :
• « Le présent prend en compte la réalisation complète du procès [= processus] et peut exprimer durée, continuité, effort, répétition » (Jacqueline de Romilly) Exemple : « être en fuite », φεύγειν (thème φευγε-). Le présent grec se traduit généralement par un présent français.
• « L’aoriste exprime l’idée verbale nue, c’est-à-dire indépendamment de la réalisation concrète de l’action et sans aucune considération de durée. » J. de R.) Exemple : « fuir » (action considérée de manière abstraite) ou « prendre la fuite », φυγεῖν (thème φυγε-).
• Le parfait « exprime le résultat présent et définitivement acquis d’une action passée » (J. de R.). Exemple : « avoir fui » (donc être hors de danger), πεφευγέναι (thème πεφευγε-).

Ce système archaïque privilégie ce que les grammairiens appellent « l’aspect » par rapport à la chronologie. Il est différent du nôtre, qui situe les temps verbaux sur une ligne temporelle.
Les autres temps (imparfait, futur, plus-que-parfait et futur du parfait, très rare) s’agrègent, pour leur sens comme pour leur forme, sur ces trois temps principaux, dont ils ne sont, en quelque sorte, que des variantes.

La voyelle thématique

Le thème est constitué du radical auquel s’ajoute, pour un grand nombre de verbes, une voyelle qu’on appelle voyelle thématique : voyelle qui fait partie du thème. Cette voyelle est soit ο, soit ε. Par exemple : βαίνο-μεν, « nous marchons ».

La voyelle thématique est ο (1e personne du singulier, 2e et 3e personnes du pluriel) ou ε (aux autres personnes). Cette voyelle et la désinence se mélangent, sauf aux 1e et 2e personnes du pluriel (ο-μεν, ε-τε).

La désinence

Au thème s’ajoute une désinence, qui nous renseigne sur la personne, le temps et la voix : dans βαίνομεν, la désinence est –μεν (en latin –mus, en français –ons).

Exemple de verbe sans voyelle thématique : ὄμνυ-μεν, « nous jurons ». Le thème se réduit au radical.

Le grec utilise la même métaphore que le français « conjugaison » : συζυγία union, couple (de ζεύγνυμι mettre sous un même joug, unir). Croisement de l’érotisme et de la grammaire !

→ Pour commencer, il faut apprendre la conjugaison des deux verbes suivants, au présent (voix active) : l’un (βαίνω, « marcher » ) comporte une voyelle thématique, l’autre (ὄμνυμι, « jurer », « prêter serment ») n’en comporte pas.

1e p. sing. βαίνω ὄμνυμι
2e p. sing. βαίνεις ὄμνυς
3e p. sing. βαίνει ὄμνυσι
1e p. pluriel βαίνομεν ὄμνυμεν
2e p. plur. βαίνετε ὄμνυτε
3e p. plur. βαίνουσι ὄμνυασι

Les voix

Il y a trois voix en grec, et non deux comme en français.
– la voix active : le sujet fait l’action.
– la voix passive : le sujet subit l’action.
– la voix moyenne : « elle dénote une implication intense du sujet dans l’action, si bien que certains verbes sont toujours au moyen, comme le verbe qui signifie « vouloir » (βούλομαι) ou celui qui signifie « devenir » (γίγνομαι) ou αἰσθάνομαι (« percevoir, se rendre compte, sentir ») ou encore δέχομαι (« recevoir, accueillir »), tous verbes pour lesquels l’engagement du sujet dans l’action est incontestable. » (J. de Romilly)

En dehors du futur et de l’aoriste, la voix moyenne se conjugue comme la voix passive ; seule la signification est différente. Le sens d’un verbe au moyen est tantôt plus proche de l’actif, tantôt plus proche du passif : c’est pourquoi cette voix s’appelle « moyenne ». Il arrive même que le verbe change d’acception : ainsi, πείθω à la voix active signifie « persuader », et à la voix moyenne (πείθομαι) « obéir ».

Les modes

Nous nous contentons pour le moment de conjuguer l’indicatif présent. À l’indicatif, un verbe désigne un état ou un fait réels. En grec, cela se dit ὁριστική, « qui sert à délimiter » (de ὁ ὅρος « la borne »).

