Les linguistes et la banlieue contre "notre belle langue"...

Le 27 octobre sur France culture, Alain Finkielkraut recevait un professeur et un prêtre-éducateur, pour parler de l'enseignement des Lettres. Pour cette édition de Répliques, la contradiction n'était pas de mise : autour du philosophe, qui se présente lui-même comme un « républicain grincheux », les deux invités entonnent en choeur le chant de la faillite de l'école publique.

Voici, pour y comprendre quelque chose, les présupposés : l'école doit avant tout transmettre savoirs et savoir-faire, enseigner un langage commun, et donner à l'acquisition des savoirs fondamentaux le temps et le rythme qui lui sont nécessaires. Jusqu'ici, tout va bien. Cependant, « notre belle langue » se meurt... Les linguistes s'en sont emparés, ils nous l'ont confisquée, ils ont voulu en priver nos enfants...

Je m'interroge une seconde : quel est l'objet de la linguistique ? Un mot peut avoir plusieurs sens ; un adjectif peut être objectif ou subjectif ; un énoncé ne peut se comprendre véritablement que dans son contexte ; il y a plusieurs manières de décrire, de rapporter des paroles ; un texte a une cohésion, etc. Faudrait-il ignorer le fonctionnement réel de la langue ? J'entends ici que « les linguistes » réduisent le langage à un système de combinaisons ; qu'ils empêchent de percevoir la richesse du monde (pour eux « le monde sensible n'existe pas »), qu'ils « disculpent la langue des banlieues », qu'ils traitent leurs adversaires de « puristes », et que la « purification ethnique » n'est pas loin... Je croyais savoir ce qu'était la linguistique : là, j'avoue que j'ai du mal à suivre cette fiction : les livres de Finkielkraut m'avaient habitué à plus de rigueur intellectuelle...

La linguistique (mais qui ? quel livre ? « tel livre d'un linguiste »...) serait donc responsable d'un divorce entre « notre belle langue » et la vie : défiguré par les sciences du langage, le français ne remplirait plus la fonction éducatrice qu'il devrait avoir. Il est vrai que la poétique est solidaire de la politique, l'écriture de la vie collective ; qu'écouter un texte avec intelligence, c'est se pénéter de ses enjeux. Mais en quoi la connaissance du fonctionnement de la langue fait-elle obstacle non seulement à cette conscience, mais aussi au plaisir littéraire, à l'émotion ?...

Admettons que la linguistique soit cette science formaliste, obscurantiste. Un exemple ? « Les parents connaissaient le sujet, le verbe, le complément, et voici le groupe verbal qui traverse le groupe nominal... » Il est vrai qu'une telle « traversée » est étrange, mais il y a fort à parier qu'elle sort de l'imagination de Jean-Marie Petitclerc... Quant aux « groupes » en question, est-il si absurde d'apprendre aux élèves que les mots se regroupent, et qu'un sujet, un complément, une proposition, ne se composent pas forcément d'un seul mot ? Qu'y a-t-il de révolutionnaire à cela ? Cet exemple est-il révélateur d'une technicité excessive ? Non, visiblement, mais la linguistique est la cause de tous les maux de l'enseignement littéraire, il faut l'admettre sans argument.

Les linguistes, les programmes, les manuels s'associent pour tuer le français. On cite (une fois de plus...) des « perles » dans tel ou tel manuel. Je ne comprends pas : ces exercices absurdes, qui existent en effet, sont-ils imposés par les programmes ?... Non. Les professeurs sont-ils obligés de choisir de mauvais manuels ?... Non. Un manuel fait-il autorité pédagogiquement ?... Non. Un manuel doit-il être suivi à la lettre, sans discernement ? Non. Alors ?...

