| Vie de Périclès, XXIV |
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Ἐκ τούτου γενομένων σπονδῶν Ἀθηναίοις καὶ Λακεδαιμονίοις εἰς ἔτη τριάκοντα, ψηφίζεται τὸν εἰς Σάμον πλοῦν, αἰτίαν ποιησάμενος κατ' αὐτῶν ὅτι τὸν πρὸς Μιλησίους κελευόμενοι διαλύσασθαι πόλεμον οὐχ ὑπήκουον. Ἐπεὶ δ' Ἀσπασίᾳ χαριζόμενος δοκεῖ πρᾶξαι τὰ πρὸς Σαμίους, ἐνταῦθα ἂν εἴη καιρὸς διαπορῆσαι μάλιστα περὶ τῆς ἀνθρώπου, τίνα τέχνην ἢ δύναμιν τοσαύτην ἔχουσα τῶν τε πολιτικῶν τοὺς πρωτεύοντας ἐχειρώσατο καὶ τοῖς φιλοσόφοις οὐ φαῦλον οὐδ' ὀλίγον ὑπὲρ αὑτῆς παρέσχε λόγον. Ὅτι μὲν γὰρ ἦν Μιλησία γένος, Ἀξιόχου θυγάτηρ, ὁμολογεῖται· φασὶ δ' αὐτὴν Θαργηλίαν τινὰ τῶν παλαιῶν Ἰάδων ζηλώσασαν ἐπιθέσθαι τοῖς δυνατωτάτοις ἀνδράσι. Καὶ γὰρ ἡ Θαργηλία τό τ' εἶδος εὐπρεπὴς γενομένη καὶ χάριν ἔχουσα μετὰ δεινότητος, πλείστοις μὲν Ἑλλήνων συνῴκησεν ἀνδράσι, πάντας δὲ προσεποίησε βασιλεῖ τοὺς πλησιάσαντας αὐτῇ, καὶ ταῖς πόλεσι μηδισμοῦ δι' ἐκείνων ὑπέσπειρεν ἀρχὰς δυνατωτάτων ὄντων καὶ μεγίστων. Τὴν δ' Ἀσπασίαν οἱ μὲν ὡς σοφήν τινα καὶ πολιτικὴν ὑπὸ τοῦ Περικλέους σπουδασθῆναι λέγουσι· καὶ γὰρ Σωκράτης ἔστιν ὅτε μετὰ τῶν γνωρίμων ἐφοίτα, καὶ τὰς γυναῖκας ἀκροασομένας οἱ συνήθεις ἦγον ὡς αὐτήν, καίπερ οὐ κοσμίου προεστῶσαν ἐργασίας οὐδὲ σεμνῆς, ἀλλὰ παιδίσκας ἑταιρούσας τρέφουσαν. Αἰσχίνης δέ φησι καὶ Λυσικλέα τὸν προβατοκάπηλον ἐξ ἀγεννοῦς καὶ ταπεινοῦ τὴν φύσιν Ἀθηναίων γενέσθαι πρῶτον, Ἀσπασίᾳ συνόντα μετὰ τὴν Περικλέους τελευτήν. Ἐν δὲ τῷ Μενεξένῳ τῷ Πλάτωνος, εἰ καὶ μετὰ παιδιᾶς τὰ πρῶτα γέγραπται, τοσοῦτόν γ' ἱστορίας ἔνεστιν, ὅτι δόξαν εἶχε τὸ γύναιον ἐπὶ ῥητορικῇ πολλοῖς Ἀθηναίων ὁμιλεῖν. Φαίνεται μέντοι μᾶλλον ἐρωτική τις ἡ τοῦ Περικλέους ἀγάπησις γενομένη πρὸς Ἀσπασίαν. Ἦν μὲν γὰρ αὐτῷ γυνὴ προσήκουσα μὲν κατὰ γένος, συνῳκηκυῖα δ' Ἱππονίκῳ πρότερον, ἐξ οὗ Καλλίαν ἔτεκε τὸν πλούσιον· ἔτεκε δὲ καὶ παρὰ τῷ Περικλεῖ Ξάνθιππον καὶ Πάραλον. Εἶτα τῆς συμβιώσεως οὐκ οὔσης αὐτοῖς ἀρεστῆς, ἐκείνην μὲν ἑτέρῳ βουλομένην συνεξέδωκεν, αὐτὸς δὲ τὴν Ἀσπασίαν λαβὼν ἔστερξε διαφερόντως. Καὶ γὰρ ἐξιών, ὥς φασι, καὶ εἰσιὼν ἀπ' ἀγορᾶς ἠσπάζετο καθ' ἡμέραν αὐτὴν μετὰ τοῦ καταφιλεῖν. Ἐν δὲ ταῖς κωμῳδίαις Ὀμφάλη τε νέα καὶ Δηϊάνειρα καὶ πάλιν Ἥρα προσαγορεύεται. Κρατῖνος δ' ἄντικρυς παλλακὴν αὐτὴν εἴρηκεν ἐν τούτοις·
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Après ces événements, une trève de trente ans est conclue entre les Athéniens et les Lacédémoniens ; Périclès fait alors voter une expédition contre Samos, prétextant, pour s’attaquer à eux, qu’ils n’obéissaient pas à l’injonction de mettre fin à la guerre contre Milet. Mais puisque Périclès paraît avoir conduit l’affaire de Samos par complaisance pour Aspasie, ce serait le bon moment pour s’étendre tout spécialement sur ce personnage, sur les moyens et la puissance considérables par lesquels elle domina les hommes d’État les plus en vue, et par lesquels elle inspira aux philosophes un langage sans malveillance ni dédain à son égard. Qu’elle fût originaire de Milet, fille de d’Axiochos, tout le monde l’accorde ; et l’on raconte que, par jalousie pour Thargélia, une ancienne courtisane d‘Ionie, elle s’attaqua aux hommes les plus puissants. Et, de fait, Thargélia, dont la beauté avait été remarquable, et qui alliait grâce et habileté, vécut avec de très nombreux Grecs, gagna au Roi tous ceux qui l’avaient approchée, et répandit des ferments de médisme dans les cités, par l’intermédiaire de ces hommes, qui étaient les plus puissants et les plus considérables. Et certains disent qu’Aspasie fut recherchée par Périclès pour son intelligence et sa finesse politique ; et de fait, Socrate, partois, lui rendait visite avec ses amis, et les hommes de son entourage conduisaient chez elle leurs épouses, pour qu’elles l’écoutent, bien qu’elle exerçât une activité ni convenable ni respectable, et qu’elle éduquât de jeunes prostituées. Eschine, quant à lui, raconte que même Lysiclès, le marchand de moutons, dont la condition était humble et sans noblesse, parvint au premier rang des Athéniens, en vivant avec Aspasie après la mort de Périclès. Dans le Ménexène de Platon – même si le début est écrit sur le ton de