Les autres modes sont :
• l’impératif : le verbe exprime alors un ordre, une invitation ou une prière.
• le subjonctif : le verbe exprime un projet ou désigne quelque chose qui va certainement se produire. En grec, on dit ὑποτακτική (« postérieur », « qui s’ensuit »), en anglais postpositive.
• l’optatif exprime une possibilité, du latin souhaiter ou choisir. En grec, ce mode s’appelle εὐκτική (« exprimant un souhait »).

Il faut ajouter bien sûr les modes impersonnels que sont l’infinitif (où le verbe se prend pour un nom !) et le participe (où le verbe se prend pour un adjectif…).

En six vers, Pierre Nicole fait le tour de la voix active, à tous les modes…

Terminaison de l’Actif en tous ses Modes
Ω, ον, α, ειν l’Indicat a.
Le Subjonctif ω par ἦτα.
Οιμι, αιμι veut l’Optatif.
Ε, ον par τω l’Impératif.
Ειν, αι, έναι l’Infini fait.
Le Participe ων, ας, ως met.

Les désinences au présent de l’indicatif

Un tour d’horizon des désinences est utile pour commencer ; il suffit de les observer. L’assimilation des conjugaisons en sera facilitée.

Voix active
moyenne ou passive
verbes avec voyelle thématique verbes sans voyelle thématique Tous les verbes
1e p. sg. ω μι (ο)μαι
2e p. sg. εις ς (ε)σαι
3e p. sg. ει σι (ε)ται
1e p. pl. ομεν μεν (ο)μεθα
2e p. pl. ετε τε (ε)σθε
3e p. pl. ουσι ασι (ο)νται

Nota : ces désinences sont dites « primaires » : on les retrouve au futur et au parfait. Les désinences « secondaires » s’emploient aux temps du passé : imparfait, aoriste et plus-que-parfait.

Conjugaison

Une fois que ce qui précède est bien compris, on peut apprendre la conjugaison du présent, en gardant à l’esprit :
• que certains verbes possèdent une voyelle thématique, d’autres n’en ont pas ;
• que ces deux catégories se divisent à leur tour en deux : les verbes dont le radical se termine par une voyelle, et ceux dont le radical se termine par une consonne. Cette fois, υ et ι doivent être considérés comme des consonnes.

Exemples : • βαίνομεν nous marchons • ποιέομεν nous faisons, nous composons (cf. ποίησις, poésie) • δείκνυμεν nous montrons (cf. déictique) • ἵσταμεν nous plaçons (cf. statue).

avec voyelle thématique avec voyelle thématique
radical en consonne + υ, ι ex. : βαίν-ο-μεν ex. : δείκνυ-μεν
radical en voyelle (α, ε, ο) ex. : ποιέ-ο-μεν ex. : ἵστα-μεν

Verbes avec voyelle thématique

Bien retenir la voyelle thématique :
• 1e personne du singulier ο, 2e ε, 3e ε,
• 1e personne du pluriel ο, 2e ε, 3e ο.
ο, ε, ε, ο, ε, ο : à connaître par cœur.

Chez les verbes à thème en voyelle, cette voyelle se « contracte » avec la voyelle thématique : on les appelle donc « verbes contractes ». La forme non contractée, donnée entre parenthèses, n’est pas la forme usuelle. Les contractions obéissent à des règles : voir le tableau plus bas. Il est possible de n’apprendre, dans un premier temps, que la conjugaison de πέμπω, et de bien observer les verbes contractes pour pouvoir les reconnaître par la suite.

Exemples : • πέμπω envoyer, accompagner (cf. « en grande pompe », avec degré o de la racine) • (τιμάω) τιμῶ honorer • (χωρέω) χωρῶ avancer (cf. anachorète, homme qui se retire ἀναχωρεῖ du monde) • (δηλόω) δηλῶ « montrer »

thème en consonne thème en voyelle α thème en voyelle ε thème en voyelle ο
πέμπω (τιμάω) τιμ (χωρέω) χωρ (δηλόω) δηλ
πέμπεις τιμᾷς χωρεῖς δηλοῖς
πέμπει τιμ χωρεῖ δηλοῖ
πέμπομεν τιμῶμεν χωροῦμεν δηλοῦμεν
πέμπετε τιμᾶτε χωρεῖτε δηλοῦτε
πέμπουσι τιμῶσι χωροῦσι δηλοῦσι