D'autre part, pourquoi identifier, comme unique adversaire du français de Corneille, le « langage des banlieues » (ou, mieux encore, le « langage-banlieue », raccourci paresseux...) ? La standardisation de la langue n'a-t-elle pas bien d'autres origines, autant culturelles que politiques et économiques ? D'autre part, si un élève ne lit pas avec plaisir, est-ce vraiment la faute des « banlieues » ? Le phénomène est-il si surprenant, à l'ère de la publicité, de la téléphonie, des jeux vidéos, de la télé, d'internet, qui envahissent le marché, et les esprits ? Peut-on faire l'économie d'une réflexion sur la rapidité d'une telle évolution, et sur ses conséquences — fût-ce pour les déplorer ? Faut-il vraiment croire à un complot ?...

Violence du monde, « langage des banlieues », tyrannie de la linguistique, pédagogies nouvelles, manuels indigents : tout cela semble revenir au même. Les problèmes sociologiques et les problèmes pédagogiques coïncident parfaitement, pour le plus grand confort de l'esprit. Et si les choses étaient un peu plus complexes ? Et si la linguistique n'était pas totalement inutile ?...

Sur quelles pratiques pédagogiques le diagnostic des « républicains grincheux » peut-il déboucher ? La récitation, la dictée, et l'analyse logique. Certes, l'école a eu tort de négliger ces exercices, qui peuvent avoir leurs vertus. Mais pourquoi échapperaient-ils — hormis du fait qu'ils s'inscrivent dans une tradition, elle-même d'ailleurs assez récente — au formalisme que l'on reproche aux linguistes ? Par quel miracle pourraient-ils nous rendre « notre langue » ?

Pas plus que « notre théâtre », évoqué par Jacques Julliard dans un éditoral polémique l'été dernier, je ne sais ce qu'est « notre langue » quand les seuls modèles proposés sont Le Cid et « Demain dès l'aube... » — cette langue qui a pour seule antithèse, pour seul adversaire, le « langage des banlieues », synonyme de « vulgarité ». Quand Aragon écrit « Faire en français signifie chier » (ce sont les premiers mots du Traité du style), est-ce le « langage des banlieues » ?... Et Céline ?...« Notre langue » serait-elle morte au point de n'appartenir qu'à Corneille et à Hugo — à un Corneille et à un Hugo revus et corrigés par le sacro-saint Lagarde-et-Michard ?...

Au terme du raisonnement — à la fois confus et d'un simplisme extrême — se dégagent deux figures, alliées dans une guerre implacable contre « notre belle langue » : les linguistes et le « langage-banlieue ». Mais que sont les « banlieues » ? Des immeubles dégradés, bien sûr. « Même dans ces immeubles dégradés, je suis étonné du caractère bien tenu des appartements... » ; on n'y parle pas français, bien entendu : « Dans les banlieues, les enseignants sont les seuls à parler français... » Faut-il regretter une analyse grossière, univoque ? Non, car s'interroger sur cette question, c'est déjà faire preuve de démagogie, c'est donc ruiner l'autorité du professeur. « Personnellement, j'ai fait comme si ceci n'existait pas », affirme Cécile Revéret — en écho, involontaire, à la phrase de Finkielkraut au sujet des linguistes : « pour eux le monde sensible n'existe pas ». Beaucoup de bruit... pour du néant. « Nous, nous avons été caricaturés », déplore néanmoins Cécile Revéret !

« Être habité par ce qu'il a à dire » : telle est la condition, unique et suffisante, pour que le professeur soit « excellent » : il n'a qu'à parler. Le professeur authentique est un conférencier : cette vérité est formulée par Alain Finkielkraut. Quant aux programmes qui sauveront la pédagogie du pédagogisme, ils sortiront, paraît-il, des cogitations du SLECC et du GRIP : ces acronymes poétiques attestent déjà une belle imagination comique et une faculté d'autodérision, qui ne sauraient s'accomplir que dans la fusion complète de ces deux organismes, et de leurs noms.

En 2003, dans De Marivaux et du loft (P.O.L. 2003), Catherine Henri, professeur de français en « banlieue », racontait quelques expériences vécues dans sa classe... C'était juste et modeste, et, malgré la perplexité parfois et le découragement, cela donnait envie d'enseigner.




