La dissertation littéraire aux concours


    La dissertation littéraire en un coup d'œil

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La prolifération des « polémiques » (c'est-à-dire débats, mais ce mot est presque passé de mode, du fait même de sa simplicité), souvent créées de toutes pièces par les journalistes, donne un faible idée des vertus de la dialectique. Pour s'en faire une idée, il faut pratiquer la dissertation, un exercice précieux car il permet d'élaborer des formes de contradictions stimulantes, à l'opposé de la réciprocité brutale, souvent stérile, des confrontations de point de vue dans le spectacle médiatique. Il invite, comme les disputationes de la rhétorique antique, à se déplacer d'un point de vue à un autre, à soutenir tour à tour des opinions différentes. Ce faisant, il développe une souplesse intellectuelle bien utile dans d'autres contextes...



Disserter, c'est discuter, c'est-à-dire proposer, dans un développement unique, une argumentation dialectique sur un sujet donné. Cela implique :

  • que le sujet gouverne l'ensemble de la dissertation, que toute digression en soit exclue, et qu'il soit compris et circonscrit avec beaucoup de soin ;
  • que les étapes de la réflexion s'organisent en un débat contradictoire, dont les termes soient clairement annoncés et clairement posés ;
  • que chaque partie soit crédible, puisque le dissertant est seul à assumer les différents points de vue. La faiblesse d'une partie nuit à la crédibilité de l'ensemble : la pensée soit être convaincante à chaque étape.


Pour être convaincante, la dissertation doit être claire, irréprochable dans sa présentation, rédigée dans un français simple et impeccable. Ces exigences ne sont pas négociables : aucune qualité ne peut être reconnue à une composition par un lecteur qui se voit opposer l'obstacle d'une présentation confuse ou d'une langue incorrecte et, par conséquent, difficile à déchiffrer.

« La correction orthographique est évidemment une exigence minimale. Faut-il le redire ? Il convient à la fin de la rédaction de relire deux fois sa copie, une fois pour le sens et une fois d'un strict point de vue orthographique. » (ENS-LSH, rapport du jury 2008)


On peut disserter dans toutes les disciplines. Une dissertation littéraire peut bien sûr emprunter des connaissances à d'autres domaines de la pensée – historiques et philosophiques, en particulier –, mais son objet est de parler des textes. Sans une connaissance concrète des œuvres dont on parle, elle tombe dans le délayage, les lieux communs, les généralités, les simplifications. L'ennemi mortel de la dissertation est le vague souvenir d'un cours, d'un manuel, ou d'un discours critique. La réussite d'une dissertation dépend donc essentiellement de l'étendue des lectures, et de l'attention accordée aux textes, à l'écriture, de manière concrète (le mot « concret » ne signifiant pas « pratique » comme le croient beaucoup de journalistes, mais : « qui se rapporte à la réalité considérée dans sa totalité », définition du T.L.F.).

Aucune des étapes de l'exercice n'est facultative ou secondaire, chacune remplit une fonction irremplaçable. Il faut  :

1. Une introduction

  • Le premier paragraphe est consacré à l'analyse du sujet : le sujet, rien que le sujet. Cette analyse est fondamentale, très attendue, et fait l'objet de la plus grande attention de la part des correcteurs ! Un exemple, sur cette phrase de Baudelaire : « Moi, c'est tous, tous ; c'est moi. » (Mon Cœur mis à nu). L'introduction établit, logiquement, la symétrie entre « moi » et « tous » par l'inversion de la proposition, et elle établit également l'extension de ce tous, c'est-à-dire l'humanité entière avec laquelle le moi se confond (« Tourbillon », ajoute Baudelaire), dans l'« ivresse religieuse de grandes villes » (l'extension spectaculaire des villes est un phénomène contemporain de Baudelaire). Le lecteur, dans l'esprit de Baudelaire, participe de ce tourbillon. Cette analyse une fois établie, ses éléments doivent être tous présents dans chaque partie du développement.
  • Le deuxième paragraphe présente un jeu de questions, articulées, qui s’éclairent les unes les autres, et qui résultent de l'analyse du sujet. C'est la problématique.
  • Un troisième paragraphe annonce les parties du développement, « véritable programme de travail » (rapport du jury 2008, ENS-LSH). Trois parties doivent apparaître (sous forme de trois phrases, ou de trois propositions), avec une formulation concrète et compréhensible de leur contenu, et de manière articulée (« donc… », « en revanche… », « plutôt…. », etc.), ce qui exclut absolument les formules comme : « d’abord… ensuite… enfin », ou « dans un premier temps… dans un second temps… dans un troisième temps… ».

2. Un développement

  • Au début de chaque partie se trouve l’énoncé clair d’un point de vue complet sur le sujet (pas question de ne traiter qu'une partie du sujet dans une partie du développement), et la manière dont il se distingue du point de vue précédent. L'idée directrice ainsi exposée est un fil qui se déroule ensuite, et il n’est pas question de s’en écarter.
  • Le sens du sujet est dicté par l'analyse qui en a été donnée dans l'introduction. Dans l'exemple donné ci-dessus (le sujet tiré de Mon Cœur mis à nu), il faut éviter non seulement de faire apparaître la figure du lecteur si elle n'est pas justifiée dans l'introduction, mais aussi de faire porter l'analyse sur ce point sans l'étayer par des exemples au cours du développement.
  • À la fin de chaque partie se trouve un bilan de cette partie. Le lecteur doit savoir exactement où il en est.
  • Dans chaque paragraphe n’est développé qu’un exemple, c’est-à-dire, le plus souvent, une œuvre. S’en écarter, c’est risquer l’amalgame : chaque œuvre est singulière. Stendhal, Leiris et Sartre ne font pas bon ménage et méritent chacun un paragraphe distinct.
  • Tous les paragraphes sont liés entre eux par des liens logiques, qui permettent de suivre le fil : « En effet », « c’est pourquoi », et au minimum « en outre »...

3. Une conclusion

La conclusion doit bénéficier du même soin que l'introduction : imaginons un roman ou un film privé de fin, ou dont la fin serait bâclée... L'effet serait désastreux, l'ensemble s'effondrerait. Si l'introduction est la clé de voûte de l'édifice, la conclusion en est le pendant. Elle récapitule d'abord les étapes de la réflexion (de façon précise et articulée, comme au début de la dissertation), puis énonce un point de vue complet, clair, convaincant, sur les problèmes qui ont été soulevés, et enfin met ce point de vue lui-même en perspective. L'organisation en trois paragraphes permet, ici aussi, une plus grande clarté.


Mse en pratique

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