Plutarque, Vie de Périclès. L'enseignement que reçut Périclès

Vie de Périclès, IV

Après un préambule en forme de réflexion sur la πρᾶξις qui doit suivre l’exemple de la vertu (ἀρετή), Plutarque aborde la jeunesse de Périclès. Il insiste d’abord plaisamment sur une disgrâce congénitale qui le frappe (la taille de son crâne), puis il envisage son éducation, sous l’angle de l’enseignement qu’il reçut de ses maîtres. Ceux-ci se nomment Damon, Zénon et Anaxagore : en peu de mots, Plutarque offre à son lecteur une synopsis de leurs doctrines respectives.

Texte grec


[1] Διδάσκαλον δ' αὐτοῦ τῶν μουσικῶν οἱ πλεῖστοι Δάμωνα γενέσθαι λέγουσιν, οὗ φασι δεῖν τοὔνομα βραχύνοντας τὴν προτέραν συλλαβὴν ἐκφέρειν· Ἀριστοτέλης δὲ παρὰ Πυθοκλείδῃ μουσικὴν διαπονηθῆναι τὸν ἄνδρα φησίν. [2] Ὁ δὲ Δάμων ἔοικεν, ἄκρος ὢν σοφιστὴς, καταδύεσθαι μὲν εἰς τὸ τῆς μουσικῆς ὄνομα, πρὸς τοὺς πολλοὺς ἐπικρυπτόμενος τὴν δεινότητα, τῷ δὲ Περικλεῖ συνῆν καθάπερ ἀθλητῇ τῶν πολιτικῶν, ἀλείπτης καὶ διδάσκαλος. [3] Οὐ μὴν ἔλαθεν ὁ Δάμων τῇ λύρᾳ παρακαλύμματι χρώμενος, ἀλλ' ὡς μεγαλοπράγμων καὶ φιλοτύραννος ἐξωστρακίσθη καὶ παρέσχε τοῖς κωμικοῖς διατριβήν. [4] Ὁ γοῦν Πλάτων καὶ πυνθανόμενον αὐτοῦ τινα πεποίηκεν οὕτω·

«Πρῶτον μὲν οὖν μοι λέξον, ἀντιβολῶ·
σὺ γὰρ, ὥς φασι, Χείρων ἐξέθρεψας Περικλέα.»

[5] διήκουσε δὲ Περικλῆς καὶ Ζήνωνος τοῦ Ἐλεάτου πραγματευομένου περὶ φύσιν, ὡς Παρμενίδης, ἐλεγκτικὴν δέ τινα καὶ δι' ἀντιλογίας κατακλείουσαν εἰς ἀπορίαν ἐξασκήσαντος ἕξιν, ὥσπερ καὶ Τίμων ὁ Φλιάσιος εἴρηκε διὰ τούτων·

«Ἀμφοτερογλώσσου τε μέγα σθένος οὐκ ἀλαπαδνὸν
Ζήνωνος, πάντων ἐπιλήπτορος.»

[6] Ὁ δὲ πλεῖστα Περικλεῖ συγγενόμενος καὶ μάλιστα περιθεὶς ὄγκον αὐτῷ καὶ φρόνημα δημαγωγίας ἐμβριθέστερον, ὅλως τε μετεωρίσας καὶ συνεξάρας τὸ ἀξίωμα τοῦ ἤθους, Ἀναξαγόρας ἦν ὁ Κλαζομένιος, ὃν οἱ τότ' ἄνθρωποι Νοῦν προσηγόρευον, εἴτε τὴν σύνεσιν αὐτοῦ μεγάλην εἰς φυσιολογίαν καὶ περιττὴν διαφανεῖσαν θαυμάσαντες, εἴθ' ὅτι τοῖς ὅλοις πρῶτος οὐ τύχην οὐδ' ἀνάγκην διακοσμήσεως ἀρχήν, ἀλλὰ νοῦν ἐπέστησε καθαρὸν καὶ ἄκρατον ἐν μεμιγμένοις πᾶσι τοῖς ὅλοις, ἀποκρίνοντα τὰς ὁμοιομερείας.

