Esprit de l'exercice
L'explication de texte littéraire existe à l'oral des concours de recrutement des professeurs de Lettres, mais aussi aux concours des Ecoles normales supérieures, dans les séries littéraires. Elle peut s'appuyer sur un programme d'œuvres données en début d'année, ou hors programme.
Durée de préparation : 1 heure
Durée de l’exposé : 20 minutes
« Échange » avec le jury : 10 minutes
Il faut donc gérer scrupuleusement son temps, et aller à l'essentiel :
Attention ! Il n'y a pas de trésor caché (mystique, psychologique, etc.) à découvrir. Il s'agit avant tout de montrer le fonctionnement du texte, sa structure, qui n'est pas évidente, mais qu'il faut «déplier» (latin explicare).
S'il y a une part cachée, elle est de l'ordre de la culture à laquelle le texte appartient : lieux communs, et références implicites, qu'une bonne culture littéraire permet de déceler.
S'il y a un programme, il est nécessaire de s’être familiarisé avec les œuvres qu'il contient. Mais il s’agit aussi d'attester une capacité d'appropriation du texte, en développant une analyse personnelle.
La préparation exige donc une double autonomie :
Une explication littéraire est donc avant tout l’explication d’une écriture, c'est-à-dire des choix littéraires (rhétoriques, poétiques, etc.) qui sont effectués par l’auteur. Par quels moyens le texte produit-il du sens ?
Travail préliminaire
Cette lecture répétée permet de dépasser la première approche, naïve, afin de se rendre sensible d'abord aux effets, puis aux mécanismes qui gouvernent le texte.
Ne pas hésiter à répéter cette lecture, à d'autres moments dans le temps de préparation.
À l’issue des étapes précédentes, on est en mesure de dégager la problématique, c’est-à-dire «la question principale que le texte semble poser». Elle vient par conséquent après l’analyse et non comme préalable : c’est le point d’aboutissement de la recherche. Elle n’est donc valable que sur l’extrait en question, dont elle rend compte de façon particulière, spécifique.
Elle a une valeur heuristique : c'est une ligne de recherche (en grec eurisko veut dire «trouver»), une hypothèse de lecture, que l'explication va ensuite étayer. C'est aussi l’enjeu de l’extrait, son intérêt, son sens.
Enfin, la problématique est littéraire : il ne s'agit pas de formuler un problème existentiel.
Il est fortement recommandé de travailler sur deux feuilles, en parallèle. L'une est consacrée aux notations diverses, réactions spontanées, qui pourront s'intégrer plus tard à l'explication ; mais surtout, on y notera une première idée de problématique, qui pourra évoluer au fil du temps de préparation. L'autre feuille est réservée aux notes qui seront utilisées directement au cours de la prestation : il convient d'attendre la fin du temps de préparation pour élaborer une introduction et une conclusion définitives, à la lumière de l'analyse effectuée.
La prestation
L’explication orale suit trois étapes :
« Lancer l’enquête avec efficacité et précision ».
C’est l’entrée en matière. On prélève ici les seuls éléments pertinents pour situer l’extrait avec précision, on évite les généralités pour privilégier ce qui donne une identité particulière au passage.
Ce moment se conçoit comme l’occasion d’un partage, d’un plaisir à faire entendre l’extrait. On lit le passage dans son intégralité.
La lecture est à la fois sensible et claire. Éviter un ton monocorde, ennuyeux, ou une voix inaudible. Faire entendre le rythme des phrases. Si le texte est versifié, éviter toute erreur dans le décompte des syllabes, ainsi que dans les coupes. Respecter les liaisons. La lecture orale est la validation anticipée d’une explication pertinente.
- Donner un aperçu de la progression interne du texte, en présentant les principaux mouvements du passage, et en précisant bien les mots qui les délimitent. Il s’agit par là de rendre saillante « la charpente » de l’extrait, sur laquelle l’explication va ensuite s’appuyer pour en préciser l’analyse. Cette structure du texte est donc un support de l’explication.
- Énoncer la problématique, qui lance l’analyse, et restera présente à l'esprit tout au long de celle-ci.
Post-scriptum...
Voici ce qu'un jury attend d'un candidat littéraire :
Certaines formules, trop fréquentes, sont le signe d'une explication trop mécanique : « Nous pouvons découper le texte en x parties... », « On a ici... », « On peut donc voir que... », « L'auteur veut dire que... ». La première atteste que l'architecture du texte n'est pas perçue : elle est remplacée par un tronçonnage. Les autres sont les symptômes d'une paraphrase : au lieu d'observer le texte et d'en expliquer les ressources, le candidat tente de le reformuler.
Pour poursuivre la réflexion sur cet exercice :
Chantal Labre, Patrice Soler, Études littéraires, P.U.F., coll. Quadrige.
Rapports de concours : E.N.S., E.N.S.-L.S.H., CAPES, agrégation.