À la 3e personne du pluriel, on utilise souvent un ν dit « euphonique », pour l’oreille : πέμπουσιν, τιμῶσιν, χωροῦσιν, δηλοῦσιν.

contractions (à observer)
voyelle ε voyelle α voyelle o
εω → ω αω → ω οω → ω
εο → ου αο → ω οο → ου
εου → ου αου → ω οου → ου
εε → ει αε → α οε → ου
εει → ει αει → ᾳ οει → οι

Verbes sans voyelle thématique

Sans voyelle thématique, c’est plus simple : il n’y a plus de contractions. Seule exception : la 3e personne du pluriel de ἵστημι, φημι et ἵημι : ἱστᾶσι, φασι et ἱᾶσι (ε + α = α). Aux autres personnes, ἵημι se conjugue comme τίθημι.

Une singularité à noter, chez les radicaux en voyelle : cette voyelle est longue au singulier (η, η, ω) et brève au pluriel (α, ε, ο).

Exemples : • ὄλλυμι détruire • ἵστημι placer (cf. sta-tue, sta-ble) • τίθημι poser (cf. thè-se) • δίδωμι donner (cf. do-nner) • εἰμι être • εἶμι aller • φημι dire (cf. fa-ble, inef-fa-ble).

Verbes réguliers
ὄλλυμι ἵστημι τίθημι δίδωμι
ὄλλυς ἵστης τίθης δίδως
ὄλλυσι ἵστησι τίθησι δίδωσι
ὄλλυμεν ἵσταμεν τίθεμεν δίδομεν
ὄλλυτε ἵστατε τίθετε δίδοτε
ὄλλυασι ἱστᾶσι τιθέασι διδόασι

Verbes irréguliers
εἰμι (être) εἶμι (aller) φημι
εἶ εἶ φῄς
ἐστι εἶσι φησι
ἐσμεν ἴμεν φαμεν
ἐστε ἴτε φατε
εἰσι ἴασι φασι

• Une singularité à noter : l’absence d’accent dans la conjugaison de εἰμι et de φημι, sauf à la 2e personne du singulier.
• À la 3e personne du pluriel, on utilise souvent un ν dit « euphonique » : voir plus haut. Ὀλλύασιν, ἱστᾶσιν, etc. Il s’emploie lorsque la désinence est suivie d’un mot commençant par une voyelle, ou avant ponctuation.

Conjuguer

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εἰμιἵστημιβάλλω lancer • (οἰκέω) οἰκῶ habiter (racine éco- en français, cf. οἶκος maison) • τίθημιφέρω porter (cf. périphérie, et métaphore avec racine au degré o) • (δοκέω) δοκῶ sembler (cf. δόξα) • φημι dire • (ἀλλοιόω) ἀλλοιῶ modifier • εἶμι • (πειράω) πειρῶ essayer, tenter (cf. pira-te, qui tente un coup, ex-péri-ence, em-pir-ique) • (ποιέω) ποιῶ faire, composer • σθένω être fort (cf. asthénie, faiblesse) • (ὁράω) ὁρῶ voir (cf. pan-ora-ma) • ἔχω avoir • ἀγορεύω parler (l’ἀγορά, place publique est un lieu de parole, étymologiquement où l’on se rassemble : ἀγείρω rassembler) • (ἐάω) ἐῶ laisser, permettre

Dans les citations suivantes, trouver et analyser les verbes au présent de la voix active.

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La force et la loi. Ὅπου βία πάρεστιν, οὐ σθένει νόμος. (Renzo Tosi, Sentences latines et grecques, p. 627)
• νόμος : usage, loi, règle : cf. métronome, anomie, autonomie.
« Ὅπου (Là) où βία la force πάρεστιν est présente, οὐ σθένει n’est pas forte νόμος la loi. »

Reproche des Méliens aux Athéniens, qui les ont vaincus : Τοὺς πολεμίους μεγαλύνετε. (Thucydide, V. 98, « dialogue mélien ». Cf. Le Dialogue des Méliens et des Athéniens, introduction de Luciano Canfora, L’Éclat, 2013)
• πολέμιος ennemi, de πόλεμος guerre
• μεγαλύνετε : dérivé de μέγας grand, déjà rencontré (féminin μεγάλη, superlatif μέγιστος).
« Τοὺς πολεμίους Les (vos) ennemis, μεγαλύνετε vous les grandissez. » Les Athéniens « grandissent » leurs ennemis et les renforcent en raison de leur arrogance.