Traduction

« [1] On dit le plus souvent que son maître de musique fut Damon — dont il faut, indique-t-on, prononcer le nom en abrégeant la première syllabe — , mais Aristote indique que c'est auprès de Pythoclidès qu'il travailla à la musique. [2] Il semble que Damon, qui était un sophiste éminent, se soit dissimulé derrière le nom de la musique, cachant aux yeux de tous son habileté, et il s'occupait de Périclès comme d'un athlète de la politique, en le frottant d'huile et en l'entraînant. [3] Pourtant, on découvrit que Damon utilisait la lyre comme prétexte ; il fut ostracisé pour excès d'ambition et amour de la tyrannie, et prêta le flanc aux quolibets des comiques. [4] Ce qui est sûr, du moins, c'est que Platon a représenté un personnage qui l'interroge en ces termes :

« Dis-moi donc d'abord, je t'en prie ; car tu es,
à ce qu'on dit, le Chiron qui éleva Périclès... »

[5] Mais Périclès suivit aussi l'enseignement de Zénon d'Élée, qui traitait de la nature comme Parménide, mais s'était consacré à une discipline dialectique qui, par des antinomies, plongeait ses adversaires dans l'embarras — comme le dit quelque part également Timon de Phlious, par ces mots :

« Grande est la puissance, dénuée de faiblesse, de l'homme à la double langue,
Zénon, qui l'emporte sur tous. »

[6] Mais celui qui s'occupa le plus de Périclès, celui qui l'entoura le plus de grandeur et de noblesse d'âme, qualités trop sérieuses pour la conduite du peuple — celui qui, pour tout dire, éleva et exalta la dignité de son caractère, fut Anaxagore de Clazomène, que les hommes de ce temps appelaient Esprit, soit qu'ils aient admiré son intelligence considérable et extraordinaire, qui s'était révélée dans l'étude de la nature, soit parce que, le premier, il établit que, pour l'univers, le principe de l'organisation du monde n'était pas le hasard, ni la nécessité, mais l'esprit, pur et sans mélange, qui distingue dans tous les éléments du tout mélangés, les parties semblables.



Explication

Déroulement des étapes

L’énumération des trois διδάσκαλοι se fait par ordre d’importance : la présentation de Damon (du §1 διδάσκαλον… au §4, …Περικλέα) paraît surtout anecdotique, et s’achève par la mention de son ostracisme, vers 444. L’enchaînement avec Zénon (§5, Διήκουσε δέ…) se fait par une simple coordination ; l’angle adopté est ici plus philosophique, mais cette philosophie semble tomber dans la sophistique. Troisième et dernier penseur évoqué par Plutarque (§6, de Ὁ δὲ πλεῖστα... à la fin, ὁμοιομερείας) : Anaxagore, auquel il accorde un plus grand respect, et dont la mention se prolonge dans le paragraphe qui suit, et dans l’anecdote de la corne de bélier, au chapitre VI.


Problématique

Plutarque se plaît à mêler les questions historiques et les problèmes philosophiques, comme il l’a fait dans la préface de ce Περικλῆς (chapitres I et II). Mais ici la philosophie fait partie intégrante du récit. Comment la philosophie (jusqu’aux aspects métaphysiques évoqués à la fin de ce passage) s’intègre-t-elle dans le récit, et quel sens Plutarque souhaite-t-il lui donner dans le cadre de son écriture historique ? Ce chapitre IV, suivi dans son déroulement propre, apporte en lui-même une réponse particulière à cette question.

Ie partie. Damon


Plutarque commence par le maître de musique. Il inscrit son propos dans une tradition, qu’il mentionne prudemment (οἱ πλεῖστοι λέγουσιν, « on dit généralement que… ») ; à λέγουσιν fait aussitôt écho φασι « on dit », qui permet à Plutarque de donner une précision sur la façon dont il faut prononcer le nom de Δάμων. Peut-être le fait-il pour le distinguer d’autres personnages, quasi-homonymes, avec lesquels il a le souci que le lecteur ne le confonde pas ; peut-être aussi suggère-t-il discrètement une étymologie, rattachant le nom de ce personnage au verbe δαμάω-ῶ « soumettre, dompter ». L’hypothèse de Pythoclidès, attribuée sans doute par erreur à Aristote, introduit pour la troisième fois une pensée rapportée, avec, de nouveau, le verbe φησίν. La mention erronée d’Aristote montre que Plutarque, qui se retranche ici derrière ses sources, attache peu d’importance à la précision historique sur les points qui n’intéressent pas directement sa réflexion ; il fait preuve ici simplement de curiosité philologique.

