Page révisée le 1er décembre 2008
La vie spirituelle et intellectuelle se développe surtout en Grande-Bretagne et en Irlande (en 664, avec le synode de Whitby, la chrétienté romaine prend le pas sur la chrétienté celtique). Des moines venus de ces contrées essaiment dans l'Europe occidentale, en Germanie et en Italie notamment.
La circulation des œuvres est entravée par le morcellement politique de l'Europe, en royaumes ou en tribus, suite à l'effondrement de l'Empire romain d'Occident. Certes il y a l'Empire franc, qui s'accroît entre le VIe et le VIIIe siècle sous la dynastie des Mérovingiens ; mais cet Empire ne possède pas de véritable unité politique, en raison des partages familiaux, des rivalités, et des particularismes locaux.
Fait essentiel, et très perceptible sur la longue durée : le centre de gravité politique et culturel de l'Europe se déplace vers le nord, préparant la première translatio studiorum, celle de la Renaissance carolingienne.
Cette « Renaissance » est voulue par Charlemagne (768-814), qui rêve de reformer l'Empire romain (l'idéal impérial est toujours vivant), dans une Europe traversée, du VIe au XIe siècle, par de multiples migrations et invasions. L'unité culturelle de l'Empire se dessine par contraste avec les cultures avoisinantes : les Arabes, l'Empire byzantin, et les Germains. Il faut noter toutefois que la présence germanique dans la Romania, présence culturelle en particulier.
L'importance de l'Église romaine s'accroît. Elle se sépare de l'Église grecque, se place sous la protection des Mérovingiens (avec Pépin le bref, père de Charlemagne), et fournit des hommes cultivés, sachant lire et écrire. Un réseau d'écoles se développe, autour des abbayes. Par la politique, par la circulation des œuvres et la restauration des arts libéraux, un axe nord-sud, qui lie Aix-la Chapelle (capitale de l'Empire carolingien) et Rome, structure durablement l'Europe, et réalise le rêve d'une Romania unifiée politiquement et culturellement.
La première translatio studiorum du Moyen Âge est rendue possible par la renovatio imperii, la restauration de l'Empire. Cette « Renaissance » – comme on a coutume de la désigner – est dominée par la figure de l'anglais Alcuin (735-804), qui tente de réaliser, par l'enseignement et par l'enrichissement de la langue, l'idéal d'une excellence culturelle égale à celle des siècles classiques, en Grèce et à Rome. C'est donc une renaissance de l'Antiquité (Cicéron, Virgile, mais également Horace et Ovide), et la formation d'une culture commune, celle du Moyen Âge latin. De nombreux clercs viennent du nord-ouest de l'Europe (Irlande et Angleterre), mais le mouvement parcourt toute l'Europe occidentale, qui semble ainsi assimiler l'héritage de l'ancien envahisseur romain. Citons l'espagnol Théodulphe (mort en 821), ou l'italien Paul Diacre (mort en 799) par exemple. Mais on ne compte guère de Francs parmi les éminents humanistes de cette période...
Il va de soi que cette « renaissance » du savoir ne concerne qu'une élite de clercs. Charlemagne s'entoure de tout un groupe de lettrés (poètes, historiens, grammairiens, etc.), qui travaillent à faire de la langue latin la langue de l'Empire (cf. L'Empire d'un signe de Françoise Waquet). Les langues vernaculaires sont encore à leur balbutiement : il n'y a pas encore d'Europe culturelle sans latin... Le pouvoir du latin s'appuie sur les Pères latins, et notamment saint Augustin, qui avait affirmé l'excellence de trois langues (l'hébreu pour la loi divine, le grec pour la sagesse humaine, et le latin comme langue de l'État). Pour l'heure, la langue européenne, intellectuelle et liturgique, est uniquement le latin ; et l'unité religieuse de l'Empire carolingien peut s'appuyer sur une Vulgate (bible latine) unifiée par Alcuin.
