Les noms, les cas et les déclinaisons

1. Le nom

En plus de sa signification qui lui est propre, un nom possède :

  • un genre : féminin, masculin ou neutre. « Les formes fléchies, c'est-à-dire déclinées, du nom indo-européen opposaient deux genres : l'animé (masculin-féminin) et l'inanimé (neutre). Cette opposition a été conservée en grec. » (J. de Romilly, M. Trédé, Petites Leçons sur le grec ancien, Stock, p. 62) Le grec joue subtilement des différences entre les genres, différences définies plus grossièrement en français où « le neutre est masculin » (C. Lévi-Strauss, cité par J. de Romilly et M. Trédé, ibid.). « Les grecs [...] jouent avec le sexe des noms. » (J. Bertrand, Nouvelle grammaire grecque, Ellipses, p. 36)
  • un nombre : singulier, pluriel, mais aussi (plus rarement) duel, s’il y a deux entités ;
  • un cas (voir ci-dessous).

Par exemple :
πῦρ « feu ». Le radical est πυρ-.
πυρός : la terminaison -ος nous apprend que le mot est au génitif (notion de provenance, voir ci-dessous) et au singulier. Elle permet ainsi de donner une situation au nom, qui sans cela serait en apesanteur dans la phrase.

2. Les cas

Pourquoi des cas ? En grec, « cas » se dit πτῶσις (action de tomber), et en latin, casus, qui a le même sens. Pour comprendre ce mot il faut partir du nominatif, qui est la forme normale du nom. Quand un mot se « décline » (κλίνεται), il s’éloigne de cette ligne droite, donc il « tombe »... On utilise même l’image d’une chute « directe » pour le vocatif et l’accusatif (« cas directs »), et d’une chute « oblique » pour le génitif et le datif, « cas obliques ». Un mot peut « tomber » dans une phrase de différentes manières : comme sujet, comme objet, comme destinataire, comme situation locale ou temporelle, etc. Ce qui nous donne cette information, c’est la désinence, c’est-à-dire la fin du mot. Ainsi, au singulier, est la désinence de l’accusatif, la désinence du datif. Ce qui précède la désinence est le « thème » ; ainsi, dans le mot μῦθος, -ς est la désinence, et μῦθο- est le thème.

  • Le nominatif :
    « Le nominatif n’est pas un cas, mais la base sur laquelle s’organise la flexion » (J. Humbert) : un mot au nominatif est simplement « nommé ». Un mot est au nominatif quand il occupe la fonction de sujet, ou quand il se superpose au sujet (épithète, attribut, apposition au sujet).
  • Le vocatif : proche morphologiquement du nominatif, dont la grammaire antique ne le distinguait pas clairement, il correspond à l’apostrophe (appel, interpellation : latin vocare, appeler).
  • L’accusatif : il désigne soit l’objet (du latin causa « la chose ») : c’est la fonction complément d’objet ; soit une extension, dans l’espace (accusatif complément de lieu, indiquant la destination), ou dans le temps (accusatif complément de temps, indiquant la durée).
  • Le génitif : il désigne l’appartenance, la participation, ou l’origine. La racine -gen-, en latin comme un grec, et donc en français, désigne l’origine : genèse, géniteur, gène, etc.
  • Le datif : il désigne le bénéficiaire d’un don (latin dare « donner »), et le destinataire, de manière plus générale. Mais le datif englobe aussi la situation (dans le temps ou dans l’espace), ainsi que le moyen et la manière, car il a hérité les fonctions de certains cas disparus de la morphologie : le locatif (situation dans le temps ou dans l’espace), et l’instrumental (moyen ou manière).


Fonctions correspondant aux cas

Remarques préalables :

  • Il faut revenir aux sens premiers de chaque cas, pour comprendre quelles fonctions il traduit.
  • Un certain nombre de verbes se construisent avec un complément d’objet au génitif ou au datif : en effet, ce que nous considérons comme « objet » n’était pas forcément perçu comme tel en grec.
    Par exemple, le complément d’objet du verbe κατηγορέω-ῶ « accuser » est au génitif, ainsi que celui du verbe ἀκούω « écouter » quand il désigne la personne que l’on écoute.
NOMINATIF Sujet, et tout ce qui s’y rapporte : apposition, attribut du sujet.
VOCATIF Apostrophe
ACCUSATIF Complément d’objet
Mouvement dans l’espace : direction (« vers », « dans », ...)
Extension dans le temps : durée (« pendant »)
Mouvement dans la pensée : accusatif de relation (« relativement à », « quant à »)
GÉNITIF Relation (de chose à chose, de personne à personne): complément du nom (génitif « adnominal »)

Éloignement, origine (ablatif indo-européen) : complément de lieu (« de », « hors de », « loin de », ...)

Génitif partitif (ex. en français : « l’un d’entre nous »)

DATIF Destinataire (ou, plus largement, celui qui est concerné par l’action) : donc le plus souvent, complément d’attribution (dit aussi « d’objet second »)

Instrumental (cas indo-européen disparu) : complément de moyen, de manière

Locatif(cas indo-européen disparu) : situation, dans l’espace ou dans le temps (à distinguer de l’accusatif : direction ou durée). Donc complément de lieu ou de temps

Le génitif est le cas le plus complexe. Mieux vaut garder à l'esprit sa valeur première, exprimée par le mot « génitif » lui-même ; les emplois multiples seront assimilés grâce à l'expérience de la lecture.
À ses valeurs premières, on ajoutera :

  • le complément du superlatif (ex. : « le meilleur d’entre nous »)
  • le complément du comparatif (ex. : « meilleur que nous ») en concurrence avec la préposition .
  • le complément de temps (notamment avec la préposition ἐπί), pour indiquer une date en particulier.
  • le complément d’agent (avec la préposition ὑπὸ) : par exemple « accusé par le roi ».
  • le chef d’accusation : « accusé de vol ».
  • le génitif exclamatif : « moi, un voleur ! ».
  • le complément d'objet de certains verbes ou adjectifs.
  • le génitif absolu, avec un participe et un substantif : voir page sur le participe.


3. Les déclinaisons

Un nom comporte :

Les noms se répartissent en trois déclinaisons. Chaque déclinaison se caractérise :

  • par des radicaux différents (par exemple, ceux de la première déclinaison se terminent tous par un α ou un η)
  • par la présence (2e déclinaison) ou par l'absence (1e et 3e déclinaisons) d'une voyelle thématique
  • par des variantes dans les désinences, malgré des points communs entre les trois déclinaisons.