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À propos de l'ode I, 13

Ici, deux visages de l'amour sont opposés : Dionysos violent et douloureux, qui fait couler les humeurs (bile, vin, sang...) et plonge les amants dans la folie (v. 11) et Vénus (ici romaine, et dont les animaux favoris sont les colombes) qui en revanche n'est que douceur, "quinte essence", et relève d'une autre sphère du divin, où la beauté l'emporte sur la folie. Ce que célèbre Horace à travers cette Vénus inspiratrice d'un désir d'éternité, n'est-ce pas l'intemporalité de la beauté ?
Car si l'on se souvient de l'ode I, 11, 8 (celle où apparaît le célèbre carpe diem, mais aussi la formule spem longam reseces (v. 7), on est en effet en droit de se demander si Horace croit vraiment à cet amour éternel. Mais où ment-il, où dit-il ce qu'il croit ? Précisément : Horace nous délivre, en artiste, d'une éventuelle obsession de la "sincérité", de la "franchise" et même de la vérité, qui porte beaucoup de critiques aujourd'hui à juger une oeuvre par ce qu'elle révèle des émotions "réelles" de son auteur, quand ce n'est pas de ses "tripes" ou de son "vécu". L'important est ici le dessin très économe de la transe érotique, l'évocation en quelques traits d'une intuition d'éternité grâce à Vénus, la recherche d'une perfection formelle affirmée comme valeur esthétique première, vraie source de pérennité.
Lire Horace aujourd'hui, n'est-ce pas s'affranchir des ravages du "bluff éthique" décrit par Frédéric Schiffter ? (Flammarion, 2008)

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