La pratique de l'écriture se répand, au service de la copie des textes et de la diffusion des œuvres : c'est l'apparition de la « minuscule carolingienne ».
Enfin, la féodalité apparaît, et se développe après le règne de Louis le Pieux, profitant de l'émiettement de l'Empire. Cette structure sociale, apportée par les Germains, est aussi une économie, fondée sur la terre.
L'Empire de Charlemagne s'est divisé après la mort de celui-ci. L'Allemagne naît, en 911, de la dislocation de l'empire carolingien. On distingue l'empire franc à l'ouest, et l'empire germanique à l'est, qui s'étend jusque la Hongrie, après les conquêtes d'Henri Ier et d'Othon Ier (912-973). En 962, Othon Ier fonde le Saint Empire Romain Germanique, qui regroupe un certain nombre de royaumes (royaume de Germanie, royaume d'Italie, etc.)... À l'Empire franc et à l'Empire Germanique, il faut ajouter les États du Pape : entre le Pape et l'Empereur, les oppositions seront fréquentes tout au long du Moyen Âge.
Othon III, empereur germanique, mort en 1022, a pour Charlemagne une véritable vénération. Il veut, lui aussi, restaurer l'Empire romain ; fils d'Othon le roux, un Saxon, et d'une Grecque, Othon III est emblématique d'un certain cosmopolitisme. Les contacts avec Byzance se développent sous son règne, et la culture de l'Europe occidentale multiplie les contacts avec la culture byzantine. Mais ces contacts sont brutalement interrompus par le schisme de 1054 (le pape Léon IX est alors excommunié par le patriarche de Constantinople).
Il serait abusif de parler de « Renaissance othonienne ». Cependant la connaissance de l'Antiquité progresse réellement ; l'Antiquité reste le modèle, même si la littérature en langue populaire se développe. Ainsi, Aelfric traduit en anglo-saxon la grammaire latine de Priscien : le latin est le modèle des langues nationales émergentes. S'écrivent encore en latin des œuvres qui resteront très lues jusqu'au XVIIe siècle (surtout en Espagne, peu touchée par la Renaissance et la Réforme) : celles de Pierre Lombard et Hugues de Saint-Victor, notamment.
Le modèle social européen est le modèle « castral » : le territoire européen est très morcelé, surtout du côté occidental, divisé en comtés, où le souverain impérial a perdu tout pouvoir véritable. Une telle structure favorise l'épanouissement de la chevalerie : et avec la figure du chevalier se développer un imaginaire héroïque, répandu par les troubadours et les trouvères, et un imaginaire amoureux, l'amour courtois. Hugues Capet, à la fin du Xe siècle, redonne néanmoins une impulsion à l'Europe franque.
Face à l'Empire Germanique, la papauté affirme son empire religieux (avec notamment les réformes de Grégoire VII, dites « grégoriennes »), et son pouvoir se centralise : l'Église se dégage de la féodalité, en organisant les croisades. Aux angoisses millénaristes succède une immense vague de foi en Europe. Ce mouvement s'exprime et s'imprime dans la pierre : l'art roman veut renouer avec l'art « romain »...
L'Europe continentale prend de l'importance – en particulier la Saxe, avec ses nombreux monastères. Mais c'est la figure de Gerbert, un Franc devenu pape en 999 (c'est le premier pape franc), qui domine cette époque par son savoir. Malgré l'emprise de l'ignorance, jusque dans l'Église elle-même, son travail d'instruction est relayé par les nombreuses écoles qui se forment dans le sillage de l'abbaye de Cluny, fondée en 910.
L'agriculture se modernise (XIe s.), les villes se développent (XIIe s.), ainsi que les voies de communication; la bourgeoisie émerge.
La féodalité triomphante appuie son pouvoir sur un territoire morcelé en petits États, sur la fortification des châteaux, et sur le contrôle des marchés notamment. La bourgeoisie se développe ; mais elle s'épanouira pleinement à partir du XIIIe siècle.
