Le péplum nouveau est arrivé !... Cette nouvelle superproduction hollywoodienne, réalisée par Zack Snyder, reconstitue la bataille des Thermopyles, en 480 avant Jésus-Christ. Attention, c'est un film d'action, non un documentaire : «Mon personnage a la rage dans le corps et il a été dressé pour tuer le roi Léonidas», affirme Robert Maillet, l'interprète d'Uber l'Immortel... Une rhétorique plus proche de Conan le Barbare que d'Hérodote ! C'est que l'inspiration est clairement empruntée à la bande dessinée (le film est l'adaptation d'une B.D. de Franck Miller, par ailleurs auteur de Sin City) et au jeu vidéo (Spartan: Total warrior, God of war). Violence et effets spéciaux sont au rendez-vous.
© Marie Fontana-Viala, François Gadeyne, Café pédagogique (mars 2007)
Le film, pour les amoureux de littérature grecque, n'est pas à mépriser : au récit d'Hérodote le cinéaste ajoute une dimension épique dont il emprunte des éléments à Homère (avec, par exemple, une saisissante traduction en images du ciel obscurci par les lances, familier aux lecteurs de l'Iliade).
La trame historique est globalement respectée, même si le contexte immédiat est seul pris en compte (il n'y a aucune allusion à la bataille de Marathon, ni à Darius par exemple) ; quant aux éléments de civilisation, ils méritent d'être notés, comme l'armement de l'hoplite ou l'aulos, cette flûte à deux anches, que l'on aperçoit avec plaisir ; ils méritent bien sûr d'être confrontés aux documents historiques (sur l'éducation spartiate ou ἀφωγή, ou encore l'armement). Quant à l'urbanisme de Sparte, il est réduit au minimalisme le plus absolu, par prudence sans doute...
De manière inévitable, bien des détails sont empruntés davantage au cinéma lui-même, voire à l'heroic fantasy, qu'à l'histoire grecque : c'est le cas tout particulièrement des monstres et créatures décervelées, mi-hommes mi-bêtes, directement inspirés par les orques et autres trolls des cavernes, qui accompagnent l'armée de Xerxès, ou encore d'Éphialte, le traître, qui est bel et bien présent chez Hérodote, mais qui ressemble étrangement au Golum du Seigneur des anneaux ! Ces images construisent un monde manichéen, où les affreux Perses (toujours laids) s'opposent aux braves Spartiates (presque toujours beaux, sauf le traître bien sûr !). Le cinéma américain récent nous aurait presque habitués à ce manichéisme, s'il ne trouvait pas ici une de ses plus ridicules caricatures, parfaitement conformes aux attentes des amateurs de jeux vidéos (la musique est là elle aussi pour le rappeler..., mais aussi une scène de bombardements qui conviendrait mieux à Starwars, ou encore la trame tout entière du film, qui s'achève par l'affrontement avec le boss, sans aucune surprise). Néanmoins, la représentation chorégraphique des scènes de combat, et des effets spéciaux parfois réussis, peuvent rendre le film malgré tout agréable, le plongeant dans une atmosphère onirique, poétisée par une gamme chromatique quasi identique tout au long du film (à base de noirs et de rouges).
Le monde visuel de Franck Miller fait donc du peplum tout autre chose que les autres films récents appartenant à ce genre (Gladiator, Troie, Alexandre) ; il s'agit ici, de toute évidence, de séduire un public épris d'une violence esthétisée mais sans fioritures...
Conséquence malheureuse : l'histoire d'amour par exemple apparaît vraiment comme un épisode obligé, sans aucune émotion. Au chapitre des maladresses, ajoutons les nombreux discours va-t-en-guerre, hyperboliques bien entendu, qui finissent par lasser comme dans Alexandre le Grand, le film d'Oliver Stone. À ces discours intempestifs s'ajoute une voix off désincarnée (on ignore qui parle), inutile le plus souvent, et qui rompt l'illusion par ailleurs soigneusement entretenue par l'image. Un exemple : un officier spartiate voit son fils décapité sous ses yeux ; fou de rage, il se précipite sur les ennemis en hurlant. La voix dit : « En voyant le corps sans tête de son propre fils, le capitaine rompt les rangs, fou furieux, ivre de sang » ! Mais peut-être s'agit-il de renseigner les spectateurs non-voyants ?
Au rang des plus atterrants échecs du film, citons encore Xerxès, pas du tout impressionnant, et pas du tout crédible en drag-queen au visage couvert de chaînes dont on se demande bien l'intérêt !...
Bibliographie :
Jean Malye, La Véritable histoire de Sparte et de la bataille des Thermopyles (anthologie commentée), Belles-Lettres, 2007