Chronologie sommaire
Les lieux de la représentation
Les sources
Les caractéristiques principales
Le théâtre tragique et l'aristotélisme au XVIe siècle
Comparaison avec la tragédie classique
Lectures conseillées...

On distingue principalement trois périodes :
La génération de Jodelle (mort en 1573)
La génération de Garnier (mort en 1590)
La génération de Montchrestien (mort en 1621). Cette période appartient déjà à l'âge baroque.
Les lieux sont, de plus en souvent, des lieux fermés.
places (mais interdiction en 1548)
Jeux de paume
Collèges
Hôtels particuliers
Châteaux, ou la Cour du roi
Le spectacle s'adresse à un public restreint, plutôt cultivé, contrairement aux mystères médiévaux qui se déroulaient dans la rue et sur les places publiques et qui s'adressaient à tous.
La moralité (genre médiéval). Il se trouve des «tragédies morales», et Lazare de Baïf définit la tragédie comme «une moralité composée de grandes calamités, meurtres et adversités survenus aux nobles et excellents personnages» (préface d’Électre, 1537)
Le mystère (genre médiéval). Il existe un courant chrétien dans la tragédie (Jean de la Taille, Théodore de Bèze, Des Masures, etc.), qui s’inscrit dans la continuité du Moyen Âge : terreur et pitié s’inscrivent dans une perspective religieuse.
Les tragédies antiques, que l'on traduit (Sophocle, Euripide, Sénèque).
Sénèque fait figure de modèle : il inspire aux auteurs des sujets terrifiants, une rhétorique très présente (rhétorique de l'émotion — movere — et de l'instruction — docere —), et une morale stoïcienne.
Le théâtre néo-latin
Les tragédies italiennes (la Sophonisbe de Trissino, en 1515, par exemple
Les théoriciens de l'Antiquité : Aristote (découvert tardivement), Horace
Avec la Pléiade, la tragédie devient un exercice littéraire, qui donne lieu à de belles réussites. Dans ce cas, les sujets sont empruntés de préférence à l’Antiquité païenne, ce qui permet en outre de se démarquer de la tradition médiévale et religieuse des mystères (Dorat, Prométhée, vers 1548 ; Baïf, Médée, 1549 ; etc.). Le modèle du genre reste la Cléopâtre captive de Jodelle (1552).
Ces tragédies sont souvent statiques
Cet aspect les distingue de la conception aristotélicienne du spectacle dramatique : pour Aristote, une pièce de théâtre est «la représentation d’une action».
La fin est souvent connue dès le début (dans La Cléopâtre captive de Jodelle, le personnage protatique, Antoine, annonce la mort de Cléopâtre)
Les actes s'apparentent à des tableaux pathétiques (cf. P. Soler, Genres, formes, tons, chap. «Lyrisme et tragédie»).
Le Lyrisme
C'est le lyrisme de la déploration (à distinguer du lyrisme élégiaque), très présent dans la tragédie antique (les Troyennes, Hécube, Andromaque, etc.)
Les trois rhétoriques (judiciaire, délibérative, démonstrative) sont présentes ; dans les trois cas, le pathétique l'emporte.
Toutes les ressources de la poésie sont utilisées — en particulier les ressources de la versification.
Le Didactisme
Pour Ronsard, la tragédie doit être «didascalique et enseignante». Morale individuelle, et morale sociale et politique, dont les notions centrales sont la modération et la résignation.
La morale de la tragédie s'exprime par les moyens d'une rhétorique didactique (rhétorique du docere), et en particulier par des sententiae («sentences», maximes).
Ce texte est la préface de sa tragédie biblique Saül le furieux; La Taille propose une lecture de La Poétique d'Aristote.
La tragédie est «poésie non vulgaire»
L'action est exceptionnelle et exemplaire
Les ressorts du tragique sont l'émotion, et l'édification (movere et docere)
les personnages ne sont ni allégoriques, ni merveilleux (contrairement aux mystères, qui représentaient des épisodes remarquables de la vie du Chrsit, de la vie d'un saint, etc.) ; ils ne sont ni entièrement bons, ni entièrement méchants.
Souci de dispositio : il s'agit de «bien disposer, bien bâtir».
L'unité d’action commande les unités de temps et de lieu. La Taille est le premier à formuler, en France, ces exigences d'unité.
La division de l'œuvre en cinq actes (inspirée de l'Art poétique d'Horace)
La présence d’un chœur, « assemblée d’hommes ou de femmes qui discourent sur tout ce qui aura été dit avant. »
Entre autres, Scaliger explicite le plan de la tragédie tel que l'analyse Aristote :
Protase
Epitase
Catastase
Catastrophe
Néanmoins, ce plan est brouillé par :
le découpage en cinq actes
Le peu d'action dans certaines tragédies
Les indications d’Aristote ne sont pas suivies à la lettre. Mais les tragédies du XVIe siècle utilisent encore des chœurs, par exemple.
Le respect des indications d’Aristote évolue au fur et à mesure que l'analyse aristotélicienne s'impose comme un ensemble de règles. Par exemple, La Taille supprime le personnage protatique, et privilégie le commencement in medias res (dans Saül le furieux, le début est saisissant) ; il privilégie l’action ; il se soucie des unités, et donne à ses personnages une psychologie nuancée (ils ni tout bons, ni tout mauvais).
Le sujet est emprunté à la Bible : le Livre des rois, et le premier livre de Samuel.
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C'est la fin du siège de Jérusalem par Nabuchodonosor (le siège a duré trois ans). Le roi de Judée est Sédécias ; or c’est Nabuchodonosor lui-même qui l’a mis sur le trône. Le châtiment subi par celui-ci sera terrible.
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Des personnages arrivent tardivement (David dans Saül le furieux, Sédécias dans Les Juives)
Le personnage protatique disparaîtra, et l'exposition sera assumée par les dialogues, le plus souvent
Les actes sont des longueurs inégales
Présence du chœur.
La déploration cèdera la place à l'action (et chez Racine, dans Bérénice notamment, à l'élégie.
Malgré ces différences, la tragédie humaniste prépare, à bien des égards, la tragédie classique.
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