Derrière les apparences, la réalité : l’art du musicien dissimule l’art du sophiste. La rencontre de la σοφία (le savoir-faire des sophistes) et de la μουσική en un seul homme, Damon, fait écho au mot d’Antisthène sur Isménias, joueur de flûte, et à la remontrance de Philippe II à son fils (« n’as-tu pas honte de jouer si bien ? »), tous deux rapportés au chapitre I. La place de la musique dans l'éducation traditionnelle athénienne est bien attestée ; il semble même que cet enseignement soit plus ancien que celui des Lettres. Mais Plutarque a exprimé son point de vue dans sa préface : il est loin d'être élogieux, et même la cithare, intrument noble par excellence, n'échappe pas au discrédit. La pratique de la musique, alliée à la dissimulation, participe d'un portrait plutôt péjoratif, qui s'achève par la mention du sort réservé à Damon : l’ostracisme.

Plutarque, néanmoins, reste prudent, comme le montre ἔοικεν dans la continuité des verbes déclaratifs (λέγουσιν, φασι). La métaphore gymnique par laquelle Plutarque désigne l’enseignement de Damon (ἀθλητῇ τῶν πολιτικῶν « un athlète de la politique » ; ἀλείπτης, « celui qui oint d’huile ») est un lieu commun sur la παιδεία « l’éducation », et sur la καλοκἀγαθία ; elle associe l’entraînement du corps, et celui de l’esprit.

La rumeur est encore présente dans le texte de Plutarque, avec οὐκ ἔλαθεν (§ 3) « il n’échappa pas que, on s’aperçut que », puis avec la διατριβή, « les sarcasmes » des poètes comiques. Ces sarcasmes font directement écho à ceux que Périclès a lui-même subis, et qui sont rapportés dans le chapitre précédent (III). Cette phrase est importante, car elle donne peut-être la clé des citations comiques que Plutarque a rapportées avec humour : la διατριβή a une dimension politique, mise en valeur par la coordination de ἐξωστρακίσθη et παρέσχε τοῖς κωμικοίς διατριβήν... La présentation de Damon s’achève par une citation du comique Platon (qui doit être distingué du philosophe, mais qui se situe à la même époque) ; de façon parallèle, au paragraphe suivant, une citation de Timon de Phlious achèvera l’évocation de Zénon. À cette portée politique, il faut ajouter une portée historiographique, celle que développe Plutarque à la fin du chapitre XIII : les auteurs comiques, contemporains des personnes qu'ils ridiculisent, manquent du recul nécessaire à l'historien. Or, seul Anaxagore est épargné par les διατριβαί...

Deuxième partie. Zénon d’Élée


La mention de Zénon est introduite par une simple coordination (δέ), renforcée par le καί adverbial, « aussi ». Cette articulation ne suggère pas une supériorité considérable de Zénon sur Damon.

Zénon fait partie des « Éléates », avec Parménide. Son enseignement, désigné par le participe πραγματευομένου « traitant de », forme une figure dérivative avec l’adjectif μεγαλοπράγμων qui qualifiait auparavant Damon. Cet écho, l’extension assez vague de la racine πραγ- (le verbe πράττω « présente en principe une orientation subjective » selon Chantraine, évidente dans μεγαλοπράγμων), et l’acception commerciale du verbe πραγματεύεσθαι, attestée chez Plutarque (« faire du négoce » : Benvéniste, Le Vocabulaire des institutions indo-européennes, vol. 1, p. 144-145), ne plaident pas en faveur d'une grande noblesse l’enseignement de Zénon — enseignement que Plutarque réduit d'ailleurs aussitôt à sa dimension sophistique. Il semble bien que, malgré les apparences, Damon et Zénon aient été plus proches, dans l’axiologie développée par Plutarque dans sa préface, des δημιουργοί, des artisans, que de la sagesse d’Anaxagore.