Sur le vin. Εἰ τις αὐτὸν πίνει ἐπισταμένως, οὐ κακὸν ἀλλ´ ἀγαθόν. (Théognis, cité par Galien, Que les mœurs de l’âme sont la conséquence des tempéraments du corps, 3)
• ἐπισταμένως adverbe : de ἐπίσταμαι savoir, cf. ἐπιστήμη science, épistémologie.
• ἀγαθός bon : adjectif à retenir.
« Εἰ Si τις quelqu’un → on αὐτὸν πίνει le boit (→ en boit) ἐπισταμένως avec discernement, οὐ κακὸν (ce n’est) pas (un) mal ἀλλ´ = ἀλλά mais ἀγαθόν (un) bien. »

Sur l’amour. Πολλὴν καὶ μεγάλην, μᾶλλον δὲ πᾶσαν δύναμιν ἔχει συλλήβδην ὁ πᾶς Ἔρως. (Platon, Banquet, 188d)
• πολλή : féminin de πολύς nombreux (poly-)
• συλλήβδην adverbe, dérivé de συλλαμβάνω « prendre ensemble », « réunir » (une syllabe « réunit » voyelle et consonne)
« Πολλὴν considérable καὶ μεγάλην et grande, μᾶλλον δὲ et plutôt πᾶσαν toute δύναμιν puissance ἔχει a συλλήβδην pour le dire en un mot (bref) ὁ πᾶς Ἔρως l’Amour tout entier. » → « L’Amour tout entier a un pouvoir considérable, important ; et plus encore, tout le pouvoir, pour le dire en un mot. »

Même sujet. Ψυχῆς τὸ μανικώτατον πάθος καὶ μέγιστον ἱερὸν καὶ θεῖον ἔνιοι προσαγορεύουσιν. (Plutarque, Sur l’amour, 12)
• μανικός fou, μανικώτατος très fou/le plus fou, de ἡ μανία a folie (manie, maniaque).
• ἱερός saint, sacré : cf. hiéroglyphes, hiératique, hiérarchie…
• θείος divin, de θέος dieu
« Ψυχῆς de l’âme τὸ μανικώτατον πάθος la passion la plus folle καὶ μέγιστον et la plus grande ἱερὸν sainte καὶ θεῖον et divine ἔνιοι quelques-uns προσαγορεύουσιν (l’) appellent. »

La nature est bien faite… Τοῖς ὑγιεινοῖς καὶ ὠφελίμοις ἡ φύσις ἡδονὴν ἄλυπον καὶ ἀμεταμέλητον προστίθησιν. (Plutarque, Préceptes d’hygiène, 26)
• ὑγιεινός : cf. hygiène, de ἡ ὑγίεια la santé.
• ὠφέλιμος : de ὠφελέω-ῶ être utile
• ἡ φύσις la nature : cf. physique.
• ἄλυπος : dérivé de ἡ λύπη le chagrin, avec α- privatif.
« Τοῖς ὑγιεινοῖς aux (choses) saines καὶ ὠφελίμοις et utiles ἡ φύσις la nature προστίθησι(ν) ajoute ἡδονὴν ἄλυπον un plaisir dénué de souffrance καὶ ἀμεταμέλητον et dénué de remords. » Τοῖς ὑγιεινοῖς καὶ ὠφελίμοις, complément d’attribution de προστίθησι(ν) : aux choses saines et utiles, c’est-à-dire aux usages, aux comportements…

→ Les adjectifs ὑγιεινός et ὠφέλιμος sont ici « substantivés », c’est-à-dire employés comme noms. Au génitif et au datif, le masculin et le neutre sont identiques (ὑγιεινοῦ, ὑγιεινῷ, ὑγιεινῶν, ὑγιεινοῖς) : il faut donc se demander s’il s’agit de personnes ou de choses.

