Grec 2. Les noms et les cas

« Le mot est un son qui signifie quelque chose », écrit Pierre Nicole (1625-1694) dans le style de la Logique de Port-Royal… Parmi ces mots, considérons d’abord les noms. En plus de la signification qui lui est propre, chaque nom possède :

• un genre : féminin, masculin ou neutre. « Les formes fléchies, c’est-à-dire déclinées, du nom indo-européen opposaient deux genres : l’animé (masculin-féminin) et l’inanimé (neutre). Cette opposition a été conservée en grec. » (J. de Romilly, M. Trédé, Petites Leçons sur le grec ancien, Stock, p. 62) Le grec joue subtilement des différences entre les genres, différences définies plus grossièrement en français, où « le neutre est masculin » (Claude Lévi-Strauss). « Les Grecs jouent avec le sexe des noms » ! (Joëlle Bertrand)

• un nombre : singulier, pluriel, mais aussi duel, s’il y a deux entités (τὼ ὀφθαλμώ, les yeux : la désinence ω – jointe au bon sens ! – m’apprend qu’ils sont deux). Le duel se rencontre assez rarement ; aussi nous épargnerons-nous la peine de l’apprendre dans un premier temps.

• enfin, un cas, qui correspond à la manière dont il « tombe » (en latin cadere « tomber », de casus « la chute ») dans la phrase : nominatif, vocatif, accusatif, génitif, datif.

Soit le mot πυρός. Il s’agit du nom πῦρ = pyr « feu » (voir « pyromane »), qui est neutre (c’est son genre). Ce sont les latins qui ont fait évoluer la prononciation du upsilon en i (i grec). Le « thème » (c’est-à-dire le mot auquel on a enlevé la désinence) est πυρ-, et la désinence est -ος. La désinence nous apprend que πυρός est au génitif (c’est son cas) et au singulier (nombre).

La désinence nous informe donc sur la situation du mot dans la phrase ; la place du mot, elle, peut varier selon l’intention de l’auteur. Si l’ordre des mots est un plus libre qu’en français, il est recommandé de suivre le fil de la phrase sans faire des allers et retours.

Les cas

Le cas est, justement, la situation du mot dans la phrase. Cette place se reconnaît à une désinence.
Exemple : si le mot ἀρχή (commandement) se termine par un ν (ἀρχήν), je sais qu’il est en position d’objet (« accusatif »).

Pourquoi des « cas » ?

En grec, « cas » se dit πτῶσις (action de tomber), et en latin casus, qui a le même sens. Pour comprendre ce mot, il faut partir du nominatif, qui est la forme normale du nom. Quand un mot se « décline » (κλίνεται), il s’éloigne de cette ligne droite, donc il « tombe »… On utilise l’image d’une chute « directe » pour le vocatif et l’accusatif (« cas directs »), et d’une chute « oblique » pour le génitif et le datif, « cas obliques ».

Un mot peut « tomber » dans une phrase de différentes manières : comme sujet, comme objet, comme destinataire, comme circonstance locale ou temporelle… Ce qui nous donne cette information, c’est la désinence, c’est-à-dire la fin du mot. Ainsi, au singulier, -ν est la désinence de l’accusatif, -ι la désinence du datif. Ce qui précède la désinence est le « thème », c’est-à-dire la base sur laquelle le mot se décline ; ainsi, dans le mot μῦθος, -ς est la désinence, et μῦθο- est le thème.

Il faut connaître le(s) sens premier(s) de chaque cas :

Nominatif

« Le nominatif n’est pas un cas, mais la base sur laquelle s’organise la flexion » (J. Humbert) : un mot au nominatif est simplement « nommé ». Un mot est au nominatif quand il occupe la fonction de sujet, ou quand il se superpose au sujet (épithète, attribut, apposition au sujet). Ὡς ἡμέρα ἐγένετο, « quand vint le jour« .

Vocatif

Proche morphologiquement du nominatif, dont la grammaire antique ne le distinguait pas clairement, il correspond à l’apostrophe (appel, interpellation : latin vocare appeler). Ὦ Θῆβαι… (Ô) Thèbes !… « Souvent le vocatif se calque sur le nominatif : cela s’explique en réalité par « la tendance à employer le nominatif en fonction de vocatif » (P. Chantraine, Morphologie historique du grec).

