| Fragments de poèmes Texte associé : le poème 51 de Catulle à lire ici. |
Dessin de Gustave Moreau (détail) |
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Fragment 30 ... nuit... ... et les jeunes filles... ... célébrant tout la nuit... ... chantent ton amour et celui de la mariée à la ceinture violette. [...] Mais éveille-toi, jeune homme, avance-toi vers ceux de ton âge, [pour que moins] que l'oiseau à la voix mélodieuse nous voyions le sommeil. Fragment 31 Fragment 118 Fragment 136 Fragment 153 Fragment 185 Fragment d’origine incertaine |
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Fragment 30 |
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| νύκτ[...].[. | ||||
| πάρθενοι δ[ | ||||
| παννυχίσδοι[σ]αι [ | ||||
| σὰν ἀείδοισ[ι]ν φ[ιλότατα καὶ νύμ- | ||||
| φας ἰοκόλπω. | ||||
| ἀλλ᾽ ἐγέρθεις ἠϊθ[ε | ||||
| στεῖχε σοὶς ὐμάλικ[ας | ||||
| ἤπερ ὄσσον ἀ λιγύφω[νος | ||||
| ὔπνον [ἴ]δωμεν. | ||||
| Fragment 31 | ||||
| Φαίνεταί μοι κῆνος ἴσος θέοισιν | ||||
| ἔμμεν ὤνηρ, ὄστις ἐναντίος τοι | ||||
| ἰσδάνει, καὶ πλάσιον ἆδυ φωνεί- | ||||
| σας ὑπακούει | ||||
| καὶ γελαίσας ἰμερόεν, τό μ’ἦ μάν | ||||
| καρδίαν ἐν στήθεσιν ἐπτόαισεν· | ||||
| ὡς γὰρ <ἔς> σ’ ἴδω βροχέ’ ὥς με φώνη- | ||||
| σ’ οὐδὲν ἔτ' εἴκει· | ||||
| ἀλλὰ †κὰμ† μὲν γλῶσσα †ἔαγε†, λέπτον | ||||
| δ’ αὔτικα χρῶι πῦρ ὐπαδεδρόμακεν, | ||||
| ὀππάτεσσι δ' οὐδὲν ὄρημ', ἐπιβρό- | ||||
| μεισι δ' ἄκουαι, | ||||
| †ἐκαδε† μ’ ἴδρως κακχέεται, τρόμος δέ | ||||
| παῖσαν ἄγρει, χλωροτέρα δὲ ποίας | ||||
| ἔμμι, τεθνάκην δ' ὀλίγω 'πιδεύης | ||||
| φαίνομ’ ἔμ’ αὔται. | ||||
| ἀλλὰ πᾶν τόλματον, ἐπεὶ †καὶ πένητα† | ||||
| Fragment 118 | ||||
| ἄγι δή χέλυ δῖά †μοι λέγε† | ||||
| φωνάεσσα † δὲ γένεο† | ||||
| Fragment 136 | ||||
| ... ἦρος ἄγγελος ἰμερόφωνος ἀήδων ... | ||||
| Fragment 153 | ||||
| … πάρθενον ἀδύφωνον ... | ||||
| Fragment 185 | ||||
| … μελίφωνος ... | ||||
| Fragment d'origine incertaine | ||||
| ... διὸ καὶ Σαπφὼ περὶ μὲν κάλλους αἴδουσα | ||||
| κάλλιεπής ἐστι καὶ ἡδεῖα... |
Aide à la lecture
fragment 31
Fragment 118
Fragment 153
Bref commentaire
Cent versions du poème 31 de Sappho (éditions Allia)...La voix est source et expression du désir ; elle est presque un substitut du contact charnel. Sappho célèbre la voix de la personne aimée, déclinant les adjectifs composés formés sur le mot ἡ φωνή « la voix » : λιγύφωνος « à la voix mélodieuse », qualifie la voix du rossignol (fragment 30), qui chante beaucoup et dort peu ; l'adjectif λιγύς signifie « au son clair, pénétrant, aigu » (Chantraine ; cf. poème 70, où figure l'adjectif λίγηα « au timbre clair », et l'expression λιγύραν [ἀοὶ]δαν, « le chant clair », dans les fragments qui composent la pièce 103 du recueil). Dans le fragment 136, le rossignol est ἰμερόφωνος, « à la voix (chargée) de désir » ; le fragment 153 présente une jeune fille ἀδύφωνον « à la voix douce », et le fragment 185 se réduit à ce seul mot : μελίφωνος , « à la voix de miel »...