Sur la température du corps. Τοῦ αἵματος κένωσις καὶ ἡ τοῦ κωνείου πόσις καταψύχουσι τὸ σῶμα. (Galien, Que les mœurs de l’âme sont la conséquence des tempéraments du corps, 3)
• τό αἷμα le sang, cf. hémato-
• κένωσις : de κενόω-κενῶ : vider, voir le concept théologique de « kénose », mais aussi « cénotaphe »
• πόσις : encore un mot en σις (3e déclinaison), ce suffixe indiquant qu’il s’agit d’un processus. Τὸ ποτόν (2e déclinaison) boisson.
• καταψύχουσι : de τὸ ψῦχος le froid, non de ἡ ψυχή l’âme.
« Τοῦ αἵματος de sang κένωσις la perte καὶ et ἡ τοῦ κωνείου πόσις la consommation de ciguë καταψύχουσι refroidissent τὸ σῶμα le corps. »

Sur la douceur. Ἣ γλυκύτης πάθος τι κατὰ τὴν γεῦσιν ἐμποιεῖ. (Aristote, Catégories, 8, 9b5)
• γλυκύτης (3e déclinaison) : de γλυκύς doux, sucré (cf. glycose, glycine, glycémie avec la racine de αἷμα)
« Ἣ γλυκύτης la douceur πάθος τι une sensation κατὰ τὴν γεῦσιν au niveau du goût ἐμποιεῖ produit. »

→ Noter τις (masculin et féminin), τι (neutre) : « un », « quelque », « quelqu’un ». C’est un pronom-déterminant indéfini très fréquent.

Un compliment. Ἀστεῖον γε, ἦ δ’ ὅς, ὅτι ἐρυθριᾷς, ὦ Ἱππόθαλες. (Platon, Lysis, 204c)
• ἀστεῖος : de τὸ ἄστυ la ville. À l’ »urbanité » (racine latine : urbs ville) on peut ajouter l’ « astéisme ».
« Ἀστεῖον (c’est) gracieux γε, oui, ἦ δ’ ὅς dit-il très courant dans les dialogues de Platon : voir aussi ἦν δ’ἐγώ « dis-je »), ὅτι que ἐρυθριᾷς tu rougisses, ὦ Ἱππόθαλες, Hippothalès. »

Critobule aime Clinias. Ἄχθομαι καὶ νυκτὶ καὶ ὕπνῳ ὅτι ἐκεῖνον οὐχ ὁρῶ. (Xénophon, Banquet, IV, 12)
• ἡ νύξ la nuit, cf. latin nox, d’où nocturne.
• ὁ ὕπνος la sommeil
• ἐκεῖνος pronom démonstratif
« Ἄχθομαι Je souffre καὶ νυκτὶ et (dans la) nuit καὶ ὕπνῳ et (dans le) sommeil ὅτι parce ἐκεῖνον celui-ci (= Clinias) οὐχ ὁρῶ je ne (le) vois pas. »

Même sujet. Ἡ μὲν αὐτοῦ ὄψις εὐφραίνειν δύναται, ἡ δὲ τοῦ εἰδώλου τέρψιν μὲν οὐ παρέχει, πόθον δὲ ἐμποιεῖ. (ibid., IV, 22)
• ἡ ὄψις : racine οπ (cf. optique), et suffixe -σις (voir plus haut).
• εὐφραίνειν : un des nombreux dérivés de φρήν esprit, intelligence
• τὸ εἴδωλον image, d’où « idole ». Racine ιδ de l’idée (ἰδέα, image mentale)
• ἡ τέρψις le charme, de τέρπω charmer. Suffixe σις, encore lui.
« Ἡ μὲν ὄψις la vue αὐτοῦ de lui → le fait de le voir δύναται peut εὐφραίνειν (me) réjouir, δὲ tandis que ἡ (ὄψις) la vue τοῦ εἰδώλου d’une image (de lui) μὲν non seulement οὐ παρέχει ne produit pas τέρψιν de plaisir, δὲ mais ἐμποιεῖ suscite πόθον de la peine. »

Autres citations, pour le plaisir :

