| Grégoire de Nazianze à Basile de Césarée, lettres 1 et 2 (voir aussi la lettre V de St Grégoire à St Basile : « Je te respire plus que l'air... ») |
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Nous sommes en 361 après J.-C. Après ses études à Athènes, Grégoire est rentré chez lui, à Nazianze, en Cappadoce. Basile souhaite associer Grégoire à l’existence monastique à laquelle tous deux ils aspiraient. Grégoire néanmoins hésite à quitter ses livres, et sa famille (en particulier son père, Grégoire). Il propose à Basile un compromis... |
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Lettre de Grégoire à Basile (lettre I, texte intégral) |
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Ἐψευσάμην, ὁμολογῶ, τὴν ὑπόσχεσιν συνέσεσθαὶ σοι καὶ συμφιλοσοφήσειν καθομολογήσας ἐκ τῶν Ἀθηνῶν ἔτι καὶ τῆς ἐκεῖσε φιλίας καὶ συμφυΐας· οὐ γὰρ ἔχω τι τούτων εἰπεῖν οἰκειότερον. Ἐψευσάμην δὲ οὐκ ἑκών, ἀλλὰ νόμου νόμον νικήσαντος, τοῦ θεραπεύειν κελεύοντος τοὺς γεννήτορας τὸν τῆς ἑταιρείας καὶ συνηθείας. Οὐ μὴν παντάπασι ψεύσομαι, ἂν τοῦτο αὐτὸς καταδέξῃ· τὰ μὲν γὰρ ἡμεῖς σοι συνεσόμεθα, τὰ δὲ αὐτὸς ἡμῖν θέλησον, ἵν’ ᾖ τὰ πάντα κοινὰ καὶ τὸ τῆς φιλίας ὁμότιμον. Οὕτω γὰρ ὑπάρξει καὶ τὸ τούτους μὴ λυπεῖν καὶ τὸ σοῦ τυγχάνειν. |
J'ai failli, je te l'accorde, à ma promesse d'être à tes côtés et de mener avec toi une vie de sage, comme j'en étais convenu depuis Athènes, et depuis notre amitié et notre complicité de là-bas ; car je n'ai pas d'autre mot plus approprié que ceux-là à utiliser. Mais si j'ai failli, ce n'est pas de mon plein gré, mais parce qu'une loi l'a emporté contre une autre loi : celle qui commande de prendre soin de ses parents, sur celle de la camaraderie et de l'attachement Pourtant, je ne serai pas complètement en faute, si tu acceptes, de ton côté, cette proposition : tantôt c'est nous qui serons près de toi, mais, parfois, consens toi aussi à nous rejoindre, pour que tout entre nous soit commun, et qu'un égal honneur soit rendu à l'amitié. Ainsi, j'accorderai mes deux exigences : ne pas chagriner mes parents, et te retrouver. |
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Dans sa réponse (qui n'a pas été conservée), Basile critique la Tibérine où réside Grégoire – à Arianze, près de Nazianze, en Cappadoce. Grégoire réplique aussitôt, en raillant la vie citadine qu’il mène à Césarée, sa ville natale, où il enseigne la rhétorique. Cette existence, en effet, est en contradiction avec son goût pour l’érémitisme... |
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Lettre de Grégoire à Basile (lettre II, texte intégral) |
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Οὐ φέρω τὴν Τιβερινὴν ἐγκαλούμενος καὶ τοὺς ἐνταῦθα πηλοὺς καὶ χειμῶνας, ὦ λίαν ἄπηλε σὺ καὶ ἀκρόβαμον καὶ τὰς πλάκας κατακροαίνων, ἢ ὑπόπτερε σὺ καὶ μετάρσιε καὶ τῷ Ἀβάριδος ὀϊστῷ συμφερόμενε, ἵνα καὶ Καππαδόκης ὢν φεύγῃς τὰ Καππαδοκίας. Ἦ ἀδικοῦμεν ὅτι ὑμεῖς μὲν ὠχριᾶτε καὶ στενὸν ἀναπνεῖτε καὶ μετρεῖσθε τὸν ἥλιον, ἡμεῖς δὲ λιπῶμεν καὶ κορεννύμεθα καὶ οὐ περιγεγράμμεθα; Ἀλλ’ οὐ ταῦτα ὑμῖν ἐστι. Τρυφᾶτε δὲ καὶ πλουτεῖτε καὶ ἀγοράζετε· τοῦτο οὐκ ἐπαινῶ. Ἢ τοίνυν παῦσαι τοὺς πηλοὺς ὀνειδίζων ἡμῖν (οὔτε γὰρ τὴν πόλιν σὺ δεδημιούργηκας, οὔτε τοὺς χειμῶνας ἡμεῖς)· ἢ καὶ ἡμεῖς σοι προσοίσομεν ἀντὶ τῶν πηλῶν τοὺς καπηλοὺς καὶ ὅσα αἱ πόλεις μοχθηρὰ φέρουσιν. |
