Natures des mots français




     Noms

Le nom désigne une notion à laquelle s'attache une fonction (sujet, complément, etc.), ce qui le distingue du verbe (qui, lui, n'a pas de fonction).
Les noms sont les seuls mots qui peuvent s'adjoindre un déterminant.

     Catégories de noms
  • Noms propres et noms communs
  • Noms comptables (par ex. « les pierres » qui composent un mur) et noms non-comptables (« la pierre » comme matériau)



     Verbes

Un verbe désigne un événement, une action, ou un état. Il apporte une information sur son sujet, dont il constitue le prédicat.
Il est le cœur d'une phrase ou d'une proposition : le plus souvent les autres éléments de la phrase se situent par rapport à lui.

     Catégories de verbes
  • Verbes d'action, qui peuvent avoir un complément d'objet (« courir », « manger », « voler », etc.) et verbes d'état qui admettent non pas un complément d'objet, mais un attribut (« être », « sembler », « paraître », « devenir », etc.)
  • Verbes perfectifs (qui comportent en eux-mêmes une limite de durée : « arriver », « mourir », etc.) et verbes imperfectifs (qui ne donnent aucune indication temporelle par eux-mêmes : « grandir », « réduire », « sembler », etc.)
     Grammaire du verbe

L'information donnée par le verbe est modalisée, nuancée, par sa situation (personne, temps, mode, et voix, mais aussi forme : déclarative, interrogative ou exclamative, affirmative ou négative).

  • Modes
    - modes personnels : indicatif (mode du fait constatable, avéré), subjonctif (mode de la possibilité), impératif (mode de l'injonction). Le conditionnel est souvent présenté comme un mode, ce qui est discutable.
    - modes impersonnels (ces modes ne comportent pas de personne au sens grammatical du terme ; mais ils permettent au verbe d'avoir une fonction) : infinitif (qui rapproche le verbe d'un nom), participe (qui rapproche le verbe d'un adjectif), gérondif (qui rapproche le verbe d'un adverbe)
  • Temps
    - temps simples : les faits sont considérés par rapport à leur déroulement propre. Il s'agit du présent, de l'imparfait, du futur simple, du passé simple, et du conditionnel présent.
    - temps composés : les faits sont envisagés par rapport à un processus extérieur à eux, ou du point de vue de l'acte de parole. , soit parce qu'ils sont achevés, soit parce qu'ils sont antérieurs au processus en cours. Il s'agit du passé composé, du futur antérieur, du plus-que-parfait, du passé antérieur, et du conditionnel passé.
  • Personnes : trois personnes au singulier, trois personnes au pluriel
  • Voix : voix active et voix passive. La forme pronominale appartient à la voix active (« Il s'imagine... »), mais peut avoir un sens passif (« Cette coutume ne se trouve plus que dans de rares pays »)



     Adjectifs

L'adjectif qualifie un nom. Il apporte une précision facultative sur celui-ci.

     Ses fonctions
  • épithète (directement à côté du nom, dont il indique une qualité intrinsèque : « les vieux immeubles exigent des travaux »)
  • épithète détachée, « apposé » (il est alors séparé du nom, et correspond à une qualité circonstancielle, donc contingente, transitoire : « froide, cette viande est immangeable »)
  • attribut (du sujet, avec un verbe d'état : « il est triste » ; du complément d'objet, avec des verbes de perception ou de pensée : « je le considère comme... », « je le trouve... »
     Ses significations
  • adjectifs classifiants et adjectifs non-classifiants : c'est une question de degré dans la subjectivité. L'adjectif classifiant présente un maximum d'objectivité : « le Haut Conseil de la Francophonie », « le huitième jour » (adjectif ordinal), « un mien ami » (adjectif possessif). Ainsi, l'adjectif « pâle » peut être classifiant (par opposition à « foncé », par exemple) ou non-classifiant (« tu es très pâle ce matin ! », « il a un caractère très pâle »...)
  • L'adjectif de relation est un adjectif classifiant qui met en relation deux notions distinctes ; il est forcément formé à partir d'un nom (par exemple : le « système solaire » c'est le système du soleil, et cet adjectif ne peut pas être mis, par exemple, au comparatif).