Sur les symptômes. Οὐ γὰρ ἅπασαι, κατὰ τὸν Ἡσίοδον, ἐπιφοιτῶσιν αἱ νόσοι σιγῇ, […] ἀλλ´ αἱ πλεῖσται καθάπερ προαγγέλους καὶ προδρόμους καὶ κήρυκας ἔχουσιν ἀπεψίας καὶ δυσκινησίας. (Plutarque, Préceptes d’hygiène, 11)
« En effet, αἱ νόσοι les maladies οὐκ ἅπασαι ἐπιφοιτῶσιν ne viennent pas absolument toutes, , κατὰ τὸν Ἡσίοδον, selon Hésiode, σιγῇ en silence, ἀλλὰ αἱ πλεῖσται mais les plus nombreuses (→ la plupart) ἔχουσιν ont καθάπερ comme (→ pour) προαγγέλους messagers, καὶ προδρόμους coureurs καὶ κήρυκας et hérauts ἀπεψίας des difficultés à respirer καὶ δυσκινησίας et à se mouvoir. »
• ἅπας, ἅπασα, ἅπαν « absolument tout » est un composé de πᾶς, πᾶσα, πᾶν « tout » (3e classe des adjectifs).
• Hésiode est l’auteur de la Théogonie et des Travaux et les jours.
(ἐπι)φοιτάω-ῶ fréquenter
• ἡ νόσος la maladie, mot féminin de la 2e déclinaison. Voir « nosocomial » : νοσοκομία « soins qu’on donne à un malade », de νόσος et (κομέω) κομῶ soigner. Une maladie nosocomiale est une maladie qu’on attrape à l’hôpital.
• προάγγελος composé de πρό avant et ἄγγελος messager. Ἀγγέλλω annoncer.
Ὁ πρόδρομος celui qui court devant (racine δρομ), en français « prodrome », signe avant-coureur.
• Ὁ κῆρυξ, gén. κήρυκος (3e décl.) le héraut.
• ἡ δυσκινησία : composé de la racine κινε- (κινέω-ῶ mouvoir, κίνησις mouvement) avec préfixe δυς (français dys-).

L’amour est folie. Τὴν δ´ ἐρωτικὴν μανίαν […] οὐ μοῦσά τις, οὐκ « ἐπῳδὴ θελκτήριος », οὐ τόπου μεταβολὴ καθίστησιν· ἀλλὰ καὶ παρόντες ἐρῶσι καὶ ἀπόντες ποθοῦσι καὶ μεθ´ ἡμέραν διώκουσι καὶ νύκτωρ θυραυλοῦσι καὶ νήφοντες καλοῦσι τοὺς καλοὺς καὶ πίνοντες ᾄδουσι. (Plutarque, Sur l’amour, 16)
« Τὴν δ´ ἐρωτικὴν μανίαν la folie amoureuse οὐ τις pas un → aucun μοῦσά art, οὐκ pas → ni « ἐπῳδὴ θελκτήριος » « incantation magique », οὐ τόπου μεταβολὴ ni changement de lieu καθίστησιν (ne l’) arrêtent· ἀλλὰ καὶ mais en outre παρόντες étant présents (→ étant ensemble) ἐρῶσι ils sont en proie au désir καὶ ἀπόντες et étant absents ποθοῦσι ils souffrent, καὶ μεθ´ ἡμέραν le jour διώκουσι ils poursuivent (leur amant) καὶ νύκτωρ et la nuit θυραυλοῦσι ils restent à leur porte, καὶ νήφοντες à jeûn καλοῦσι ils appellent τοὺς καλοὺς les beaux garçons καὶ πίνοντες et avinés ᾄδουσι ils composent des chansons. »
• ὁ τόπος le lieu : français toponymie, topographie…
• καθίστησιν accord dit « de proximité », c’est-à-dire avec le dernier sujet exprimé.
• παρόντες et ἀπόντες : participes de πάρειμι être présent et ἄπειμι être absent, composés de εἰμι être avec les préverbes παρα- et ἀπο-.
• (ἐράω) ἐρῶ aimer, désirer
• ποθοῦσι regretter (cf. ὁ πόθος, rencontré plus haut)
• νήφω ne pas boire, πίνω boire.
• ᾄδω chanter (contraction de ἀείδω) : voir ὁ ἀοιδός la chanter, l’ »aède » et ἡ ᾠδή le chant.

