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Le Moyen Âge : savoirs et savoir-faire

1- Traits dominants

  • Le Moyen Âge "est la voie romaine, dégradée par le temps, qui relie l'Antiquité au Monde moderne" (Curtius, Littérature européenne et Moyen Âge latin, PUF, 1956 / rééd. Presses pocket.).
    Le Moyen Âge latin tente d'opérer une synthèse entre le monde moderne (dont la date de naissance est 675, avec la dynastie des Carolingiens) et le monde ancien, dans un nouvel espace civilisationnel. Cet espace est la Romania, terme qui traduit la continuité de la culture médiévale avec la ccivilsation romaine, et la popularisation de la littérature. Le terme Romanus se popularise, pour désigner les langues et les peuples "romans". Cet espace exclut l'Islam et l'Allemagne non romanisée.
  • Le latin reste la langue des hommes cultivés.
    Curtius : « Par la Romania et par son rayonnement, l'occident a reçu une formation latine ». Mais dès le 9e siècle, le latin est de moins en moins compris par le peuple, et le français devient progressivement la langue de l'État.
  • L'idée de translatio studii(très présente chez Dante, qui «opère la fusion de l'épopée latine dans le grand poème chrétien», écrit Curtius) contribue puissamment à produire cette synthèse. Charlemagne en effet veut restaurer la grandeur de Rome, une Rome repentante, chrétienne, inspirée des textes d'Augustin (la Cité de Dieu), d'Ambroise, et de Prudence.
  • Les ingrédients de cette synthèse sont l'universalisme romain (puisé notamment dans Virgile ou dans Cicéron). Cet universalisme est porté par un christinanisme qui a assimilé le paganisme grâce au latin des Pères de l'Église, grâce à la théorie des six âges de l'humanité, et des quatre Empires mondiaux (inspirée de la vision de Daniel dans la Bible : les quatre monstres sont interprétés comme l'Empire babylonien de l'époque de Daniel, l'empire perse, l'empire grec et l'empire romain). Le dernier étant l'Empire romain, le Moyen Âge se croit dans la senectus du monde : l'histoire du salut s'accomplit.
    Dans le nouvel espace culturel ainsi conçu, l'Europe, sont réunis les grandes figures d'empereurs (Auguste, Trajan, Justinien), des Pères de l'Église, des maîtres des sept arts libéraux, des fondateurs d'ordres, des mystiques, etc.


2- Originalité du Moyen Âge

  • Le Moyen Âge réinvente la culture antique, car les textes anciens sont peu lus directement, mais surtout par l'intermédiaire des compilateurs.
  • Par conséquent, si la théorie des arts libéraux forme un ensemble cohérent, elle est de plus en plus coupée de ses sources, et se schématise, au point de lutter de plus en plus difficilement contre les nouveaux courants de pensée (ordres mendiants, devotio moderna, redécouvertes successives de la culture païenne, etc.)
  • L'ars dictaminis est une nouveauté, qui date du XIe siècle ; elle marque le renouveau de la rhétorique, davantage orientée vers l'écriture épistolaire et administrative. La poésie, qui est considérée comme une forme d'éloquence, en subit l'influence.
  • Lire l'article Ars dictaminis du Dictionnaire International des Termes Littéraires
    Voir un exemple de dictamen avec cette analyse de la correspondance d'Héloïse et d'Abélard


3- Textes fondateurs pour le Moyen Âge latin

  1. Les grammairiens, compilateurs, poètes et auteurs chrétiens (Prudence, Capella, Alain de Lille, Boèce, etc.) sont imprégnés de rhétorique et de culture païenne antique.
    • L’épopée antique
    • Homère, Livius Andronicus, Virgile, Lucain.

    • L’éloquence antique
    • Isocrate, Cicéron, Quintilien.

  2. Les grands noms du Ve siècle
  3. Saint Jérôme (pour la philologie), Saint Augustin (pour l'exégèse. Lire le De Doctrina christiana).
    L’histoire du Salut intègre la pensée et l’histoire profanes, mais le mystère de l’incarnation de Dieu bouleverse les conventions de celles-ci.
    Prudence (pour sa Psychomachie)
    Orose (pour son Histoire contre les Païens
    Macrobe & Servius (pour l'interprétation de Virgile)
    Martianus Capella (pour les 7 arts libéraux), Les Noces de Philologie et de Mercure. Ce poème est un récit allégorique, qui commence par une montée au ciel de Philologie, admise au rang de déesse, pour épouser Mercure. C’est aussi une présentation allégorique des sept arts libéraux, qui sont les servantes de Philologie . Par exemple, la grammaire est une vieille femme (il s'agit là d'un topos important : cf. Curtius) aux habits ornés de figures de rhétorique. L'importance de la nature est sensible notamment dans l'hymne initial à Hyménée, qui n'est pas sans faire songer à l'invocation à Vénus au début du De Natura rerum). À lire également en ligne : le De Harmonia (bibl. aug.).
    Les sculptures qui ornent la cathédrale de Chartres sont faites dans un esprit similaire (portail royal, portail sud, portail nord).
    Sidoine Apollinaire : panégyriques, et poèmes riches d'allusions mythologiques (à lire sur Gallica).