Le versant philosophique de l’œuvre de Zénon est donc réduit à la portion congrue : un thème (περὶ φύσιν, « sur la nature ») et une comparaison avec un autre penseur (ὡς Παρμενίδης, « comme Parménide »). En revanche, Plutarque s’étend davantage sur la rhétorique paradoxale de Zénon d’Élée, rhétorique qu’il présente de façon tortueuse, par des syntagmes enchevêtrés (ἐλεγκτικὴν δέ τινα καὶ δι' ἀντιλογίας κατακλείουσαν εἰς ἀπορίαν ἐξασκήσαντος ἕξιν) — coïncidence du fond et de la forme, qui permet au lecteur de toucher presque du doigt la difficulté des fameux paradoxes de Zénon.

De nouveau, la référence au διδασκαλός s’achève par une citation caustique, cette fois de Timon. Timon est un philosophe sceptique du IIIe siècle avant J.-C. Plutarque oppose plaisamment l'humour et la philosophie, selon une tradition bien attestée à laquelle Timon appartient, et que Lucien illustrera bientôt à son tour ; elle lui permet de ridiculiser — en empruntant la parole de l’autre, à l’instar des φασι rencontrés au §1 — les penseurs qui ne lui paraissent pas convenir à la figure exemplaire de Périclès (la notion de πρέπον est implicite). Le programme historiographique dessiné en II.5 semble imposer une ligne, et tout ce qui est inférieur à l’ἀρετή (la « valeur ») sort du πρέπον, de la « convenance », et s’attire naturellement le rire.



Troisième partie. Anaxagore


De nouveau, Plutarque recourt à la coordination pour articuler le nom d’Anaxagore avec le précédent ; et il emploie de nouveau le verbe σύνειμι « assister », déjà utilisé plus haut à propos de Damon (συνῆν, §2). Néanmoins, il donne à la figure d’Anaxagore un statut particulier, grâce aux superlatifs πλεῖστα et μάλιστα, et grâce à l’attente du nom, énoncé avec solennité : Ἀναξαγόρας ἦν ὁ Κλαζομένιος.

Avec Anaxagore cessent les saillies des auteurs comiques, remplacées par un respect universel (οἱ τοτ’ ἄνθρωποι Νοῦν προσηγόρευον « tous les hommes [l’]appelaient Νοῦς », c’est-à-dire « Esprit »). La pensée d’Anaxagore semble s’élever au dessus de la sphère du politique, où s’exerce le talent des poètes comiques : la dignité et la gravité (ὄγκον... καὶ φρόνημα) de cet enseignement excèdent en effet la mesure de la δημαγωγία. Le mouvement ascendant, ébauché par le comparatif ἐμβριθέστερον, est confirmé par les deux participes, μετεωρίσας « ayant élevé » et συνεξάρας « ayant exalté », quasiment synonymes. Plutarque accumule les mots appartenant au lexique de la morale : ὄγκον, φρόνημα, ἀξίωμα, ἤθους. Avec Anaxagore, l’histoire rencontre la philosophie, ce qui n’était pas le cas avec Damon et Zénon. Anaxagore est la porte par laquelle Périclès entre dans l’esprit même des Vies parallèles : il n’est pas étonnant que la préface philosophique des chapitres I et II soit située avant le récit de la vie de Périclès, et non ailleurs.

Il n’y a plus de place, ici, ni pour la dissimulation (παρακαλύμματι, § 3) ni pour l’équivoque (ἀμφοτερογλώσσου, § 5). Le surnom d’Anaxagore, qui suit immédiatement son nom dans la phrase, est justifié par deux raisons parfaitement convergentes : ces deux hypothèses font écho, et s'opposent, par la hauteur du propos, à celles qui ont été formulées au sujet du maître de musique. Au contraire de ces notations anecdotiques, les hypothèses sur le surnom d’Anaxagore font converger vers ce personnage les causes les plus élevées qui puissent produire l’admiration.