la plaisanterie – il y a un élément qui relève de l’histoire : cette simple femme avait la réputation de côtoyer beaucoup d’Athéniens, à qui elle enseignait la rhétorique. Il semble, toutefois, que l’attachement de Périclès pour Aspasie ait relevé davantage de l’amour. En effet, il avait une épouse qui était une de ses parentes, et qui avait d’abord vécu sous le toit d’Hipponikos, dont elle avait eu Kallias le riche ; et auprès de Périclès elle mit au monde Xanthippe et Paralos. Ensuite, quand leur cohabitation ne fut plus agréable, il donna cette femme à autre homme, en accord avec sa volonté, et lui, prit Aspasie comme compagne et l’aima d’une tendresse particulière. Et en effet, quand il sortait – à ce qu’on dit – et rentrait de la place publique, il la saluait chaque jour avec un tendre baiser. Dans les comédies, on l’appelle la nouvelle Omphale, Déjanire, ou encore Héra. Et Cratinos la traite ouvertement de concubine, dans ces vers :
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Explication
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En 445, après diverses opérations militaires, dans le Péloponnèse et sur d’autres terrains d’opération, les hostilités entre Athènes et Sparte sont suspendues par la « paix de trente ans », que Plutarque évoque rapidement au début de ce chapitre. L’expédition contre Samos donne à l’historien l’occasionl’occasion – le moment opportun, le καιρός – de présenter longuement (διαπορῆσαι) le personnage d’Aspasie. Aspasie est la deuxième épouse de Périclès – à moins qu’elle ne soit une simple concubine, ce qu’il est difficile de déterminer (cf. Danielle Jouanna, p. 94 sq. ; référence ci-dessous). Ce personnage appartient à l’histoire, mais aussi à la légende. La longueur et la tonalité du développement témoignent de la fascination qu’exerce Aspasie, à l’époque même de Plutarque, et, sans doute, sur l’historien lui-même. Le récit passe par plusieurs étapes avant de présenter Aspasie aux côtés de Périclès : la rivalité avec Thargélia, les hommes célèbres qui la fréquentèrent (parmi lesquels Socrate), son union surprenante avec Lysiclès, son éloquence exceptionnelle, et, enfin, sa rencontre avec Périclès. Autant dire que ce récit ne suit pas exactement la chronologie, mais entend conduire au grand stratège athénien en partant des origines milésiennes de sa compagne.
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Le pouvoir d’Aspasie apparaît, dans ce passage tiré de la Vie de Périclès, comme le pouvoir même de l’amour ; Plutarque, moraliste et historien, parvient à déceler l’ἔρως derrière le λόγος. Ainsi, le λόγος (à la fois discours et raison), c’est le prétexte (αἰτία) allégué par Périclès pour justifier l’expédition de Samos ; mais c’est aussi le λόγος d’Aspasie, son éloquence. Derrière le λόγος, Plutarque dévoile l’ἔρως, la séduction, qui est aussi le versant irrationnel de la vie de Périclès. Il est amusant que l’apparition d’Aspasie dans le récit détourne quelque peu Plutarque de son propre récit – du λόγος historique - ; il conclut en effet ce développement par une digression sur une concubine (παλλακίς) de Cyrus, à laquelle celui-ci donna le nom d’Aspasie (il vaut la peine de lire à ce sujet les chapitres 26 et 27 de la Vie d’Artaxerxès, où Plutarque s’étend davantage sur cette autre Aspasie). Il s’excuse presque de céder à la tentation de l’association d’idées, qui est presque une rêverie sur le nom d’Aspasie. Ταῦτα μὲν ἐπελθόντα τῇ μνήμῃ κατὰ τὴν γραφὴν ἀπώσασθαι καὶ παρελθεῖν ἴσως ἀπάνθρωπον ἦν : « il eût sans doute été inhumain de repousser et d’omettre ces détails qui me sont revenus à la mémoire pendant que j’écrivais »... |
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Citation
Nicole Loraux, Les Enfants d'Athéna, Maspéro 1981 / Seuil 1990. Cette citation concerne les Athéniennes dans Lysistrata, la comédie d'Aristophane. Aspasie n'est pas tout à fait athénienne ! Mais, par ce qu'elle dit des femmes à Athènes, Nicole Loraux nous parle, aussi, d'Aspasie, femme et personnage de comédie...
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