L'Europe se divise dans la querelle des investitures, grâce à laquelle le clergé voit s'accroître son indépendance par rapport aux seigneurs, et le pape par rapport à l'Empereur. Cette querelle s'achève en 1122 par le concordat de Worms.
L'Europe chrétienne s'affirme de plus en plus fortement, par les croisades contre les « Infidèles » (la Turquie musulmane émerge au XIe siècle). La noblesse, de plus en plus lettrée, trouve dans la chevalerie une voie nouvelle, conforme à l'idéal proposé par l'Église.
L'influence intellectuelle et spirituelle de Cluny s'étend à toute l'Europe, jusqu'en Pologne, et même en Terre Sainte (« grâce » aux croisades...). L'année 1075 voit la fondation de l'abbaye bénédictine de Cîteaux, qui va à son tour donner naissance à un renouveau spirituel. Il n'est pas inintéressant de noter que l'Europe est en même temps hantée par l'idée de son propre déclin...
Le phénomène des « goliards » se développe : les goliards sont souvent des clercs, qui affichent leur hostilité à la chevalerie, et écrivent avec une grande liberté de tons et de thèmes ; la tonalité satirique se développe dans leurs écrits, souvent anonymes (comme dans le cas des Carmina burana. En 1289, l'Église interdit aux clercs d'être goliards...
La Renaissance intellectuelle du XIIe siècle se situe dans la continuité de la Renaissance carolingienne, avec laquelle elle présente de nombreux points communs (le latin est la langue culturelle par excellence ; on relit Cicéron, Virgile, Ovide, ...). Une poésie néo-latine s'épanouit, surtout autour des écoles épiscopales d'Europe du nord ; et l'on voit apparaître le phénomène de la rime. En philosophie et théologie, la figure dominante est celle de Pierre Abélard (1079-1142).
C'est dans un milieu urbain en pleine croissance que s'épanouit une nouvelle renaissance artistique, avec un nouveau style, le style gothique – et renaissance intellectuelle (dialectique d'Abélard, scolastique, enseignement des ordres mendiants).
La chevalerie poursuit son évolution : c'est l'âge d'or de la fine amor, conception non-chrétienne de l'amour, « amour de loin » – en même temps que, paradoxalement, l'amour physique ose davantage s'écrire.
Les ordres mendiants provoquent des conflits avec l'Université : le poète Rutebeuf, goliard, écrit toute une série de poème contre ces moines (franciscains, dominicains, augustins, carmes) qui exercent sur la société une emprise morale et intellectuelle croissante.
Le XVIIIe siècle est le siècle de Saint Thomas (dont l'influence s'étend jusqu'au XXe siècle), et de Jacques de Voragine (La Légende dorée)... Cependant, la littérature néo-latine se stéréotype, et marque un recul par rapport à l'effervescence du XIIe siècle. La nouveauté vient désormais essentiellement de la littérature en langues vernaculaires, par exemple en France méridionale et en Allemagne (la Chanson de Roland est lue et traduite, ainsi que les Nibelungen et la légende de Gudrun).
Le XIVe siècle est une période d'épidémies et violence (avec la Guerre de Cent ans). Les hérésies gagnent du terrain, l'hérésie cathare par exemple ; la société se sécularise, avec l'enseignement de la Sorbonne, et le développement des arts plastiques.
Une nouvelle « Renaissance » émerge en Italie, qui accompagne la montée en puissance de la bourgeoisie et les valeurs qui lui son associées, en particulier l'individualisme. C'est une nouvelle vision de l'homme qui s'impose petit à petit, mais aussi un nouveau regard sur la nature.
En même temps se développe l'idée de nation (XIVe-XVe siècles), et une littérature nationale, particulièrement brillante en Italie, avec Dante (1265-1321) puis Pétrarque (1304-1374).