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Commentaires

NTM

Cher Monsieur,

Votre plume suffirait déjà à donner raison à ceux que vous critiquez.
Le langage des banlieues n'est pas une alternative, ni un enrichissement de la langue. Cette façon de parler est le reflet d'une évolution tragique du monde vers l'apauvrissement de tous les modes expressifs, à savoir les modes poétiques, sensuels, artistiques, juridiques et scientifiques. Céline utilisait des mots parfois rudes, San Antonio ne méprisait pas la vulgarité, Rostand lui-même flirtait avec l'audace, mais ils maîtrisaient tous parfaitement la langue.
Personne ne se formaliserait d'une "crudité" de langage. Je suis le premier à trouver de la richesse dans le vieux français, dans l'argot et même dans la langue des cités... L'ennui, c'est que la langue des cités n'est aujourd'hui qu'un témoin audible de la détresse et de la médiocrité d'une société. Nous n'en sommes plus aux "crudités" ! Nous en sommes aux "salades".

Quel est le propos ?

Merci pour ce commentaire. Votre plume néanmoins vous trahit, et suffirait presque à vous donner tort !
Votre titre : souhaitez-vous susciter l'indignation en rappelant le nom de ce groupe de rap ? Vous attirez ainsi la discussion sur le terrain d'une polémique assez pauvre (le mot "polémique" étant pauvre lui-même dans son emploi journalistique, "la banlieue" n'y est pour rien cette fois...).
Votre propos : il s'attaque aux professeurs qui s'extasient devant ce que vous appelez "le langage des banlieues", jusqu'à le préférer à Céline ou à Rostand. Trouvez un professeur dans ce cas, et je vous donnerai raison ; mais vous risquez de le chercher longtemps ! Si votre métaphore culinaire est très jolie, elle fait donc chou blanc. En revanche, l'équation suivante est bien attestée :
"langage des banllieues" + linguistique + pédagogies nouvelles = violence et antisémitisme
... Et, comme elle est aussi absurde que dangereuse, elle mérite d'être critiquée. Elle repose sur une ignorance conjuguée des banlieues et des codes (au pluriel) qui s'y développent, mais aussi de la linguistique elle-même (considérée comme "formaliste", ce mot étant pris dans son acception la plus... pauvre), et enfin des pédagogies nouvelles... Bref, la confusion est complète.
Prendre parti ne suffit pas. On peut défendre "notre belle langue" contre les ennemis de l'intérieur ; mais que recouvre et que signifie le possessif "notre" ?... Quel regard suppose-t-il sur l'étranger proche de nous ? On peut détester le "parler-banlieue", mais ce code linguistique est-il si isolé ? Quelles sont ses frontières ? Est-il une cause ou un effet ? Quand on reproche à la linguistique de "disculper le langage des banlieues", s'est-on demandé de quelle faute (en latin culpa) il s'agit au juste, et qui est vraiment fautif ? On accable la linguistique : s'est-on demandé quel était son objet, a-t-on lu un seul livre de linguiste ? Faudrait-il cesser d'étudier le fonctionnement de la langue ?... Quand on critique l'enseignement de la grammaire, serait-il indécent de s'assurer qu'on en maîtrise soi-même les rudiments (les compléments d'objet ne sont pas une nouveauté...) ? Surtout ne perdez pas trop de temps à vous poser ces questions : les réponses pourraient faire s'évaporer les certitudes sur lesquelles vous êtes confortablement assis.
J'ignore si le "langage des banlieues" est un enrichissement, mais les querelles superficielles et les partis pris grossiers n'enrichissent personne - intellectuellement du moins.

VOUS AVEZ DIT POLEMIQUE ?

