Cicéron : discours pour un poète...

       Références

Cicéron, Pro Archia poeta, 62 avant J.-C.

Le Pro Archia fut probablement prononcé en 62 avant Jésus-Christ, l'année qui suivit le consulat de Cicéron, devant un jury présidé par Quintus Cicéron, le propre frère de l'orateur. C'est un discours atypique : en théorie, il appartient à la rhétorique judiciaire. Et de fait, le plan du Pro Archia est bien un plan de discours judiciaire : exorde (§ 1-3), annonce du plan (ou partitio, placée au début du § 4), narration (§ 4-7), argumentation (dont Cicéron retient essentiellement la réfutation, c'est-à-dire la réfutation des arguments adverses, § 8-11), et péroraison (§ 31-32). Pourtant, Cicéron traite le fond de l'affaire très rapidement, aucune preuve convaincante n'ayant été selon lui avancée par l'accusation. « S'il ne s'agit que de la loi et du droit de citoyen, je n'ai plus rien à dire, la cause est plaidée ». Archias, ami des Luculli et d'autres illustres familles romaines, est bel et bien citoyen d'Héraclée, et il a bel et bien, à ce titre, demandé et obtenu, grâce à la loi Plautia Papiria de 89 avant J-C, le droit de citoyenneté romaine... Cette loi avait en effet conféré ce droit aux alliés qui n'avaient pas pris les armes contre elle au cours de la « guerre sociale », qui opposa Rome à ses alliés (socii) (1).

Aussi l'essentiel du discours est-il consacré à l'éloge d'Archias et de la poésie, si bien que ce discours relève également de l'éloquence démonstrative (2). L'argumentation peut surprendre : car pour l'orateur, même si Archias n'était pas de fait citoyen romain, il le serait de droit, grâce à ses qualités et ses mérites... L'éloge du poète débouche donc sur un éloge de la poésie, et de la littérature en général. Là est l'originalité du discours, et ce qui donne au Pro Archia une place à part dans le corpus judiciaire de Cicéron.

On reconnaît aisément la clé de voûte de la conception cicéronienne de la littérature : l'écriture est source de gloire ; ainsi, Cicéron n'hésite pas à mettre en parallèle gloire littéraire et gloire militaire. La littérature est exaltée parce qu'elle est profitable, utilis (§ 12), pour le héros qu'elle glorifie, et pour la cité tout entière, qui en recueille le fruit. Il va sans dire que Cicéron ne songe nullement ici à la satire, ou à la comédie par exemple : il ne saurait s'agir que du genus altum, du genre élevé – et en particulier de l'épopée.

Cicéron fait appel à un argument d'autorité : Archias a su s'attacher la reconnaissance et l'admiration d'illustres Romains, qui ont ainsi par leur gloire cautionné celle du poète. Citons, parmi les exemples que donne Cicéron, les Luculli (§ 5) : non seulement Lucius Lucullus Ponticus, qui combattit Mithridate, mais aussi son père, Lucius Licinius Lucullus, qui en 102 combattit les esclaves révoltés de Sicile, et qui donna à Archias son patronyme romain (Aulus Licinius Archias) ; on trouve aussi Marius (§ 4 et 19), vainqueur pendant son consulat (en 102 également) des Cimbres et des Teutons, qu'Archias a immortalisé dans ses vers ; Métellus également (§ 6), qui vint à bout de Jugurtha en Numidie, et fut supplanté par Marius ; et son fils, Métellus Pius (§ 6), préteur en 89, consul en 80, et protecteur des poètes ; Drusus (§ 6), enfin, tribun de la plèbe, assassiné en 91, auteur de la Lex de civitate sociis danda qui provoqua la guerre sociale...

Pour ajouter à cette galerie de portraits un autre argument d'autorité et un nouvel ornement à son discours, Cicéron convoque une série de grands hommes qui furent aussi de grands lettrés – ce qui n'est pas le cas d'un Marius, par exemple... : ainsi, Caton l'Ancien (§ 15), celui qui voulut détruire Carthage ; Scipion Emilien (§ 15), le second africain, qui détruisit Carthage ; Scipion l'Africain lui-même (§22), le vainqueur d'Hannibal ; et enfin, Pompée Magnus, « le Grand », que Cicéron cherche sans doute à flatter en le plaçant à côté de ces illustres figures...