Ulysse cherche une trace de la présence de Philoctète sur l’île où les Grecs l’ont abandonné :
          Ὁρῶ κενὴν οἴκησιν ἀνθρώπων δίχα.
           […] Ἁνὴρ κατοικεῖ τούσδε τοὺς τόπους σαφῶς,
          κἄστ’ οὐχ ἑκάς που.
(Sophocle, Philoctète, v. 31 et 40-41)
« Ὁρῶ je voix κενὴν οἴκησιν un abri vide ἀνθρώπων δίχα sans hommes. Ἁνὴρ l’homme (= Philoctète) κατοικεῖ habite τούσδε τοὺς τόπους ces lieux σαφῶς de toute évidence, κἄστ’ et il est που quelque part οὐχ ἑκάς pas loin.
• κενός vide : voir plus haut
• préposition δίχα et le génitif : « sans ».
• κἄστ’ crase (mélange, κρᾶσις et κρατήρ cratère, la coupe qui sert à mélanger eau et vin) et élision de καί ἐστι.

Correction des conjugaisons

• εἰμι (être), εἶ, ἐστι, ἐσμεν, ἐστε, εἰσι
• ἵστημι, ἵστης, ἵστησι, ἵσταμεν, ἵστατε, ἱστᾶσι (3e personne : contraction de ἱστά-ασι)
• βάλλω, βάλλεις, βάλλει, βάλλομεν, βάλλετε, βάλλουσι
• οἰκῶ, οἰκεῖς, οἰκεῖ, οἰκοῦμεν, οἰκεῖτε, οἰκοῦσι
• τίθημι, τίθης, τίθησι, τίθεμεν, τίθετε, τιθέασι
• φέρω, φέρεις, φέρει, φέρομεν, φέρετε, φέρουσι
• δοκῶ, δοκεῖς, δοκεῖ, δοκοῦμεν, δοκεῖτε, δοκοῦσι
• φημι, φῄς, φησι, φαμεν, φατε, φασι
• ἀλλοιῶ, ἀλλοιοῖς, ἀλλοιοῖ, ἀλλοιοῦμεν, ἀλλοιοῦτε, ἀλλοιοῦσι
• εἶμι (aller), εἶ, εἶσι, ἴμεν, ἴτε, ἴασι

Profiter de cet exercice pour…
• retenir que la 2e pers. du sg. d’εἶμι « aller » est identique à celle d’εἰμι « être »,
• comparer leurs conjugaisons respectives, et les comparer à leur tour avec celle de ἵημι « laisser », « envoyer », qui se conjugue comme τίθημι sauf à la 3e pers. du pl. : ἵημι, ἵης, ἵησι, ἵεμεν, ἵετε, ἱᾶσι (3e pl. contractée comme pour ἵστημι),
• retenir que εἶμι « aller » sert de futur à ἔρχομαι : εἶμι, εἶ, εἶσι… se traduit donc pas « j’irai, tu iras, il ira… »

• πειρῶ, πειρᾷς, πειρᾷ, πειρῶμεν, πειρᾶτε, πειρῶσι
• ποιῶ, ποιεῖς, ποιεῖ, ποιοῦμεν, ποιεῖτε, ποιοῦσι
• σθένω, σθένεις, σθένει, σθένομεν, σθένετε, σθένουσι
• ὁρῶ, ὁρᾷς, ὁρᾷ, ὁρῶμεν, ὁρᾶτε, ὁρῶσι
• ἔχω, ἔχεις, ἔχει, ἔχομεν, ἔχετε, ἔχουσι

Retenir qu’avec un adverbe ἔχω signifie « être » . Καλὸς (adjectif) εἶ = καλῶς (adverbe) ἔχεις : « tu es beau ».

• ἀγορεύω, ἀγορεύεις, ἀγορεύει, ἀγορεύομεν, ἀγορεύετε, ἀγορεύουσι
• ἐῶ, ἐᾷς, ἐᾷ, ἐῶμεν, ἐᾶτε, ἐῶσι

Verbes à repérer dans les phrases (profiter de l’exercice pour les conjuguer) :
πάρειμι (composé de εἰμι « être » et du préfixe παρα-, cf. latin adsum) • σθένω • μεγαλύνω • πίνω • ἔχω • προσαγορεύω (verbe composé de ἀγορεύω et du préfixe προσ- vers) • προστίθησιν (verbe composé de τίθημι et du préfixe προσ- en plus) • καταψύχω • ἐμποιέω-ῶ (verbe composé de ποιέω-ῶ et du préfixe ἐν- dans) • ἐρυθριάω-ῶ • ἄχθομαι • ὀράω-ῶ • εὐφραίνω (à l’infinitif dans la phrase : εὐφραίνειν) • παρέχω (composé de ἔχω et du préfixe παρα- près de)