La première hypothèse est, précisément, celle de l’admiration (θαυμάσαντες « ayant admiré ») pour l’« intelligence » σύνεσις du philosophe, intelligence qui s’oppose à l’« attitude » (ἕξιν, §5) dialectique de Zénon. Par sa clarté et par son éclat (διαφανεῖσαν, « s’étant révélé »), elle s’oppose à la fois à l’ambiguïté des paradoxes de Zénon, et à l’hypocrisie de Damon. Les mots qui précisent la nature et l’ampleur de cette intelligence font entendre une grande cohérence musicale (isocôlon et homéotéleute entre μεγάλην « considérable » et περιττήν « extraordinaire », homéotéleute entre φυσιολογίαν « science de la nature » et διαφανεῖσαν « s’étant révélée »). Au πραγμανευομένου περὶ φύσιν de Zénon, s’oppose la σύνεσις (intelligence, qui est, étymologiquement, capacité à rassembler, à réunir, συνίημι, et non pas à séparer, au contraire des ἀντιλογίαι de Zénon, mentionnées plus haut). Cette intelligence qui se révèle se distingue de celle de Damon, qui se cachait, et de l’habileté paradoxale de Zénon, comme la maîtrise souveraine à l’artifice et au bricolage, l’ordre au désordre, la clarté à l’équivoque énigmatique, le πρέπον à la bizarrerie.

Or, c’est précisément sur la notion d’ordre, de κόσμος (présente dans le substantif δια-κοσμ-ήσεως) que s’achève la phrase, plus longue que les deux mouvements précédents. Le second εἴτε introduit une subordonnée de cause, ample, qui donne à l’ensemble de la phrase une cadence majeure. Cette subordonnée comporte elle-même deux parties : l’une, négative, repousse à la fois l’argument du hasard et celui de la nécessité (τύχην « le hasard » et ἀνάγκην « la nécessité » sont coordonnés par οὐδέ, et associés par l’homéotéleute) ; la deuxième « établit » (ἐπέστησε) l’esprit (νοῦν) comme ἀρχή διακοσμησέως, « principe de l’ordre universel ». Dans ce second mouvement, νοῦν est qualifié par la paronomase καθαρὸν καὶ ἄκρατον « pur et sans mélange », qui rend sensible l’unité parfaite de l’« esprit » ; à l’unité du νοῦς s’ajoute son universalité (τοῖς ὅλοις, repris par l’expression πᾶσι τοῖς ὅλοις), qui est l’universalité même de la philosophie d’Anaxagore. Cette dernière étape, qui est le point d’orgue de ce passage, se distingue par son ampleur, par l’abstraction des concepts utilisés, et par la rigueur musicale de sa construction.

L’impression de cohérence est habilement construite, grâce aux mots que leur sens et leurs sonorités rapprochent, grâce aux mouvements binaires au niveau de la phrase et dans chacun des syntagmes qui la constituent, mais aussi grâce à la cadence majeure qui amplifie l’apodose. La phrase s’achève par une référence aux ὁμοιομερείαι (les « homéomères », ou « éléments similaires »), terme abstrait destiné à produire une forte impression. La phrase qui suit énonce clairement l’admiration (θαυμάσας) de Périclès, qui est à rapprocher de celle des autres contemporains d’Anaxagore, par le polyptote θαυμάσαντες-θαυμάσας.

En une phrase, Plutarque parvient à résumer la philosophie d’Anaxagore : le mélange des homéomères dans l’univers primordial, de « toutes les choses ensemble » (πᾶσι τοῖς ὅλοις) et leur séparation sous l’action de l’Intellect (fragment B XII) ; mais il le fait par une présentation construite et claire.




Récapitulation

L’exposé sur les διδασκαλοί révèle une gradation évidente, de Damon à Anaxagore. La fin, particulièrement brillante, donne le sentiment qu’un sommet dans la pensée est atteint, sommet qui hisse Anaxagore et son disciple Périclès au dessus des péripéties politiques — péripéties que l'historien ne se privera pas, néanmoins, de relater.



Conclusion

Entouré de tels maîtres, Périclès deviendra l’homme cultivé et éloquent que dépeint également Thucydide. Ce personnage — comme celui d’Alexandre, par exemple — est pour Plutarque un sujet d’étude idéal : c’est un grand homme dont la vie comporte, plus que d’autres, une dimension philosophique. Il permet ainsi d’associer le νοῦς et la πρᾶξις, tous deux unis par le même φρόνημα, la même « gravité », et habités par une pensée supérieure.




© François Gadeyne.