Accusatif

Il désigne soit l’objet (du latin causa « la chose ») : c’est la fonction complément d’objet ; soit une extension, dans l’espace (accusatif complément de lieu, indiquant la destination), ou dans le temps (accusatif complément de temps, indiquant la durée). Αὐτὸς δὲ τὴν ἡμέραν διῆγεν ἐν φανερῷ (Plutarque, Vie de César), « lui-même passa le jour en public ».

Génitif

Il désigne l’appartenance, la participation, ou l’origine (la racine –gen-, en latin comme un grec, et donc en français, désigne l’origine : genèse, géniteur, gène, etc.). Τὰ τῆς ἡμέρας ἔργα, « les actions du jour » (Diodore de Sicile).

Datif

il désigne le bénéficiaire d’un don (latin dare, « donner »), et, de manière plus générale, le destinataire. Mais le datif englobe aussi la situation (dans le temps ou dans l’espace), ainsi que le moyen et la manière, car il a hérité les fonctions de certains cas disparus de la morphologie : le locatif (situation dans le temps ou dans l’espace), et l’instrumental (moyen ou manière). Τροίαν Ἀχαιοὶ τῇδ´ ἔχουσ´ ἐν ἡμέρᾳ (Eschyle, Agamemnon), « Les Achéens en ce jour se rendent maîtres de Troie. »

Les noms des cas s’utilisent parfois pour les langues modernes : ils sont utiles pour caractériser les liens logiques à l’intérieur des phrases.

Interprétation des cas

Cas Fonction
Nominatif Sujet (et tout ce qui s’y rapporte : apposition, attribut du sujet)
Vocatif Apostrophe : ex. « Alcibiade ! » Ὦ Ἀλκιβίαδα.
Accusatif Complément d’objet
+ déplacement dans l’espace (direction vers…, entrée dans…)
+ extension dans le temps (durée : « pendant… »)
+ association d’idées (accusatif de relation : « relativement à… », « quant à… »)
Génitif Origine, éloignement (« hors de… », « loin de… »). Οὐκέτ’ ἐκ τοῦ λόγου δεῖ μαθεῖν (Démosthène), ce n’est plus de (ἐκ, en latin ex) la parole qu’il faut tirer des leçons.
+ simple relation (complément du nom). Πέρας τοῦ βίου θάνατος (Démosthène), la mort est limite de la vie.
+ ensemble dans lequel on prend une partie (génitif partitif : « chacun d’entre nous« , ἡμῶν ἑκάτερος)
Datif Destinataire, bénéficiaire, personne concernée (complément d’attribution, ou « d’objet second »), voire simple témoin. Πέρας ἅπασιν ἀνθρώποις ἐστὶ τοῦ βίου θάνατος (Démosthène), pour tous les hommes la mort est limite de la vie.
+ moyen, manière, accompagnement (« avec… »)
+ situation fixe dans l’espace ou dans le temps (complément de lieu ou de temps, sans entrée ni sortie)

Attention : un certain nombre de verbes se construisent avec un complément d’objet au génitif ou au datif. Ce que nous considérons comme « objet » n’était pas toujours, en effet, perçu comme tel en grec. Ainsi, la personne qu’on écoute (« écouter » se dit ἀκούειν) est désignée par un génitif, parce qu’elle est la source de ce qu’on entend. Ἀκούω τούτων : « j’écoute ces gens », τούτων est au génitif (désinence -ων).

Retour sur le génitif

C’est le cas le plus complexe. À ses valeurs premières s’ajoutent d’autres emplois :

