par Fanny Gressier
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1 His rebus confectis Caesar, ut reliquum tempus a labore intermitteretur, milites in proxima municipia deducit ; ipse ad urbem proficiscitur. 2 Coacto senatu iniurias inimicorum commemorat. Docet se nullum extraordinarium honorem appetisse, sed exspectato legitimo tempore consulatus eo fuisse contentum, quod omnibus civibus pateret. 3 Latum ab X tribunis plebis contradicentibus inimicis, Catone vero acerrime repugnante et pristina consuetudine dicendi mora dies extrahente, ut sui ratio absentis haberetur, ipso consule Pompeio ; qui si improbasset, cur ferri passus esset ? Si probasset, cur se uti populi beneficio prohibuisset ? 4 Patientiam proponit suam, cum de exercitibus dimittendis ultro postulavisset ; in quo iacturam dignitatis atque honoris ipse facturus esset. 5 Acerbitatem inimicorum docet, qui, quod ab altero postularent, in se recusarent, atque omnia permisceri mallent, quam imperium exercitusque dimittere. 6 Iniuriam in eripiendis legionibus praedicat, crudelitatem et insolentiam in circumscribendis tribunis plebis ; condiciones a se latas, expetita colloquia et denegata commemorat. 7 Pro quibus rebus hortatur ac postulat, ut rem publicam suscipiant atque una secum administrent. Sin timore defugiant illi, se oneri non futurum et per se rem publicam administraturum. 8 Legatos ad Pompeium de compositione mitti oportere, neque se reformidare, quod in senatu Pompeius paulo ante dixisset, ad quos legati mitterentur, his auctoritatem attribui timoremque eorum qui mitterent significari. 9 Tenuis atque infirmi haec animi videri. Se vero, ut operibus anteire studuerit, sic iustitia et aequitate velle superare. |
« 1 Cela fait, afin que le temps qui restait fût du temps libre pour ses troupes, César les conduit dans les municipes les plus proches ; quant à lui, il se dirige vers Rome. 2 Au Sénat réuni il rappelle les injustices commises par ses adversaires. Il montre que lui n’a visé aucun honneur exceptionnel mais qu’après avoir attendu le moment légal pour le consulat il s’est contenté de ce qui était accessible à tous les citoyens ; 3 que les dix tribuns de la plèbe ont fait une proposition à laquelle s’opposaient ses adversaires et que Caton combattait avec un acharnement particulier- selon sa vieille habitude il passait des jours à retarder les débats ; ils ont proposé qu’on tînt compte de sa candidature malgré son absence et ce sous le consulat de Pompée. S’il la réprouvait pourquoi avait-il accepté cette proposition ? Et s’il l’approuvait pourquoi l’avait-il empêché de profiter d’un bienfait accordé par le peuple ?
4 Il met en valeur sa patience personnelle lorsqu’il a de lui-même réclamé le licenciement des armées : par ce geste il était prêt lui à sacrifier sa charge et son titre ; 5 il montre la brutalité de ses adversaires qui refusaient pour eux-mêmes ce qu’ils exigeaient d’un autre et préféraient le chaos général plutôt que de renoncer à leurs commandements et à leurs armées. 6 Il souligne l’injustice qu’il y a à lui arracher des légions, la cruauté invraisemblable à limiter les pouvoirs des tribuns de la plèbe ; il rappelle les offres qu’il a présentées, les entrevues qu’il a demandées et qui lui ont été refusées. 7 Pour ces raisons il les exhorte, il les prie de prendre en charge l’Etat et de le gouverner de concert ; mais si la crainte les fait se dérober, lui ne se dérobera pas à ce fardeau et par lui-même gouvernera l’Etat. 8 Il faut envoyer à Pompée des délégués pour parler d’accord ; lui ne redoute pas ce que Pompée a déclaré peu auparavant au Sénat : envoyer des délégués c’est attribuer une autorité à ceux vers qui on les envoie et c’est manifester la crainte de ceux qui les envoient. 9 Ces paroles donnaient une impression de mesquinerie et de faiblesse. Quant à lui, il s’est efforcé de l’emporter par ses actes, il veut de même dominer par la justice et l’équité. » |
Explication
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Après le passage du Rubicon, César a vu se rallier à lui une part importante des cités du nord-est de l’Italie ; Pompée et un grand nombre de Sénateurs ont quitté Rome ; de Brindes (Brindisi) ils se sont embarqués vers Dyrrachium (de nos jours Durrës en Albanie). César se dirige à son tour vers Brindes mais faute de flotte renonce alors à poursuivre Pompée et décide de gagner l’Espagne où Pompée a en sa qualité de proconsul plusieurs légions sous son autorité. César passe donc à Rome et entreprend de se concilier les Sénateurs qui y restent. Il résume ici sa dernière tentative pour convaincre les Sénateurs. Cette intervention constitue un historique, à visée nettement justificative, du conflit qui vient de naître. |
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Ce discours qui, pour une fois, a des chances de correspondre à celui qui fut effectivement prononcé, est une habile suasoire. Adversaires déclarés ou pouvoir timoré font l’objet de critiques implacables : mesquinerie, mauvaise foi, crainte semblent leur dicter leurconduite. Confronté à de tels personnages, César apparaît comme le seul énergique, réaliste et efficace. Il passe de la justification à la critique et à un programme d’action avec une simplicité et une limpidité de l’expression qui ne peuvent qu’emporter l’adhésion. Ce discours adressé en principe aux Sénateurs nous laisse le sentiment qu’au-delà César s’adresse aussi à la postérité. |