Me suis-je si mal fait comprendre ?
Je ne me place ni dans le champ de la linguistique, ni de la pédagogie, ni de la sociologie. Je suis un scientifique et le propos des "bouseux de la gueule" comme les appelait Céline m'indisposent.
La langue et les mathématiques sont des dispositifs de communication. Personne ne peut discuter cela !
Il ne fait aucun doute qu'entre la "chanson de Roland" et "L'itinéraire de Paris à Jérusalem", le français n'a cessé de progresser dans sa capacité d'exprimer une idée avec précision et nuance. Il est également clair qu'entre la numération égyptienne et le calcul tensoriel, les mathématiques n'ont cessé de progresser dans leur capacité de modéliser les phénomènes physiques et naturels.
Mon propos consiste, non pas à dire mais à affirmer que l'invasion du français par la langue des banlieues, de même que l'usage des calculettes et l'ostracisme des démonstrations en mathématiques conduit ses deux langages à perdre leur pertinence de communication et ramène progressivement et sensiblement la civilisation vers les débuts du néolithique.
Vous avez dit : "multiculturalisme" ? Foutaise ! Il n'y a pas des cultures mais UNE civilisation et elle est universelle. La déclaration des droits de l'homme, le discours de Condorcet, l'école républicaine (la vraie), l'addition, la multiplication sont universels. Les cultures (occidentale, orientale, sioux, etc...) ne sont que des nationalismes détournés, proches de l'esprit religieux. Elles sont pittoresques tout au plus et doivent être prises pour ce qu'elles sont !
La Civilisation n'est pas un concept contingent !
Je ne divinise pas le Français de Chateaubriand. Par contre j'affirme avec force que les échanges culturels n'ont de sens que s'ils élèvent la civilisation à un plus haut degré d'accomplissement. L'infusion de la langue des banlieues dans la langue française n'a donc de sens que dans le cadre stricte d'une intégration rigoureuse et régulée, en aucun cas sauvage.
J'affirme avec tout autant de force - et les palabres n'y changeront rien - qu'un Français de 2009 s'exprime CONSIDERABLEMENT moins bien qu'un Français de 1965 (paysan ou sorti de l'ENA) et je ne parle pas de stylistique, mais de capacité d'exprimer une idée de façon précise. L'adoption du langage des cités par nos jeunes contemporains ne fait que trahir la stérilité de leur propre apprentissage et la facilité que représente pour eux, un idiome primitif dénué de toute nuance et de syntaxe complexe. En terme clair : la faillite totale de l'enseignement !!!!
Que cette langue des cités soit truculente ne change rien à son inanité !
J'affirme avec encore plus de force que 99% des professeurs de Français ne connaissent plus Rostand, Céline ou Molière et qu'il n'est donc pas étonnant qu'ils aient quelque inclination pour l'argot et ses facilités.
On peut, Monsieur, rejeter le classicisme mais il ne faut pas comparer la Bataille d'Hernani avec la bataille qui se livre aujourd'hui dans les banlieues. En rejetant Corneille, Hugo nous offrait une immense richesse littéraire. En rejetant les règles, le vocabulaire et le subjonctif, les banlieues nous donnent un parfait exemple de profonde régression d'une civilisation.
Mais j'entends déjà les commentaires : élitisme = fascisme = antisémitisme.
Et bien, non Monsieur, je ne suis pas antisémite et j'ai au nombre de mes amis les plus chers, de nombreux Juifs et quelques Arabes, et même des Belges. Aucuns ne sont religieux !
Bien à vous

Incompris...