Je n'admets pas ces accusations au sujet de la Tibérine, de sa boue et de ses intempéries, toi qui connais si peu la boue, qui marches sur la point des pieds, qui fais résonner les parquets sous tes pas... ou encore, toi qui t'élèves, aérien, emporté par la flèche d'Abaris pour fuir la Cappadoce, bien que tu sois Cappadocien ! Est-ce notre faute, si vous avez, vous, le teint pâle, si votre souffle est court et si vous rationnez votre soleil, tandis que nous, nous sommes bien portant, rassasié, et sans limites étroites pour nous enfermer ? Mais ces avantages ne sont pas pour vous ; vous vivez mollement, vous êtes riches, vous badaudez... Voilà ce que je n'approuve pas. Cesse donc de critiquer notre boue (car ce n'est pas toi qui as créé ta ville, pas plus que nous nos intempéries) ; ou alors, nous t'opposerons, au lieu de la boue, vos bouges, et tout ce que les villes comportent de nuisible. |
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Basile racontera lui-même, dans la lettre 223 de sa correspondance, dans quelles circonstances il décida finalement de quitter cette existence pour mener une vie monastique. |
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Explication
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Grégoire de Nazianze est un des Pères de l'Église issus de Cappadoce, comme saint Basile et Saint Grégoire de Nysse, le frère de celui-ci. Au IVe siècle après Jésus-Christ, la Cappadoce est une province romaine ; elle à la fois christianisée et hellénisée. L'éducation qu'y reçoit Grégoire est marquée par les Lettres grecques, mais son père, Grégoire l'Ancien, un Juif païen, ne se convertit au christianisme qu'en 325, avant de devenir évêque de Nazianze en 329. Ces deux lettres sont les deux premières lettres que nous possédions de saint Grégoire. En 361, il est âgé de trente-et-un, ou de trente-deux ans ; et il vient d'achever ses études, à Athènes, où il a rencontré Basile. Là, ils se sont convertis tous deux, et ils se sont promis de vivre ensemble chrétiennement... Mais Grégoire n'a pas tenu sa promesse ! Lectures en ligne :
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Les exhortations par lesquelles s'achèvent ces deux lettres consécutives sont différentes l'une de l'autre ; elles se rejoignent néanmoins dans le sentiment d'amitié d'amitié, φιλία, qui unit Grégoire de Nazianze à Basile de Césarée. En outre, la part de l'humour, dans la deuxième lettre, est sans aucun doute considérable : on peut y lire un écho des disputes d'étudiants, des débats éristiques auxquels, de façon plus ou moins parodiques, ils pouvaient se livrer à Athènes. Pourtant, cette polémique n'est pas totalement dénuée de sérieux : elle témoigne de la vivacité d'une amitié qui résiste à la séparation, mais aussi d'une certaine sagesse, dans l'appel de Grégoire à ne pas porter de jugement trop hâtif sur la vie d'autrui, a fortiori quand il s'agit de celle d'un ami ! |
© François Gadeyne.