complément du superlatif • ὁ κράτιστος ἡμῶν, le meilleur d’entre nous
complément du comparatif (ex. : meilleur que nous) en concurrence avec la préposition ἤ • Tαῦτα μέν, ὦ παῖ, κρείσσονα χρυσοῦ (Eschyle) : ces choses, mon fils, sont meilleures que l’or
complément de temps ou de lieu (notamment avec la préposition ἐπί) • Ἐν τῇ ἐπὶ τοῦ ποταμοῦ μάχῃ (Démosthène), « dans la bataille sur le fleuve« .
complément d’agent avec la préposition ὑπὸ • Ὑπὸ τῶν πολεμίων πέμπεται, « il est envoyé par les ennemis« .
personne accusée • Κατηγορεῖ ἐμοῦ : « il m’accuse »
• Ἡρόδοτος κατηγορεῖ τῶν βιασθεισῶν γυναικῶν (Plutarque), « Hérodote accuse les femmes violentées » (excusant les coupables).
admiration, indignation • τῆς τύχης. Quel bonheur ! Τῆς ἀναιδείας. Quelle impudence ! Remarque : le point d’exclamation n’existe pas en grec.
complément de certains verbes (comme ἀκούειν) ou adjectifs (par exemple ἄξιος, « digne de »). • Ἀκούομεν τοῦ Προδίκου, nous écoutons Prodicos.
• Συνεστήσατο στρατόπεδον ἄξιον τοῦ μεγέθους τῆς ἐπιβολῆς (Diodore de Sicile), « il organisa une armée digne de la grandeur de son projet ».
le génitif absolu, qui correspond à l’ »ablatif absolu » en latin (proposition circonstancielle participiale). • Ἐλθόντος ῾Ιπποκράτους πρὸς αὐτόν, Hippocrate s’étant approché de lui… Le verbe, au mode participe (ἐλθόντος), et son sujet (Ιπποκράτους) se mettent au génitif.

Les désinences

Noms, adjectifs, pronoms et déterminants prennent donc des désinences différentes selon les cas : on dit qu’ils se « déclinent ». Dérivé du latin declinare « descendre », ce mot nous ramène à l’image du « cas » (casus, voir ci-dessus).
Cependant, il y a trois manières de descendre, donc trois « déclinaisons ». Voici un tableau simplifié des désinences telles qu’elles se voient en grec classique. Souligner les points communs et les ressemblances.

À noter : le iota souscrit (« écrit dessous ») s’écrit « sous » une voyelle (voyelle longue obligatoirement), et ne se prononce pas.

1e déclinaison : thèmes se terminant en -α (ou -η)
féminin masculin
singulier pluriel singulier pluriel
Nominatif ι ς ι
Vocatif ι ι
Accusatif ν ς ν ς
Génitif ς ων ου ων
Datif ι souscrit ις ι souscrit ις

2e déclinaison : thèmes se terminant en -ο
masculin ou fém. neutre
singulier pluriel singulier pluriel
Nominatif ς ι ν α
Vocatif ι ν α
Accusatif ν ς ν α
Génitif ου ων ου ων
Datif ι souscrit ις ι souscrit ις

3e déclinaison (thèmes variés)
masculin ou fém. neutre
singulier pluriel singulier pluriel
Nominatif ς ες α
Vocatif ες α
Accusatif ν ας α
Génitif ος ων ος ων
Datif ι σι ι σι

Après avoir observé ces trois ensembles de désinences, on peut faire les remarques suivantes :
• Au neutre pluriel, la désinence α est « une ancienne marque de collectif » (P. Chantraine). En effet, le pluriel d’un mot neutre est considéré comme un ensemble ; d’ailleurs, quand il est sujet d’un verbe, ce dernier se met au singulier : τὰ ζῷα τρέχει, « les animaux courent ».
• Le ων du génitif pluriel vient d’une « désinence de démonstratif » (P. Chantraine) -som, qui a donné les désinences -rum et -um en latin.
• Le datif pluriel en ις (décl. 1 et 2) était à l’origine en -σι (comme à la 3e décl.), mais un ι s’est introduit avant le σ, et le second ι a disparu… sauf chez les poètes, qui ont une désinence en -ισι.