     Déterminants

Le déterminant ne peut accompagner qu'un substantif (nom, ou mot substantivé – adverbe « le pourquoi et le comment », verbe « le parler populaire », participe « le vécu », adjectif « le petit et le grand »,...)

     Distinguer les déterminants spécifiques (qui ne peuvent pas s'associer entre eux) et les déterminants secondaires (qui peuvent s'associer à des déterminants spécifiques : « tous les hommes »)
     Autre distinction utile : entre les déterminants quantifiants (articles, numéraux, indéfinis), caractérisants (ce sont les indéfinis « même », « autre », « tel », « quel ») et à la fois quantifiants et caractérisants (démonstratifs, possessifs, et quelques indéfinis comme « certains »).
     Les déterminants, comme les pronoms, sont soit anaphoriques (ils désignent alors un élément du contexte) soit déictiques (ils montrent alors un élément extérieur au discours). Par ex. : « cette couleur » peut désigner soit une couleur déjà évoquée ou évoquée plus loin dans le discours, soit une couleur que l'on montre.
     Les catégories de déterminants :
  • Articles : « un », « une », « le », « la », « les », « des », « du », « de la »
  • Déterminants indéfinis : ce sont « aucun », « nul », « chaque », « quelques », « plusieurs », « la plupart de », « beaucoup de », « tout », « tous », « toutes »
  • Déterminants numéraux cardinaux : ce sont « un », « deux », « trois », « quatre », « cinq », etc.
    Note d'orthographe : « vingt » et « cent » ne prennent un « s » au pluriel que s'ils sont multipliés, et s'ils ne sont suivis d'aucun autre chiffre (« deux cents », « deux cent quarante ») et à condition de ne pas désigner un repère précis : « la page deux cent ».
    Le trait d'union ne s'emploie que dans les formes juxtaposées et inférieures à cent : « quarante-six », « deux cent quarante-six ».
  • Déterminants démonstratifs : « ce », « cette », « ces », avec le cas échéant le renforcement « -ci » ou « -là ».
  • Déterminants possessifs : « mon », « ma », « mes », « ton », « ta », « tes », « notre », « nos », « votre », « vos », « leur », « leurs ».
    Noter la valeur objective du déterminant possessif. Par exemple dans l'expression « ils sont mécontents de leur image », soit « leur » désigne le sujet, c'est-à-dire l'agent (valeur subjective) et « leur image » désigne l'image qu'ils donnent d'eux-mêmes ; soit « leur » désigne l'objet (valeur objective), et alors « leur image » désigne une image qu'ils possèdent (une photographie par exemple).
     Les articles

L'article fait partie des déterminants.
Il s'accorde avec le nom qu'il détermine.
Il sert à quantifier le nom et à le situer comme singulier, comme pluriel, ou comme général : « la fenêtre » et « une fenêtre » désignent une fenêtre particulière (définie ou indéfinie), « l'humanité » désigne une généralité, « des fenêtres » désigne plusieurs objets, « l'eau » définit un élément ou un ensemble de manière générale, « de l'eau » une partie d'un ensemble. Les catégories d'articles sont :

  • L'article défini peut déterminer soit un nom comptable (singulier ou pluriel) : « la fenêtre », « les fenêtres » soit un nom compact : « l'eau ».
    Un article défini peut être contracté : « Je viens du sud » (contraction de la préposition « de » et de l'article « le »), « il est à l'eau et au pain sec » (contractions de la préposition « à » et de l'article « le »).
  • L'article indéfini détermine seulement des noms comptables : « une fenêtre », « des fenêtres » « une eau » (c'est-à-dire une sorte d'eau)
  • L'article partitif : « de l'eau », « du pain ».



     Pronoms

Un pronom peut être déictique (ou nominal : dans ce cas, il remplace un élément extérieur au texte, qu'il montre, en grec deiknunai) ou anaphorique (ou représentant : dans ce cas, il représente un élément présent dans le contexte).