Mais, ajoute Cicéron, même sans ces glorieux garants et sans cette utilitas, la poésie et les poètes n'en seraient pas moins précieux. Car si le poète sait émouvoir (movere) et enseigner (docere), il sait aussi distraire, delectare (§  16) : « Les autres délassements ne peuvent convenir à tous les états de la vie, à tous les âges, à tous les lieux : les lettres nourrissent la jeunesse, charment nos vieux ans ; elles servent d'ornement au bonheur, d'asile et de consolation à l'adversité ; elles récréent sous le toit domestique, et n'embarrassent point au dehors ; elles veillent avec nous ; en voyage, à la campagne, elles se retrouvent avec nous. » (traduction de J.-V. Le Clerc). Cicéron ne s'appuie-t-il pas ici sur une conception épicurienne du bonheur, au moment où l'épicurisme commence à se répandre à Rome ? Il est vrai que lui-même vient de connaître un consulat particulièrement agité, et à partir de 46 – donc bien plus tard – mis quelque peu à l'écart de la vie politique romaine, il goûtera le plaisir des Lettres dans sa résidence de Tusculum... Mais même à ce moment-là, partisan du stoïcisme plutôt que d'Épicure, il présentera comme un pis-aller la pratique de la philosophie pour elle-même ; la gloire du soldat et celle du politique restent supérieures aux purs plaisirs de l'esprit.

Ce n'est pas en stoïcien mais en partisan de l'Académie que Cicéron fait l'éloge du poète : en effet, reprenant une idée d'origine platonicienne, et devenue un lieu commun, il affirme que la nature du poète est divine (§ 18) et – notion corollaire – que c'est par une faculté naturelle qu'il trouve l'inspiration.

L'apologie du poète et de la poésie débouche sur une apologie du latin (à comparer au début du De Finibus) : en soulignant qu'Archias écrit en latin, Cicéron fait appel à la fibre patriotique (§ 23 en particulier), et associe le sort du poète à sa propre gloire, indissociable à ses yeux de la virtus, vertu romaine par excellence, et donc de la gloire de Rome. Or Archias avait promis à Cicéron un discours en l'honneur de son consulat (§ 28)...

Il est donc clair que, dans l'esprit de Cicéron, la gloire du poète doit rejaillir sur lui-même. Il est lui-même poète d'ailleurs... Et la recherche de la gloire est loin d'être blâmable à ses yeux : de meo quodam amore gloriae, nimis acri fartasse verum tamen honesto, vobis confitebor : « je vous ferai l'aveu de mon désir de gloire, trop fort peut-être, mais légitime » (§ 28). Malheureusement pour lui, le poème d'Archias ne verra jamais le jour... C'est une lettre de Cicéron à Atticus (I, xvi, 15) qui le révèle. Six ans après ce procès, en 56, Cicéron demande au poète Lucius Lucceius (inconnu par ailleurs) d'écrire une épopée sur son consulat. Cette épopée a-t-elle été écrite ? En tout cas, Cicéron a composé lui-même un poème en son propre honneur, poème intitulé De Consulatu suo, « Sur son propre consulat », dont nous ne connaissons que quelques vers qu'il est de tradition de railler pour leur médiocrité...




(1) Voir sur cette page un extrait de l'Histoire romaine de Velleius Paterculus.
(2) La rhétorique ancienne distingue trois genres d'éloquence : l'éloquence « judiciaire » (dont le lieu est le tribunal, et dont l'objet est de condamner ou d'acquitter), l'éloquence « délibérative » (dans le cadre d'une assemblée ou d'un conseil ; son objet est de pousser à prendre une décision, en vue d'agir ou pas), et l'éloquence « démonstrative » (ou « épidictique », ou éloquence d'apparat), dont l'objet est la louange ou le blâme.



Commentaires

pro archia poeta

Moi, Alexandre yuma jean marc élève au collège saint Raphaël, je suis très émus et ébahit du discours de ce grand homme de lettre qui a su immortaliser sa vie par des grandes œuvres car de génération en génération on fera toujours éloges de son nom. par ses qualités d'un bon orateur et par ses styles il a prouve combien qu'il était bourre d’éloquence et de la rhétorique.

remerciement

mois ce joel mukendi ntambwe congolais étudiant à l'unikin l'université de kinshasa en première gradua dans la faculté de droit politique.
j'alle juste commenté cette petite résume de l'histoire romaine a travers cette belle histoire de ciceron qui défende arhias raison pour la quelle ale titre et ciblé pro archias cet a dire a faveur d'archias le poète ca ma beaucoup motivé d'allé faire le droit ça ma donné le courage d'affronté n'inporte quel personne sans avoire peur merci a tous je suis vraiment ému de joie.