Le futur de l'indicatif


1. Les principes

Le futur sert bien sûr à l’expression de la postériorité ; mais il n’est pas très éloigné, en grec, de l’expression d’un désir, d’une volonté, d’un projet. C'est pourquoi il se confond souvent, chez Homère, avec le mode subjonctif. Les Grecs ne répartissent pas, comme nous, les temps verbaux sur une ligne chronologique ; chaque temps correspond à une manière de considérer un fait, c'est-à-dire à un aspect du réel.

Pour former le futur de l’indicatif, il suffit :

  1. à la voix active et à la voix moyenne : d’ajouter un -σ- au radical. Après ce sigma, la voyelle thématique (-ο- ou -ε-, selon la même alternance qu’au présent : ο - ε - ε - ο - ε - ο) et les désinences primaires sont de règle.
    Exemples : λούω « je lave », futur actif λούσω (« je laverai »), futur moyen λούσομαι (« je me laverai »). Les radicaux vocaliques sont au degré long (τιμσω, ἀσεβσω, ἀξισω, στσω, θσω, δσω, σω), à l'exception des verbes en μι à la voix passive (voir ci-dessous, 4.).
  2. à la voix passive : d’insérer entre le radical et le -σ- le morphème -η- (ou -θη-, selon les verbes). Exemple : λουθήσομαι (« je serai lavé »)

Les désinences de l’infinitif sont les mêmes au futur qu’au présent ; il suffit d’ajouter les suffixes propres au futur : λούσειν « laver » (dans l’avenir), λούσεσθαι « se laver » (dans l’avenir), λουθήσεσθαι être lavé (dans l’avenir).

2. Les radicaux consonantiques : petits arrangements avec les suffixes

Ce tableau présente le résultat des arrangements entre les radicaux consonantiques et le suffixe -σ- ou le suffixe -θη-.
Ce résultat dépend de la nature de la consonne qui termine le radical : c'est pourquoi il faut connaître les familles de consonnes.

suffixe -σ- suffixe ou -θη
radicaux se terminant par une labiale β, π, φ et πτ + donnent ψ.
Ex. : γράφω « écrire », futur actif γράψω (« j'écrirai »), futur moyen γράψομαι (« j’écrirai pour moi »)
β, π, φ + -θη- donnent -φθη-.
Ex. : κρύπτω « cacher », futur passif κρυφθήσομαι « je serai caché »
Noter que γράφομαι passif (entre autres verbes) fait, au futur, γραφήσομαι (« je serai écrit »)
radicaux se terminant par une gutturale γ, κ, χ + -σ- donnent ξ.
C'est le cas également des radicaux en -ττ- (comme pour πράττω).
Ex. : ἄρχω « commander », futur actif ἄρξω (« je commanderai » ou « je commencerai »), moyen ἄρξομαι (« je commencerai »)
γ, κ, χ + -θη- donnent -χθη-.
C'est le cas également des radicaux en -ττ-.
Ex. : πράττομαι passif, futur πραχθήσομαι (ou πραγήσομαι) « je serai fait »
radicaux se terminant par une dentale δ, τ, θ, ζ + -σ- donnent σ.
Ex. : νομίζω « penser », futur νομίσω « je penserai » (mais en attique : νομιῶ)
δ, τ, θ, ζ + -θη- donnent -σθη-.
Ex. : ὁρίζω « délimiter », futur passif ὁρισθήσομαι « je serai délimité »
radicaux se terminant par une liquide ou par une nasale λ, μ, ν, ρ + -σ- donnent :
- un futur sans -σ-,
- en outre, une terminaison contracte (conjugaison semblable à celle de καλῶ).
Ex. : μένω « rester », futur μενῶ « je resterai »
- enfin, souvent, le radical subit une modification.
Ex. : ἀγγέλλω « annoncer », futur ἀγγελῶ « j’annoncerai » (simplification des λλ).

Remarque : De nombreux verbes conservent leur σ du futur, grâce à la voyelle -η- : βούλομαι-βουλήσομαι (« je voudrai »), ἐθέλω-ἐθελήσω (« je consentirai »), χαίρω-χαιρήσω (« je me réjouirai »).

λ, μ, ν, ρ + -θη- donnent :
- un futur en -θησ- ou en -ησ-, selon les verbes ;
- une modification du radical.
Ex. : τείνω « tendre », futur passif ταθήσομαι « je serai tendu »



3. Deux verbes un peu particuliers : εἶμι « aller » et εἰμι « être »

Le verbe εἶμι « aller » est déjà, pour son sens, au futur : εἶμι, εἶ, εἶσι, etc., signifient « j’irai », « tu iras », « il ira », etc. Il sert de futur à ἔρχομαι « aller ».

Le radical du verbe εἰμι « être » est εσ- ; le futur devrait donc être *ἔσσομαι (qui existe dans le dialecte dorien), mais en attique un des deux σ a disparu. Le futur de ce verbe est de voix moyenne. Peut-être par analogie avec le présent ἐστι, la troisième personne abandonne la voyelle thématique.

singulier ἔσομαι
ἔσει ou ἔσῃ
ἔσται
pluriel ἐσόμεθα
ἔσεσθε
ἔσονται
infinitif ἔσεσθαι



4. Particularités des verbes athématiques

  • les verbes à redoublement en ι (ἵστημι, τίθημι, δίδωμι, ἵημι) perdent leur redoublement en ι au futur : ce redoublement n’apparaît qu’au présent et à l’imparfait. On obtient ainsi : στήσω, θήσω, δώσω, ἥσω.
  • les verbes en -νυμι ou -λυμι perdent leur suffixe -νυ- ou -λυ-. Exemples : δείκνυμι « montrer », futur δείξω ; ὄμνυμι, futur ὀμοῦμαι (formé sur un radical ancien ὀμο-) ; ἀπόλλυμι « détruire », futur actif ἀπολῶ, moyen ἀπολοῦμαι.
  • Les radicaux vocaliques sont au degré long aux voix active et moyenne, et au degré réduit à la voix passive :
    ἵστημι, στσω, στσομαι, σταθήσομαι
    τίθημι, θσω, θσομαι, τεθήσομαι
    ημι, σω, σομαι, θήσομαι
  • À la voix passive, le premier θ de τιθημι perd son aspiration : τεθήσομαι au lieu de *θεθήσομαι.