Quelques exemples :
• un nom féminin de la 1e déclinaison : au singulier στρατιά, στρατιά, στρατιάν, στρατιᾶς, στρατιᾷ, et au pluriel στρατιαί, στρατιαί, στρατιάς, στρατιῶν, στρατιαῖς. Ce mot signifie « armée » (cf. strat-ège, celui qui conduit (ἀγείν) l’armée).
• un nom masculin de la 1e déclinaison : au singulier νεανίας, νεανία, νεανίαν, νεανίας, νεανίου, et au pluriel νεανίαι, νεανίαι, νεανίας, νεανιῶν, νεανίαις. Ce mot signifie « jeune homme ».
Noter cependant que, dans beaucoup de noms de la 1e, le thème se termine par η et non par α.
• un nom masculin de la 2e déclinaison : au singulier στρατός, στρατέ, στρατόν, στρατοῦ, στρατῷ, et au pluriel στρατοί, στρατοί, στρατούς, στρατῶν, στρατοῖς. Ce mot signifie « armée » également.
• un nom neutre de la 2e déclinaison : au singulier ὅπλον, ὅπλον, ὅπλον, ὅπλου, ὅπλῳ, et au pluriel ὅπλα, ὅπλα, ὅπλα, ὅπλων, ὅπλοις. Ce mot signifie « arme » (cf. hoplite, soldat grec lourdement armé).
• un nom féminin de la 3e déclinaison : au singulier φλόξ (« flamme »), au singulier φλόξ, φλόγα, φλογός, φλογί, et au pluriel φλόγες, φλόγες, φλόγας, φλόγα, φλογῶν, φλοξί (cf. phlogistique, théorie expliquant la combustion). La désinence ς du nominatif est comprise dans la consonne ξ : γ+ς.
• un nom neutre de la 3e déclinaison : σῶμα (« corps »), σῶμα, σῶμα, σώματος, σώματι, et au pluriel σώματα, σώματα, σώματα, σωμάτων, σώμασι.

Dans les phrases qui suivent, observer chaque nom marqué en bleu et en déduire 1. la déclinaison à laquelle il appartient, 2. son genre, son cas et son nombre.

Remarques :
– Souvent, il est nécessaire de connaître le nominatif et/ou le génitif singuliers : ce sont d’ailleurs les premières informations que donne un dictionnaire sur chaque nom.
– Il est normal d’hésiter sur certains mots : la bonne analyse ne vient pas toujours à l’esprit tout de suite !

1. Πάντων χρημάτων μέτρον ἐστὶν ἄνθρωπος. (phrase célèbre du sophiste Protagoras)
• Nominatif χρῆμα, génitif χρήματος : la chose. Τὰ χρήματα signifie le plus souvent « l’argent » (cf. « chrématistique »).
• Nominatif μέτρον, génitif μέτρου : la mesure. Cf. mètre (mais non « métropole », cité-mère, μήτηρ).
• Nominatif ἄνθρωπος, génitif ἀνθρώπου : l’homme. Cf. misanthrope, anthropologie…
Mot à mot : « Πάντων De toutes χρημάτων choses μέτρον mesure ἐστὶν est ἄνθρωπος (l’)homme. » → L’homme est la mesure de toutes choses (phrase-clé du relativisme).
χρηματων : génitif pluriel (3e déclinaison, neutre).
μέτρον : nominatif singulier (2e déclinaison, neutre).
ἄνθρωπος : nominatif singulier (2e déclinaison, masculin).

2. Μία λόχμη οὐ τρέφει δύο ἐριθάκους. (Renzo Tosi, Dictionnaire des sentences latines et grecques, op. cit., p. 585)
• λόχμη, λόχμης (thème se terminant par un η, voir ci-dessus) : buisson
• ἐρίθακος, ἐρίθακου : rouge-gorge
« Μία Un seul λόχμη buisson οὐ τρέφει ne nourrit pas δύο deux ἐριθάκους rouges-gorges. »
λόχμη : nominatif singulier (3e déclinaison, féminin).
ἐριθάκους : accusatif pluriel (2e déclinaison, masculin).

3. Πῦρ μαχαίρᾳ μὴ σκαλεύειν. (Tosi, p. 595)
• πῦρ, πυρός : feu
• μάχαιρα, μαχαίρας : couteau
« Μὴ σκαλεύειν Ne pas attiser πῦρ le feu μαχαίρᾳ avec un couteau. » C’est-à-dire : ne pas jeter de l’huile sur le feu.
Πῦρ : accusatif singulier (3e déclinaison, neutre).
μαχαίρᾳ : datif singulier (1e déclinaison, féminin).