4- Les grands auteurs médio-latins

  1. Période de la dynastie mérovingienne
  2. (de Clovis Ier à Childéric III : 511-751)

    VIe siècle
    Ce siècle contient en germe tout le Moyen Âge et la Renaissance.
    Boèce (traduit quelques traités d'Aristote, source de la scolastique ; sa Consolation de la philosophie est très lue)
    Saint Benoît fonde les institutions monastiques occidentales.
    Cassiodore, homme d'état italien, au service du roi goth Théodoric, puis moine en Calabre. Il lie la foi chrétienne et la pensée romaine dans ses Institutiones divinarum & saecularium litterarum.
    Venance Fortunat (fournit les modèles de la poésie courtoise, et de l'épopée hagiographique)
    Grégoire le Grand, pape (pour ses écrits doctrinaires et moraux)
    Isidore de Séville (pour ses Étymologies ; évêque wisigoth, compilateur du savoir antique).

    VIIe - VIIIe siècles
    Aldhelm (mort en 709)
    Bède le Vénérable (672-735)
    Boniface (mort en 754)

  3. Période de la dynastie des Carolingiens (de Pépin le Bref à Louis V : 751-987)
  4. VIIIe - IXe siècles
    Alcuin
    Théodulphe
    Paul Diacre

    Xe siècle
    Gerbert (on peut lire ici un échange épistolaire entre Gerbert et l'empereur Othon III)


  5. Âge d'or de la féodalité (XIe-XIIe s.)
  6. Pierre Abélard
    Hugues de Saint-Victor

  7. XIIIe siècle
  8. Saint Thomas d'Aquin
    Jacques de Voragine (La Légende dorée, à lire en ligne)...

  9. XIVe siècle
  10. Dante écrit son Traité de l'Éloquence vulgaire an latin, mais sa Divine comédie en toscan. C'est la naissance d'une littérature italienne en langue nationale.
    Pétrarque, lui aussi, écrit une bonne partie de son œuvre en latin.

  11. XVe siècle
  12. Pic de la Mirandole


5- Transmission de la culture, vecteurs de continuité

  • Le savoir passe par la philologie (le modèle est saint Jérôme), la rhétorique (le modèle est Cicéron), et l'exégèse (le modèle est saint Augustin).
  • L'exégèse augustinienne distingue 3 sens dans le texte biblique :
    . le sens littéral
    . le sens moral
    . le sens mystique (caché).
    L'étude traditionnelle des auteurs est de plus concurrencée par les arts libéraux. L'études des auteurs subsiste néanmoins autour des écoles de Chartres et d'Oxford.

  • Les sept arts libéraux
  • C'est Martianus Capella qui établit ce classement, qui sert de base à l'enseignement médiéval.
    Trivium (grammaire, rhétorique, dialectique)
    Quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie, musique)
    Les arts libéraux seront à leur tour, au XIIIe siècle, concurrencés par l'enseignement des ordres mendiants.

  • La "grammaire" médiévale
  • est à base d'«analogie» (aspect systématique de la langue), d'étymologie (ex causa, ex origine, ex contrariis), mais elle examine également les figures de style, les parties du discours, et se livre à l'explication des poètes.
    Un canon d'auteurs de l'Antiquité fournit, principalement grâce à des sententiae, les modèles de l'écriture et de la connaissance.

  • Une institution : les «universités»
  • Le mot désigne une corporation de professeurs et d'élèves.
    Le XIIe siècle voit se répandre le "néo-aristotélisme".
    Les universités françaises, anglaises et italiennes connaissent le plus grand essor au XIIIe siècle ; l'Allemagne, elle, marque un certain retard.
    En 1200, les universités sont reconnues par Philippe-Auguste.
    En 1231, Grégoire IX place l'université de Paris sous sa juridiction.
    En 1253, le même Grégoire IX remet l'inquisition entre les mains des Dominicains (ordre mendiant).
    Le chef d'œuvre de l'université médiévale est l'œuvre de Saint Thomas, qui concilie christianisme et aristotélisme.


6- Notions de rhétorique à connaître

  • La rhétorique tire ses origines de la Grèce antique et de Rome
  • (sophistique grecque, Isocrate, Denys d'Halicarnasse, Cicéron, Quintilien).

  • Les sophistes sont des «virtuoses de l'imitation» (selon Nietzsche, cité par Curtius, op. cit., p. 130)
  • On trouve là en germe l'imitation qui est au centre de la rhétorique médiévale, fondée sur les sententiae et lieux communs.

  • On distingue deux rhétoriques : l'atticisme (proto-classicisme) et asianisme (épigrammatique, ou pathétique et ampoulé : proto-maniérisme).
  • Les parties de la rhétorique : invention (contenu), disposition (organisation), élocution (style), mémoire, et action (mise en œuvre à l'oral).
  • Les genres de l'éloquence : judiciaire, délibératif (politique), et démonstratif (dit aussi «épidictique», ou «panégyrique»).
    Dans la néo-sophistique médiévale, ces trois éloquences constituent des disciplines scolaires.
  • Les parties d'un discours sont : l'exorde (introduction), la narration, l'argumentation (ou probation), la réfutation, et la péroraison (conclusion).
  • Intérêt littéraire de la rhétorique
  • La rhétorique est, depuis l'Antiquité, un ingrédient de la poésie (chez Homère, Théocrite, Ovide, etc.), du théâtre (Euripide, Aristophane, Térence) et du roman (Pétrone, ou les romans grecs).
    Mais la rhétorique a également sa place en musique (dont elle influence la théorie : structures, thèmes, rythme, etc.), et en peinture (la notion de dispositio, et des figures propres à la description s'y retrouvent).

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