Votre sentiment de "mal vous faire comprendre" s'explique très simplement : vous me prêtez des idées qui ne sont pas les miennes, et vous vous étonnez par conséquent que je n'y fasse pas écho. Je vous réponds néanmoins aussi méthodiquement que possible :
- "Je ne me place ni dans le champ de la linguistique, ni de la pédagogie, ni de la sociologie."
C'est dommage, car c'était justement le sujet de l'émission Répliques, et c'était le sujet de ce billet... D'où ma question, de nouveau : "Quel est le propos ?"... La liberté d'un blog a ses inconvénients !
- "Je suis un scientifique et le propos des "bouseux de la gueule" comme les appelait Céline m'indisposent."
Il faudrait préciser en l'occurrence votre cible, ce qui serait intéressant. Est-ce qu'en refusant un discours simpliste et en invitant à la réflexion et à la nuance, on se range dans le camp des baratineurs et des coupeurs de cheveux en quatre ? Finkielkraut lui-même ne vous suivrait pas sur ce terrain...
- La suite de votre propos assimile le "progrès" du français et le "progrès" de la science, et vous prenez l'exemple des mathématiques. Je regrette, mais il n'y a pas de progrès dans l'histoire d'une langue : le modèle standard est sans doute plus complet et plus efficace que la physique newtonienne, mais le français de Gide n'est pas plus performant que celui de Mme de la Fayette... C'est un étrange préjugé. Quant à imaginer que l'invasion du langage des banlieues viendrait ruiner ce beau progrès, c'est une idée délirante ! Vous vous vantez de ne pas parler de linguistique, mais vous en parlez quand même et pour énoncer des énormités.
- "Un idiome primitif dénué de toute nuance et de syntaxe complexe. En terme clair : la faillite totale de l'enseignement !!!!"
Les quatre points d'exclamation n'y changent rien : l'enseignement n'est pas la cause du phénomène que vous croyez dénoncer. Il est confronté à un problème considérable, et bien malin qui possède la solution miracle. La récitation de "Demain dès l'aube" en a peut-être les apparences, mais ce n'est qu'une illusion. Bien sûr, il ne faut pas renoncer à la récitation pour autant... Mais le problème pédagogique est compliqué, et exige des solutions pédagogiques...
- "Que cette langue des cités soit truculente..." "On peut, Monsieur, rejeter le classicisme..." "Mais j'entends déjà les commentaires : élitisme = fascisme = antisémitisme..."
Vous manquez étrangement votre cible : vous semblez avoir davantage besoin de vous défouler que de débattre. Pour ma part où ai-je écrit que la langue des cités était truculente ? Si vous voulez mon avis elle est une source d'invention verbale que nous aurions tort de juger bêtement comme "sauvage"; ce qui est problématique, c'est la pauvreté du lexique : parfois quelques centaines de mots seulement chez certains élèves. Encore une fois, dans le cadre de l'enseignement, c'est un problème pédagogique. Si vous n'avez pas d'idée à proposer, évitez de juger les enseignants. Cela dit, je vous rassure, si vous vous sentiez seul : au café de la gare ceux qui pensent comme vous sont légion.
Qui rejette les classiques ? Ce site leur est intégralement consacré... Y avez-vous jeté un œil ? Avez-vous seulement lu son titre ? C'est un inconvénient d'internet : nous atterrissons sur des pages que nous lisons très rapidement (c'est visiblement votre cas !) sans regarder plus loin.
Votre équation sur l'élitisme est un pur retournement de celle que je dénonce. "C'est celui qui le dit qui l'est ?"...

Auto-commentaire : Répliques du 10 mai 2008

Quelques mois après l'émission dont ce billet était l'écho, Alain Finkielkraut, au cours d'une nouvelle (une de plus !) émission consacrée à mai 68, le 10 mai 2008, affirme : "je n'ai en général jamais (sic !) invité deux personnes qui étaient d'accord avec moi, quelquefois il y en avait une qui était d'accord avec moi, et très souvent, comme dans cette configuration, j'invitais deux personnes qui... disons... ne partageaient pas mes vues." L'émission du 27 octobre sur l'école est un démenti flagrant.
Par ailleurs, cette même émission du 10 mai est introduite par Finkielkraut - tout comme l'émission de décembre 2007, consacrée au même sujet - sous l'angle, non pas des générations, mais de l'âge... Alain Finkielkraut a vieilli, il a pris quarante ans, et cela le déprime...
Après cette introduction narcissique, centrée exclusivement sur un "moi" que le vieillissement, la mort et la jeunesse angoissent également, l'entretien est interrompu par un collectif de jeunes, au discours certes maladroit ; mais, en guise de résistance, le philosophe "réplique"... : "je m'en fous, putain", lance-t-il, avant d'ajouter "Vous avez une attitude de goujats", de les traiter de "pauvres types", de "vichyssois", puis un peu plus tard, de "crétins" et de "méchants"... C'est un moment de radio étonnant, où le philosophe, qui prétend incarner le discours du sens, se lance dans un discours inaudible, où se mêlent une profonde angoisse, le souvenir obsédant de la shoah qui réapparaît au seul mot de "mort" ("mort aux croque-morts !" ont en effet lancé les jeunes...), et, finalement, une solitude presque gênante pour l'auditeur : car le roman personnel d'Alain Finkielkraut se déroule pratiquement sous nos yeux, un roman délirant et un complot universel où se bousculent l'affaire Jérôme Kerviel, le nazisme, le "culturel", la remise en cause du redoublement, "la pression égalitaire", et bien d'autres choses encore...