4. Ἐρρέτω φίλος σὺν ἐχθρῷ. (Tosi, p. 641)
• φίλος, φίλου : ami. Cf. philosophe, sinophile…
• ἐχθρός, ἐχθροῦ : ennemi
« Que φίλος l’ami ἐρρέτω parte σὺν avec ἐχθρῷ l’ennemi. » C’est-à-dire : l’ami peut mourir, pourvu que l’ennemi soit tué.
φίλος : nominatif singulier (2e déclinaison, masculin)
ἐχθρῷ : datif singulier (2e déclinaison, masculin)

5. Un célèbre jeu de mots de Platon sur le corps (σῶμα) : σῆμά τινές φασιν αὐτὸ τῆς ψυχῆς. (Cratyle, 400c).
• σῆμα, σήματος : signe ou tombeau. Cf. sémantique.
• ψυχή, ψυχῆς : âme. Cf. psychè, psychisme…
« Σῆμά Tombeau τινές certains φασιν disent αὐτὸ (= le corps) lui εἶναι être ψυχῆς de l’âme. » → On dit qu’il est le tombeau de l’âme.
σῆμα : accusatif singulier (3e déclinaison, neutre).
ψυχῆς : génitif singulier (1e déclinaison, féminin).

Noter dès à présent cet emploi de αὐτό : lui, elle, eux, (pronom personnel de 3e personne). On le retrouve dans les dérivés français « automate », « autonome », « automobile » etc., formés à partir d’un autre emploi de αὐτό : pronom-déterminant exprimant l’insistance : même, (de) lui-même. Troisième et dernier emploi de αὐτός : ὁ αὐτός « le même ».

6. Φαίνεταί σοι φιλοσόφου ἀνδρὸς εἶναι ἐσπουδακέναι περὶ τὰς ἡδονὰς καλουμένας τὰς τοιάσδε, οἷον σιτίων καὶ ποτῶν; (Platon, Phédon, 64d)
• φιλόσοφος, ου : le philosophe
• ἀνήρ, ἀνδρός : homme (au sens sexué)
• ἡδονή, ῆς : plaisir. Cf. hédonisme
• σιτίον, ου : nourriture. Cf. sitiophobie, refus de se nourrir.
• πότος, ου : boisson. Cf. potomanie, besoin de boire constamment.
« Φαίνεταί Il semble σοι à toi φιλοσόφου ἀνδρὸς d’un philosophe (ἀνδρὸς homme, ne se traduit pas) εἶναι être ἐσπουδακέναι de se préoccuper περὶ au sujet τὰς ἡδονὰς καλουμένας des plaisirs appelés (→ de ce qu’on appelle les plaisirs) τὰς τοιάσδε, οἷον ceux tels, comme (→ « comme » suffit) σιτίων (ceux) des aliments καὶ ποτῶν; et des boissons ? » → Te semble-t-il qu’il soit d’un philosophe de rechercher ce qu’on appelle les plaisirs tels que ceux de la nourriture et de la boisson ?
φιλοσόφου : génitif singulier (2e déclinaison, masculin)
ἀνδρὸς : génitif singulier (3e déclinaison, masculin)
ἡδονὰς : accusatif pluriel (1e déclinaison, féminin)
σιτίων : génitif pluriel (2e déclinaison, neutre)
ποτῶν : génitif pluriel (2e déclinaison, masculin)

7. Οὐκοῦν τοῦτό γε θάνατος ὀνομάζεται, λύσις καὶ χωρισμὸς ψυχῆς ἀπὸ σώματος; (ibid., 68d)
• θάνατος, θάνατου : mort. Cf. thanatopraxie, soins de conservation des cadavres.
• λύσις, λύσεως (déformation de la désinence -ος) : dissolution. Cf. ana-lyse, etc.
• χωρισμός, χωρισμοῦ : séparation
• ψυχή, ψυχῆς : âme
• σῶματος, σώματος : corps
« Οὐκοῦν (adverbe interrogatif) n’est-il pas vrai que τοῦτό ceci γε vraiment ὀνομάζεται est appelé θάνατος mort, λύσις (la) dissolution καὶ et χωρισμὸς séparation ψυχῆς de l’âme ἀπὸ σώματος ; d’avec le corps ? »
θάνατος : nominatif singulier (2e déclinaison, masculin)
λύσις : nominatif singulier (3e déclinaison, féminin)
χωρισμὸς : nominatif singulier (2e déclinaison, masculin)
ψυχῆς : génitif singulier (1e déclinaison, féminin)
σώματος : génitif singulier (3e déclinaison, neutre)

