Sujet et analyse du problème
Première partie
Deuxième partie
Troisième partie
Conclusion
« Je suis de cette opinion que nulle Poësie se doit louer pour acomplie, si elle ne ressemble la nature, laquelle ne fut estimée belle des anciens, que pour estre inconstante, et variable en ses perfections. »
Conclusion
Jamais le souci de la « forme » n’a été secondaire dans l’histoire de la poésie : une telle idée, malheureusement trop fréquente, est absurde. C’est la conception même de la forme qui a connu de nombreuses variantes. La poésie sous l’Ancien régime en fait paraître principalement trois, qui sont trois directions, trois orientations qui ont connu elles-mêmes de multiples nuances. La première fait du discours poétique un langage à part (c'est la segregatio), et conçoit la forme comme un monde séparé qui ne peut ni ne doit rivaliser avec la beauté de la nature ; elle emprunte à celle-ci des images, mais seul leur ornement leur donne une vertu littéraire. C’est avec la Pléiade qu’apparaît vraiment l’ambition d’imiter la nature, en particulier avec les formes « ouvertes » – odes, hymnes, discours, chaînes de sonnets, etc. ; et l’invention formelle vise à traduire poétiquement, par la copia et l’ubertas, abondance de figures et de mots, la prolixité des formes naturelles ; formes poétiques et formes naturelles dialoguent alors, mais l'œuvre poétique, « style à part », « œuvre à part » (Ronsard) ne renonce pas pour autant à la claire conscience de son autonomie. L’idée d’imitation de la nature n’a cessé toutefois d’interroger les rapports entre les mots et les choses, et de susciter une fascination de l’écriture pour l’objet ; la mimesis, imitation et représentation de la beauté naturelle, a fait naître un désir et une fascination pour l’objet, pour le « monde muet » (Ponge) qui se suffit à lui-même, et qui en même temps, pour être parfaitement beau, a besoin de l’art.
De multiples façons, les poètes traduisent leur désir de beauté, qui est en même temps désir de chanter le beau dont la nature est la source. Chez Ronsard, la référence à la nature est le support d’une rhétorique et d’une poétique de l’élégance et de la variété. Mais la notion de nature se révèle être en réalité une voie vers l’objet, vers un idéal objectif recréé par la langue. La figure maternelle de la nature, matrice de tout langage, permet encore, à l'âge classique, de rendre pensable ce qui, chez un Rimbaud, un Ponge ou un Char, s'avèrera si difficile, et tragique : l’expérience de l’expression, le dialogue avec le réel (« Le réel, à l'état pur, arrête instantanément le cœur », écrit Paul Valéry dans Eupalinos ou l'architecte, en 1921.
Ce désir de chanter se réalise dans une rhétorique poétique de l’éloge, de l’encomium ; l’éloge n’est-elle pas la voie privilégiée par laquelle le chant peut parler du monde, et le chant poétique devenir le chant du monde ?