Les linguistes et la banlieue contre "notre" belle langue

Excellent article raisonnable, clair, intelligent et modeste.
Un très très grand merci.
amp
IA-IPR retraitée

Points communs...

Je viens de découvrir votre lettre sur le Café Pédagogique ; merci beaucoup, j'ai l'impression que nous ne sommes pas les seuls, à l'AFEF (Association française des enseignants de français) à nous élever contre les facilités et raccourcis très en vogue actuellement. Je m'empresse de faire un lien sur notre site http://www.afef.org à moins que vous n'y voyiez un inconvénient.
Bien cordialement,
Viviane Youx, présidente de l'AFEF

Finkielkraut et autres élitistes

Vos commentaires sont très pertinents. Je trouve d'ailleurs ridicule l'extase bébête de la prof de sauver les lettres dans l'émission de Finkielkraut parce qu'un élève a récité "demain dès l'aube". On est plein de profs de français à faire apprendre du Hugo et il n'est pas difficile dans un collège ZEP comme le mien de trouver qq élèves qui disent des textes à merveille. Faire réussir tous les élèves, établir des passerelles entre leurs cultures et la culture classique, c'est une autre paire de manches. Et puis, Hugo, c'est celui quand meme qui réclamait qu'on mette un bonnet rouge au vieux dictionnaire et qui a écrit que "les portes du passé étaient définitivement fermées". J'ai pour ma part, militant pédagogique, de longues années d'expérience d'un travail difficile, mais passionnant, qui reste optimiste malgré tout, de "passeur culturel" (cf. mon ouvrage Transmettre une culture à tous les élèves, crdp d'amiens et crap-cahiers pédagogiques, www.cahiers-pedagogiques.com) et j'enrage de voir les élitistes simplistes tenir le haut du pavé en voulant faire croire que les pédagogues ne s'intéressent pas à la culture classique. Ces derniers le font, mais pas avec des discours hésitant entre le vertige de l'effusion lyrique et les pleurs "admirables" des pseudo-paradis perdus (l'enseignement du français que j'ai eu au lycée dans les années 60 ne suscite aucun regret chez moi).
Continuez votre réflexion vigoureuse
JM Zakhartchouk, rédacteur aux cahiers pédagogiques et prof de collège

REGRETS

L'enseignement que vous avez reçu ne vous laisse sans doute aucun regret, Monsieur, mais il vous laisse au moins des souvenirs. Rendez-vous compte - avec modestie - que vous écrivez admirablement bien et que vous le devez aux années 60 ! Aucuns de vos élèves n'écrira jamais comme vous !

Quels regrets ?

L'arborescence semble indiquer que votre commentaire s'adresse à la réponse de J.-M. Zakhartchouk. Il me semble que vous substituez au débat une considération d'ordre purement chronologique. Jusqu'aux années 60, l'enseignement était bon, depuis il ne l'est plus - et il ne le sera plus à l'avenir, sauf bien entendu à ressusciter l'enseignement d'autrefois. Non seulement le message de notre collègue était plus juste et plus fin, mais il parlait du fond, et son propos n'est pas tant de prendre parti dans une grossière querelle des anciens et des modernes qui ne mène nulle part, que de tenter de rendre possible l'enseignement des classiques. Et c'est un métier, croyez-moi.