8. Ὥσπερ χυμὸς ὁ μὲν γλυκὺς ὁ δὲ πικρός, οὕτω καὶ ὀσμαί. (Aristote, De l’Âme, 421a)
• χυμός, χυμοῦ : saveur
• ὀσμή, ὀσμῆς : odeur. Osmophobie : aversion pour les odeurs.
« Ὥσπερ de même que χυμὸς une saveur (est) ὁ μὲν l’une γλυκὺς sucrée ὁ δὲ l’autre πικρός amère, οὕτω ainsi / de même καὶ aussi ὀσμαί les odeurs. » → De même qu’une saveur est soit sucrée, soit amère, de même les odeurs.
ὁ μὲν… ὁ δέ… : coordination μέν… δέ… (d’un côté / de l’autre), avec l’article. → l’un… l’autre, l’une… l’autre.
χυμὸς : nominatif singulier (2e déclinaison, masculin)
ὀσμαί : nominatif pluriel (1e déclinaison, féminin)

9. Ἔστι δὲ ἡ ψυχὴ τοῦ ζῶντος σώματος αἰτία καὶ ἀρχή. (Aristote, De l’Âme, 415b)
• αἰτία, αἰτίας : cause. Cf. étiologie, étude des causes.
• ἀρχή, ἀρχῆς : principe (ou commencement : cf. arché-ologie).
Ἔστι est ἡ ψυχὴ l’âme τοῦ ζῶντος de l’être vivant / de l’animal σώματος du corps αἰτία cause καὶ ἀρχή et principe. → L’âme est cause et principe du corps de l’être animé. L’âme explique le mouvement des corps qui se meuvent par eux-mêmes, sans cause extérieure.
ψυχὴ : nominatif singulier (1e déclinaison, féminin)
σώματος : génitif singulier (3e déclinaison, neutre)
αἰτία : nominatif singulier (1e déclinaison, féminin)
ἀρχή : nominatif singulier (1e déclinaison, féminin)

10. Πάντα γὰρ τὰ φυσικὰ σώματα τῆς ψυχῆς ὄργανα. (ibid.)
• ὄργανον, ου : instrument. Cf. organe, orgue…
« Tous les corps naturels en effet sont les instruments de l’âme. » Le verbe être est sous-entendu. Perspective inverse de celle de la phrase précédente.
σώματα : nominatif pluriel (3e déclinaison, neutre)
ψυχῆς : génitif singulier (1e déclinaison, féminin)
ὄργανα : nominatif pluriel (2e déclinaison, neutre)

Invariables à retenir
• les négations οὐ (= οὐκ) et μή, « ne pas »
• la conjonction καί « et », qui s’emploie également comme adverbe : « aussi » (phrase 9)
• les prépositions ἀπό « (s’éloignant) de » (latin a(b)), σύν « avec » (latin cum) et περί « à propos de »

Même exercice sur cet extrait d’un dialogue de Platon.

Le personnage de Timée décrit le corps humain, montrant que les dieux l’ont confectionné selon les meilleurs principes. Il parle ici de la bouche, στόμα (cf. stomatologie).

Tὴν δὲ δὴ τοῦ στόματος ἡμῶν δύναμιν ὀδοῦσιν καὶ γλώττῃ καὶ χείλεσιν ἕνεκα τῶν ἀναγκαίων καὶ τῶν ἀρίστων διεκόσμησαν οἱ διακοσμοῦντες ᾗ νῦν διατέτακται, τὴν μὲν εἴσοδον τῶν ἀναγκαίων μηχανώμενοι χάριν, τὴν δ᾽ ἔξοδον τῶν ἀρίστων· ἀναγκαῖον μὲν γὰρ πᾶν ὅσον εἰσέρχεται τροφὴν διδὸν τῷ σώματι, τὸ δὲ λόγων νᾶμα ἔξω ῥέον καὶ ὑπηρετοῦν φρονήσει κάλλιστον καὶ ἄριστον πάντων ναμάτων. (Platon, Timée, 75d-e)
• ὀδούς, génitif ὀδόντος : la dent, cf. odontologie.
• δύναμις, δύναμεως (désinence ος au génitif singulier, voir ci-dessus) : puissance, faculté, d’où ici « fonction » (cf. dynamisme)
• γλώττη, γλώττης : langue (cf. polyglotte)
• ἀναγκαῖον, ἀναγκαίου : nécessité, chose nécessaire (cf. anankastique, terme de psychiatrie).
• ἄριστος, ἀρίστου : très bon, excellent, τὸ ἄριστον le meilleur (cf. aristo-cratie, « pouvoir des meilleurs »).
• εἴσοδος, εἰσόδου : entrée (cf. ép-isode, ἐπείσοδος chemin qui s’introduit, action de s’introduire → action introduite en plus)
• ἔξοδος, ἐξόδου : sortie (cf. exode). Le mot ὅδος à lui seul signifie « chemin », comme dans μέθοδος (méthode).
• τροφή, τροφῆς : nourriture (de τρέφω nourrir, cf. atrophie, hypertrophie)
• νᾶμα, νάματος : courant

