Repérer les arguments

Lectures utiles :
• Aristote, Rhétorique
• Cicéron, De Oratore
• Quintilien, Institution oratoire
• Arthur Schopenhauer, L’Art d’avoir toujours raison
L’Art de persuader : d’Aristote à Beigbeder (Librio)
• Laurent Pernot, La Rhétorique dans l’Antiquité
• Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique : théorie et pratique
• Jean-Jacques Robrieux, Éléments de rhétorique et d’argumentation

La rhétorique ne se réduit pas à des procédés, ni même à une technique. Elle ne se réduit pas même à l’art de persuader, au sens étroit du terme. D’une image, d’un geste, d’une intuition, elle fait un discours. Le répertoire simplifié ci-dessous ne saurait en épuiser la richesse. Il s’agit, plus modestement, d’identifier sans peine un argument, ou de trouver l’argument adapté à une situation.

Les arguments empiriques

Ces arguments sont fondés sur l’expérience ou l’observation. Cela ne les rend pas imparables, car ils comportent souvent une part de subjectivité.

1. Considération de la cause : on remonte à la cause d’une phénomène pour en étayer son interprétation.
2. Considération de la conséquence : à l’inverse, la conséquence nous instruit sur la cause.
3. Argument a fortiori : ce qui est vrai pour le plus petit vaut pour le plus grand, et inversement (arguments a minori ad majus et a majori ad minus)
4. Narration et description : raconter ou décrire pour imposer une vision des choses.
5. Changement de point de vue : argument relativiste, qui peut conduire au scepticisme. Ex. : la forme sphérique n’existe pas, puisqu’il est impossible d’embrasser du regard une sphère entière. Ce genre d’argument ne manque pas d’efficacité, puisque c’est à lui que recourent la plupart des théories conspirationnistes, mais aussi ceux qui affirment « ne croire que ce qu’ils voient ». Contrairement aux apparences, c’est un argument subjectif, donc faible.
6. L’argument par analogie (argument a simili) : A/B = C/D (ce que A est à B, C l’est à D). Cet argument n’obéit pas, lui non plus, à une logique rigoureuse : il est proche par exemple de l’argument appelé Post hoc ergo propter hoc, qui confond conséquence et consécution (postériorité).
6. L‘exemple, l’illustration et le modèle. Noter qu’un exemple peut être simplement illustratif, ou constituer en lui-même un argument, voire une preuve.
7. La concession à l’adversaire : argument habile, qui permet au locuteur de valoriser son honnêteté intellectuelle.

Les arguments logiques

Ces arguments sont abstraits ou déductifs : ils se fondent non sur l’observation, mais sur les moyens qu’offre la logique. Ils ne sont pas imparables non plus : l’abstraction pure peut conduire au paralogisme.

1. L’identité : « il faut appeler un chat un chat ».
2. La réciprocité : A est à B ce que B est à A.
3. L’argument par l’absurde
4. L’argument des contraires (a contrario) : ce qui est vrai pour un phénomène est faux pour le phénomène contraire.
5. L’argument par division : diviser l’idée, la notion, l’accusation… en ses différents composants. Au terme du raisonnement, ce qui est vrai pour les parties le paraît également pour l’ensemble. Excellent moyen de déstabiliser l’adversaire en multipliant les points de contradiction.
6. L’argument par inclusion : ce qui est vrai pour l’ensemble est vrai pour une partie de cet ensemble.
7. Le distinguo, qui est le contraire de la comparaison. Celle-ci apparaît comme moins rationnelle : chacun sait que comparaison n’est pas raison. Le distinguo, en revanche, a toutes les apparences du raisonnement logique.

Les arguments de mauvaise foi et les arguments contraignants

1. Le discours axiologique (fondé sur les valeurs) : la norme, le bon sens, la sagesse populaire (démagogie : arguments ad populum), le sacré… L’argument ad antiquitatem relève de l’argumentation axiologique : une idée, par exemple, serait vraie parce qu’elle serait ancienne, attestée par une tradition…
2. L’ironie, qui consiste à présenter l’argument adverse de manière à le discréditer. De même, l’argument ad odium consiste à donner une formulation odieuse de l’argument adverse.
3. L’émotion (pathos), notamment dans la captatio benevolentiae, c’est-à-dire au début d’un discours. Le recours au pathos est fréquent également à la fin de celui-ci.
4. Considération de la personne : argument ad hominem, qui consiste à confondre l’adversaire en lui opposant ses propres paroles ou ses propres actions, et l’argument ad personam, qui consiste à perdre de vue le sujet pour considérer la personne de l’adversaire (aspects physiques ou moraux)
5. L’argument d’autorité : Untel l’a dit, donc c’est vrai. Cependant, il ne suffit pas qu’il y ait citation ou référence pour qu’il y ait argument d’autorité !
6. La flatterie, qui va plus loin que la simple concession (voir plus haut).
7. L’argument ad nauseam : argument répété au-delà de la satiété. Fondement de la propagande et du marketing.
8. La menace : argument ad baculum (du bâton), fréquent dans les comédies du Molière.