Le poème se fait chant : Sappho y fait chanter sa lyre, qualifiée de φωνάεσσα, « sonore », adjectif dérivé lui aussi de ἡ φωνή. La chant fait résonner la voix de la poétesse et celle de son instrument de musique à l'unisson de celle de l'être aimé ; la poésie se fait ainsi la voix du désir. Mais c'est un idéal... Le poème 31 parle au contraire de la difficulté de parler, pour la femme amoureuse.
Ce poème 31 commence par évoquer la voix d'une femme ou d'une jeune fille : autant (voire plus) que la voir, Sappho désire l'entendre. Heureux qui « l'entend parler », φωνείσας ὑπακούει et rire γελαίσας (γελάω-ῶ rire). Cette voix et ce rire frappent (ἐπτόαισεν) de passion le cœur du sujet amoureux. Mais cette passion est si forte qu'elle la prive de toute parole : ὥς με φώνησα οὐδὲν ἔτ' εἴκει, « il ne m'est plus possible de parler », κάμ... γλῶσσα ἔαγε, « ma langue s'est brisée » (ἡ γλῶττα « la langue »). Les vers suivants énumèrent d'autres symptômes : mais le silence est le premier.
La fascination de Sappho pour la voix et pour la poésie conçue comme un chant se transmet par les images (celle du rossignol, par exemple, qui deviendra un lieu commun) et par l'intensité du désir exprimé ; mais c'est aussi par la musique des vers qu'elle peut se communiquer au lecteur : par de subtiles allitérations, et par une métrique originale : la fameuse « strophe saphique » peut s'observer dans le poème 31.
La poésie exprime le rêve d'un chant partagé, où les voix se répondent, celle de l'amante et celle de l'aimée ; mais elle exprime aussi la douleur du désir. Toutefois, même pétrifié par le désir, le cœur se fait entendre grâce au poème, ne serait-ce que pour chanter l'impossibilité de parler. Le poème 31 est cité par le pseudo-Longin (auteur du début de l'Empire romain), dans son traité Du Sublime : ce poème, qui représente fidèlement les tourments de la passion, est sublime par « le choix des traits dominants » (ἡ λῆψις... τῶν ἄκρων) et par « leur réunion en un seul poème » (ἡ εἰς ταὐτὸ συναίρεσις). Dans la poésie européenne, cette description des symptômes de l'amour sera souvent imitée : dans l'Antiquité, par Théocrite par exemple et surtout Catulle ; au seizième siècle, par les poètes de la Pléiade ou les poètes lyonnais comme Louise Labé...
Pour le plaisir, voici une traduction de Nicolas Boileau (qui traduisit le Traité du sublime, dans lequel le poème 31 est cité) :
Heureux! qui près de toi, pour toi seule soupire :
Qui jouit du plaisir de t'entendre parler ;
Qui te voit quelquefois doucement lui sourire.
Les Dieux dans son bonheur peuvent-ils l'égaler ?Je sens de veine en veine une subtile flamme
Courir par tout mon corps, sitôt que je te vois :
Et dans les doux transports où s'égare mon âme,
Je ne saurais trouver de langue, ni de voix.Un nuage confus se répand sur ma vue.
Je n'entends plus : je tombe en de douces langueurs ;
Et pâle, sans haleine, interdite, éperdue,
Un frisson me saisit, je tremble, je me meurs.Mais quand on n'a plus rien, il faut tout hasarder, etc.
À lire
© François Gadeyne.