Traduction littérale (les mots entre crochets sont ceux qu’il faut ajouter pour les besoins du français). « La fonction (τὴν δύναμιν) de la notre (τοῦ ἡμῶν) bouche (στόματος), par des dents (ὀδοῦσι), une langue (γλώττῃ) et (καί) des lèvres (χείλεσιν) en vue (ἕνεκα suivi du génitif) des [choses] nécessaires (τῶν ἀναγκαίων) et des [choses] les plus nobles (καὶ τῶν ἀρίστων) [l’]ont arrangée (διεκόσμησαν) ceux qui l’ont arrangée (οἱ διακοσμοῦντες, sujet de διεκόσμησαν) comme (ᾗ) maintenant (νῦν) elle est disposée (διατέτακται), ménageant (μηχανώμενοι) d’une part (μέν) l’entrée (τὴν εἴσοδον) en vue (χάριν) des [choses] nécessaires (τῶν ἀναγκαίων), et d’autre part (δ’ élision = δέ) la sortie (τὴν ἔξοδον) [en vue des choses] les plus nobles (τῶν ἀρίστων) ; [est] nécessaire (ἀναγκαῖον) d’une part (μὲν) en effet (γὰρ) tout (πᾶν) [ce] qui (ὅσον) entre (εἰσέρχεται), donnant (διδὸν) [de la] nourriture (τροφὴν) au corps (τῷ σώματι), d’autre part (δὲ) le courant (τὸ νᾶμα) de paroles (λόγων) coulant (ῥέον) à l’extérieur (ἔξω) et servant (καὶ ὑπηρετοῦν) l’intelligence (φρονήσει) [est] le plus beau (κάλλιστον) et le plus noble (καὶ ἄριστον) de tous (πάντων) les courants (ναμάτων). »

Traduction d’Émile Chambry : « Pour l’appareil de la bouche, ses organisateurs le disposèrent, comme il l’est actuellement, avec des dents, une langue et des lèvres, en vue du nécessaire et en vue du bien ; ils imaginèrent l’entrée en vue du premier et la sortie en vue du second. Car tout ce qui entre pour fournir sa nourriture au corps est nécessaire, et le courant de paroles qui sort de nos lèvres pour le service de l’intelligence est le plus beau et le meilleur de tous les courants. »

