Les noms de la déclinaison en α / η

La première déclinaison est, globalement, l'univers du féminin. Il regroupe aussi la plupart des notions abstraites, et certains mots masculins. Contentons-nous de noter que la notion de « genre » demeure, pour nous, très problématiques, car cette notion a beaucoup évolué, et le « sexe » de tel ou tel nom n'a pas la même signification pour tous et à toutes les époques.

Par commodité, observons simplement les mots de la première déclinaison : elle regroupe (voir la page : noms, cas et déclinaisons) les mots dont le radical se termine par un α. Quelques nuances doivent être faites :

  • Le α peut être long ou bref.
  • Dans les mots en α long, cet α se ferme en η (ex. νύμφη), sauf s’il est précédé d’un ρ, d'un ε ou d'un ι (ex. ἀρ). Mais ce η se rouvre en α au pluriel (ex. νύμφαι).
  • Dans les mots en α bref, ce phénomène ne se présente qu’aux cas obliques (génitif et datif) : par exemple, σίβυλλα « la sibylle » donne σιβύλλης au génitif singulier.

Les formes suivantes valent pour le dialecte attique. Le grec ionien généralise le η, et les autres dialectes généralisent le α.

Les tableaux ci-dessous comprennent l’article : cet article (« le », « la », « les ») est un déterminant, dans toute la plénitude de ce mot : il fixe des limites au nom, et désigne une réalité particulière, concrète. À l'origine, en effet, l'article était un démonstratif.
Il se décline en genre, cas et nombre. Attention, sa désinence n'est pas forcément identique à celle du mot qu'il détermine... ( νύμφη, « la nymphe », 1e déclinaison - ὁδός., « le chemin », 2e déclinaison - ἔρις, « la querelle », 3e déclinaison).

1. Les mots féminins

Mots en α long
ex.: ἡ ἀρά, « la prière »
Mots en η
ex. : ἡ νύμφη, « la nymphe »
Mots en α bref
ex. : ἡ εὐσέβεια : « la piété »
Mots en α bref/η
ex. : ἡ σίβυλλα, « la sibylle »
singulier ἡ ἀρά
   ἀρά
τὴν ἀράν
τῆς ἀρᾶς
τῇ ἀρᾷ
ἡ νύμφη
    νύμφη
τὴν νύμφην
τῆς νύμφης
τῇ νύμφῃ
ἡ εὐσέβεια
    εὐσέβεια
τὴν εὐσέβειαν
τῆς εὐσεβείας
τῇ εὐσεβείᾳ
ἡ σίβυλλα
    σίβυλλα
τὴν σίβυλλαν
τῆς σιβύλλης
τῇ σιβύλλῃ
pluriel αἱ ἀραί
    ἀραί
τὰς ἀράς
τῶν ἀρῶν
ταῖς ἀραῖς
αἱ νύμφαι
    νύμφαι
τὰς νύμφας
τῶν νυμφῶν
ταῖς νύμφαις
αἱ εὐσέβειαι
    εὐσέβειαι
τὰς εὐσεβείας
τῶν εὐσεβειῶν
ταῖς εὐσεβείαις
αἱ σίβυλλαι
    σίβυλλαι
τὰς σιβύλλας
τῶν σιβυλλῶν
ταῖς σιβύλλαις


Quelques remarques sur ces mots :

  • ἀρά : « prière », et au pluriel « imprécations, malédictions ». Personnifiées, les Ἀραί sont des divinités vengeresses, invoquées par exemple dans la tragédie de Sophocle Œdipe à Colone. Par son étymologie, ce mot est sans doute à mettre en relation avec le latin orare « prier ».
  • νύμφη signifie d’abord « jeune femme », avant de désigner une divinité de rang inférieur, attachée le plus souvent aux sources. Les Latins rapprochaient ce mot de nubere « épouser » et de l’adjectif nubilis.
  • εὐσέβεια : la piété, formé à partir du verbe σέβω « être pieux », c’est-à-dire, en grec, respectueux des croyances et coutumes sacrées. Le contraire de l’εὐσέβεια est l’ἀσέβεια, l’« impiété ».
  • σίβυλλα, « la sibylle », est une prophétesse, que la tradition a successivement située à plusieurs endroits (en Orient, puis en Occident, à Cumes). L’adjectif « sibyllin » vient de τὰ σιβύλλεια, les « livres sibyllins ».


2. Les mots masculins

Les mots masculins de la première déclinaison sont moins nombreux que les féminins ; au singulier, ils empruntent à la deuxième déclinaison la désinence du nominatif et la désinence -ου du génitif. Les mots appartenant à ce groupe attestent une certaine porosité entre les déclinaisons, mais aussi entre les genres.

Mots en α
ex. : ὁ νεανίας : « le jeune homme »
Mots en η
ex. : ὁ μύστης : « le myste » (initié aux mystères)
singulier ὁ νεανίας
    νεανία
τὸν νεανίαν
τοῦ νεανίου
τῷ νεανίᾳ
ὁ μύστης
    μύστα
τὸν μύστην
τοῦ μύστου
τῷ μύστῃ
pluriel οἱ νεανίαι
    νεανίαι
τοὺς νεανίας
τῶν νεανιῶν
τοῖς νεανίαις
οἱ μύσταί
    μύσταί
τοὺς μύστας
τῶν μυστῶν
τοῖς μύσταις


Remarque sur μύστης :

  • Le mot νεανίας vient de νέος « nouveau », « jeune ».
  • Ce mot vient du verbe μύω « se fermer » (d’où μύωψ « qui ferme les yeux », myope). Le μύστης se distingue de l’ἐπόπτης, celui qui voit, le contemplateur (avec la même racine οπ- que dans μύωψ). Le « myste » est peut-être celui qui garde les yeux et la bouche fermés, qui garde le secret sur le culte. Le « culte à mystère » se dit μυστήριον ; l’adjectif qui se rapporte au μύστης est μυστικός, qui a donné « mystique ».