L'infinitif présent, et les emplois de l'infinitif

L’infinitif est le mode nominal du verbe. Il a donc la plupart du temps, comme un nom, une fonction : sujet, complément d'objet, etc. (voir ci-dessous). Avec un article, il devient même un nom à part entière (il est alors « substantivé ») : τὸ κλύειν « le fait d’écouter ».

1. Les verbes thématiques

  • La voyelle thématique, à l'infinitif, est toujours ε.
  • La désinence est -εν à la voix active, et -σθαι à la voix moyenne et à la voix passive.
  • Des contractions se produisent : -ειν (de -εεν) à la voix active, qui donne, chez les verbes ΰ radical vocalique, -εῖν (de -εειν), ᾶν (de -αειν) et οῦν (de -οειν)
θεραπεύω « honorer » καλέω-ῶ « appeler » τιμάω-ῶ « honorer » ἀξιόω-ῶ « juger digne », « demander »
voix active θεραπεύειν καλεῖν τιμᾶν ἀξιοῦν
voix moyenne ou passive θεραπεύεσθαι καλεῖσθαι τιμᾶσθαι ἀξιοῦσθαι


2. Les verbes athématiques

  • C'est plus simple : il n'y a plus de voyelle thématique. Les désinences sont --ναι à la voix active (-εναι pour εἶμι), et -σθαι aux voix moyenne et passive.
  • L'infinitif de εἰμι se présente avec un radical ει- (de εσ-), et le radical de εἶμι- est ἰ-.
εἰμι « être » εἶμι « aller » ὅμνυμι « jurer » ἵστημι « poser » φημι « dire » τίθημι « poser » δίδωμι « donner »
voix active εἶναι ἰέναι ὅμνύναι ἱστάναι φάναι τιθέναι διδόναι
voix moyenne et passive n'existe pas n'existe pas ὅμνυσθαι ἵστασθαι φάσθαι τίθεσθαι δίδοσθαι


3. À quoi sert l'infinitif ?

  • L’infinitif est un mode « impersonnel » : en effet, il ne se conjugue ni en personne ni en nombre, mais seulement en temps et en mode.
  • Il définit « l’idée verbale pure ». Le mot grec qui se traduit par « infinitif » est ἀπαρέμφατος, qui signifie « qui ne possède pas de signification accessoire » (J. Humbert, Syntaxe grecque, p. 124-125). Ce n’est pas une forme très ancienne : elle suppose en effet « des capacités d’abstraction qui vont de pair avec un certain développement intellectuel » (ibid.).
  • Il faut tout de suite ajouter que l’infinitif donne une fonction au verbe, au même titre qu’à un substantif. La plupart du temps, il s’agit d’une fonction sujet ou d’une fonction objet. Dans ce cadre, l’infinitif sert à former une proposition infinitive (voir ci-dessous). Mais l’infinitif peut fonctionner syntaxiquement comme un nom : c’est l’infinitif substantivé, assorti d’un article.

Il existe toutefois des emplois plus « libres » de l’infinitif, emplois qui le rapprochent des modes personnels :

  • infinitif d’ordre (équivaut à un impératif, 2e personne du singulier)
  • infinitif exclamatif (exprime l’étonnement ou l’indignation)
  • infinitif complément de l’adjectif (avec des adjectifs comme δυνατός « capable de » ἄξιος digne de, etc.)
  • infinitif de but (« après des verbes signifiant donner (refuser), ou choisir, ou des verbes représentant l’objet d’un mouvement », J. Humbert, p. 126).
  • infinitif absolu : son effet est de réduire la portée du message exprimé par le verbe principal, en le corrigeant. Exemples : (ὡς) ἐμοὶ δοκεῖν « à ce qu’il me semble » - ὀλίγου δεῖν « peu s’en faut » - τὸ νῦν εἶναι « pour le moment » - ὡς (ἔπος) εἰπεῖν « pour ainsi dire ».


4. Bilan sur les propositions complétives

Il s’agit essentiellement des propositions complément d’objet. En français, elles sont le plus souvent conjonctives, c’est-à-dire qu’elles exigent une conjonction de subordination (« que ») : par exemple « Je dis que les dieux existent ». En grec, une proposition complétive peut être :

  • conjonctive, après les verbes de parole (verbes « déclaratifs »: λέγω, φημι, etc.) ;
  • infinitive, après les verbes déclaratifs, mais aussi après la plupart des autres verbes : introduisant une pensée (par ex. νομίζω « je pense que »), une volonté (par ex. βούλομαι « je veux que »), et après les locutions impersonnelles (par ex. δῆλον ἐστι « il est évident que », ἔξεστι « il est possible de », δεῖ « il faut que ») ;
  • participiale, après les verbes de perception (par exemple ὁράω-ῶ « je vois que ») : voir page sur les participes.