     Pronoms démonstratifs : comme l'indique l'étymologie, ils servent à montrer. Ils sont tous déictiques ou anaphoriques : « ce » (ou « c' »), « celui », « ceux », « celle », « celles », « celui-ci », « celui-là », « celle-ci », « celle-là », « ceci », « cela », « ça ».
     Pronoms personnels : certains sont déictiques, d'autres anaphoriques, d'autres enfin appartiennent aux deux catégories.
- pronoms personnels anaphoriques : uniquement des pronoms de 3e personne (il, ils, eux, elle, elles, lui, leur (à distinguer du déterminant « leur »), se, en, y.
- pronoms personnels déictiques : je, me, moi, tu, te, toi, on, il (impersonnel), nous, vous.

Note sur les pronoms invariables : « en » et « y ». On les range parmi les pronoms personnels, mais ils sont un peu à part. « En » remplace un syntagme nominal introduit par « de », et « y » remplace un syntagme nominal introduit par « à ».

  • compléments d'objet (« j'en veux », « ils s'en occupent », « nous y veillerons »)
  • compléments du nom (« il en a laissé des traces. »), du pronom (« il nous en reste beaucoup »), ou de l'adjectif (« nous en sommes capables »)
  • compléments de lieu (« tu y vas », « il en vient »)
     Pronoms possessifs : généralement anaphoriques, ils désignent un élément sous l'angle de son possesseur. Il s'agit de : le mien, le tien, le sien, le nôtre, le vôtre, le leur. Tous ces pronoms se déclinent, au masculin et au féminin, au singulier et au pluriel.
     Pronoms numéraux : déictiques ou anaphoriques, ils désignent un élément sous l'angle de sa quantité. Ce sont : un, deux, trois, quatre, cinq, etc.
     Pronoms indéfinis : anaphoriques ou déictiques, ils désignent un élément sous l'angle d'une quantité indéfinie (un, quelqu'un, quelque chose, chacun ; pas un, personne, rien, nul, aucun ; peu, certains, quelques-uns, plusieurs, plus d'un, d'aucuns, beaucoup, la plupart, tout, tous), ou sous l'angle d'une identité indéfinie (quiconque, quoi que ce soit, qui que ce soit, n'importe qui, n'importe quoi, je ne sais qui, je ne sais quoi, n'importe lequel, je ne sais lequel, etc. ; le même, l'un, l'autre, un autre, d'autres, autre chose, autrui).
     Pronoms relatifs : anaphoriques le plus souvent (ils représentent un antécédent) ou déictiques (par ex. : « Qui manque un œuf mange un bœuf »). Les pronoms relatifs simples sont : « qui », « que », « quoi », « dont ». « Où » est un adverbe relatif. Les pronoms relatifs composés sont : « lequel », « duquel », « auquel » (qui se déclinent en genre et en nombre) et « quiconque ».
Noter que la plupart des pronoms relatifs peuvent s'employer comme pronoms interrogatifs.
     Pronoms interrogatifs : généralement déictiques. Ils s'emploient en interrogation directe (« Qui aimes-tu ? ») ou en interrogation indirecte (« Dis-moi qui tu aimes »). Les formes simples sont : « qui », « que », « quoi ». Ces formes simples peuvent être renforcées par la locution interrogative « est-ce que ». Les formes composées sont : « lequel », « auquel », « duquel », qui se déclinent en genre et en nombre.



     Adverbes

L'adverbe modifie ou modalise le sens d'une phrase (« Jamais il n'a pu apprendre à nager »), d'un verbe (« il marche souvent »), d'un adjectif (« incroyablement beau »), d'un autre adverbe (« beaucoup moins »), d'un pronom (« presque vingt »), ou parfois d'un nom.
Il est invariable.
De nombreux adverbes sont formés par dérivation, à l'aide du suffixe -ment.
S'il compte plus d'un mot, c'est une locution adverbiale.
Des adjectifs peuvent s'employer comme adverbes : par exemple « le Haut Conseil... », « parler haut » (adverbe).

     Ses fonctions
  • s'il modifie un adjectif ou un adverbe : il exprime le degré : dans la comparaison (comparatifs « plus », « moins », « aussi », superlatifs « le plus », « le moins ») ou dans l'intensité (forte – « très », « trop », « extrêmement »... –, moyenne – « assez », « moyennement », ... – ou faible – « peu », « à peine », ...–)
  • s'il modifie un verbe : il exprime le lieu (par ex. « ici »), la mesure (par ex. « lourd » ou « cher »), la manière (« adroitement », etc.), le degré (« moins », « plus », « peu », « beaucoup », etc.).
    Les adverbes interrogatifs concernent le temps (« quand »), le lieu (« où »), le moyen ou la manière (« comment »), le nombre (« combien »), et la cause (« pourquoi »).