Analyse des expressions en bleu

• στόματος (génitif singulier) δύναμιν (accusatif singulier, ce mot étant complément d’objet de διεκόσμησαν « disposèrent ») : « la fonction de la bouche » « l’appareil de la bouche ». Στόμα et δύναμις sont deux mots de la 3e déclinaison : l’un est neutre, l’autre féminin.
• Ὀδοῦσιν καὶ γλώττῃ καὶ χείλεσιν : avec des dents, une bouche et des lèvres. Trois datifs . Ὀδοῦσι(ν) et χείλεσι(ν) (3e déclinaison) sont au datif pluriel. Le ν ajouté à la désinence n’est là que pour le plaisir de l’oreille : on l’appelle euphonique (qui sonne bien) ou éphelcystique. Γλώττῃ (1e déclinaison) est au datif singulier.
• ἕνεκα τῶν ἀναγκαίων καὶ τῶν ἀρίστων « en vue des (choses) nécessaires et des (choses) nobles ». Les deux mots à analyser sont au génitif pluriel, et ils appartiennent à la 2e déclinaison. La préposition ἕνεκα, « en vue de » ou « à cause de », entraîne un complément au génitif.
• εἴσοδον : accusatif singulier, 2e déclinaison.
• Le second ἀναγκαίων est au génitif pluriel, comme le premier, à cause de χάριν, préposition qui a le même sens qu’ἕνεκα et se construit comme lui.
• ἔξοδον : même analyse que εἴσοδον. Construction en parallèle : les dieux ont disposé « l’entrée en vue des choses nécessaires » (la nourriture et la boisson), et « la sortie (en vue) des choses nobles » (la parole). Τῶν ἀρίστων : même analyse que le ἀναγκαίων.
• τροφὴν διδὸν τῷ σώματι : « donnant (διδὸν) la nourriture (τροφὴν) au corps (τῷ σώματι) ». Τροφὴν : accusatif singulier (1e déclinaison). Σώματι : datif singulier (3e déclinaison).
• τὸ λόγων νᾶμα : « le courant de paroles ». Νᾶμα : nominatif singulier (3e déclinaison). Λόγων : génitif pluriel (2e déclinaison).
• ναμάτων : « courants », c’est νᾶμα au génitif pluriel.

Autres invariables à retenir
• la conjonction δέ, qui se met toujours en deuxième position dans la phrase ou la proposition qu’elle coordonne, et qui signifie soit « et », soit « mais ». Ne pas la confondre avec la particule δή, qui n’est pas coordonnante, et qui signifie « voilà », « eh bien »…
• la conjonction γάρ « car », « en effet », qui se met elle aussi en 2e place.
• La particule μέν (τὴν μὲν εἴσοδον) qui n’a pas d’autre fonction que d’annoncer le δέ pour former constituer une « parataxe » : on traduit parfois (trop lourdement) « d’une part… et d’autre part… »
• les prépositions ἕνεκα et χάριν, qui signifient « en vue de » ou « à cause de ». Noter que dans le cas de χάριν le complément au génitif qu’elle introduit se trouve avant (τῶν ἀναγκαίων χάριν : en vue des choses nécessaires).
• L’adverbe de temps νῦν, qui signifie « maintenant ».

Observer :
• que le sujet du verbe n’est pas toujours exprimé : la désinence suffit en effet à indiquer la personne. &rarr διατέτακται elle est disposée.
• que le verbe « être » n’est pas toujours exprimé : ἀναγκαῖον = il est nécessaire, κάλλιστον = est le plus beau.
• les adjectifs employés comme noms, c’est-à-dire « substantivés » : ἀναγκαῖος nécessaire → au masculin οἱ ἀναγκαῖοι « les hommes nécessaires », au féminin αἱ ἀναγκαῖαι « les femmes nécessaires », au neutre (comme ici) τὰ ἀναγκαῖα « les choses nécessaires ».
• l’expression οἱ διακοσμοῦντες, ici traduite par « ceux qui l’ont arrangée ». Διακοσμῶν est un participe présent. Non seulement le grec utilise bien plus le participe que le français (il y en a 4 dans cet extrait : διακοσμοῦντες, μηχανώμενοι, διδὸν et ὑπηρετοῦν), mais l’usage de ce participe est d’une souplesse remarquable. Ainsi, il est ici utilisé comme un nom (substantivé), avec un article : οἱ διακοσμοῦντες « les arrangeants », tout en ayant un complément (ᾗ νῦν διατέτακται « comme elle est disposée). Le complément d’objet étant évident (il s’agit de la bouche), il est sous-entendu, mais il pourrait être exprimé : οἱ τὸ στόμα διακοσμοῦντες, « les la bouche arrangeants », une horreur en français ! → « ceux qui arrangent la bouche ».

Observer l’article : οἱ, τήν, τοῦ, τῶν, τό, τῷ.

Pour apprendre plus facilement les 3 déclinaisons, retenir dès maintenant les mots suivants et leur génitif singulier :

1e déclinaison :
ψυχή, génitif ψυχῆς : âme
αἰτία, génitif αἰτίας : cause

2e déclinaison :
φίλος, génitif φίλου : ami
ὄργανον, génitif ὀργάνου : instrument

3e déclinaison :
πῦρ, génitif πυρός : feu
σῆμα, génitif σήματος : signe, tombeau