     Prépositions

Comme les conjonctions de subordination, les prépositions introduisent des syntagmes subordonnés ; mais contrairement aux conjonctions, elles n'introduisent que des syntagmes (groupes) qui ont un statut nominal, sans être forcément nominaux par nature :

  • verbe (« sans rire »)
  • groupe verbal (« je parle à qui veut l'entendre », « attendons-nous à ce qu'il tombe »)
  • groupe nominal, ou pronominal (« avec joie », « sans lui »)

Les prépositions simples sont composées d'un seul mot (à, de, pour, avec, par, sur, etc.) ; les autres sont des locutions prépositionnelles, qui sont très nombreuses (au dessus de, à cause de, à la faveur de, etc.)

     Syntaxe des prépositions
Une proposition n'a aucune fonction en elle-même ; elle sert à introduire :
  • un complément du nom (« la grand blond avec une chaussure noire »)
  • un complément de l'adjectif (« bon à rien »)
  • un complément du verbe : complément circonstanciel (« je vais en ville avec un ami »), complément d'objet indirect (« je compte sur vous »), ou complément d'« objet second » (élément – chose ou personne – concerné par l'action : « j'emprunte un livre à ma sœur »)
  • un complément de la phrase (« Après un bon bain, il se sentit reposé. »)
     Sens des prépositions (en un seul mot) et des locutions prépositionnelles (formées de plus d'un mot)
  • lieu : « à », « de », « dans », « hors de », « après », « derrière », « devant », « entre », « par », « à côté de », « sur », « sous », « en dessous de », « au delà de », « en deçà de », etc.
  • temps : « après », « avant », « entre », etc.
  • moyen, manière, accompagnement : « par », « avec », « sans », « parmi », etc.
  • but : « pour »
  • cause : « par », « à cause de »
  • conséquence : « jusque », « jusqu'à »
  • Les prépositions « à » et « de » sont très polysémiques.



     Conjonctions

Une conjonction n'a aucune fonction en elle-même. Elle permet de relier (conjungere) deux éléments.

     Parataxe (coordination) et hypotaxe (subordination). Les conjonctions de cooordination servent à lier des éléments de même fonction ; les conjonctions de subordination lient des éléments de fonctions différentes.
     Les purs coordonnants « et », « ou » et « ni » peuvent coordonner des éléments de toute nature. En revanche, « mais », « car », « or » et « donc » ne peuvent coordonner que des phrases ou des propositions.
     Les conjonctions de subordination, comme leur nom l'indique, hiérarchisent des propositions entre elles.
Les conjonctions de subordination sont soit simples (« que », « quand », « si », « comme »), soit composées (« afin que », « parce que », etc.).
     Sens et emplois des conjonctions
  • « Que » (ou « qu' ») peut introduire une proposition complétive (c'est-à-dire complément d'objet, sujet, attribut, etc.). Ex. : « Je pense qu'il a tout avoué » : complément d'objet, « qu'il l'accepte serait surprenant », « il serait surprenant qu'il l'accepte » : sujets. Les interrogatives indirectes sont aussi des propositions complétives : « Je te demande pourquoi tu chantes », « Je te demande si tu chantes » (propositions compléments d'objet du verbe « demande ») ; elles sont introduites par « si » (pour une réponse en oui ou non) ou par un mot interrogatif (pourquoi, quand, qui, etc.).
  • Les conjonctions introduisent souvent des propositions circonstancielles : de temps (« quand », « lorsque », « dès que », etc.), de but (« pour que », « afin que »), de cause (« parce que », « puisque »), d'opposition (« bien que », « quoique », « même si », « alors que », ...), de condition (« si »), ou de conséquence (« tel que », « si bien que », « à tel point que »).
  • Les propositions comparatives sont introduites par « de même que », « ainsi que », « comme », « autant que », « tel que », « plus que », « moins que », « autrement que », ...