Troisième déclinaison : radicaux en occlusives et liquides

Version revue et corrigée (2 févr. 2011)

Pour les désinences de la troisième déclinaison,
voir cette page.

1. Noms à radical en occlusive (sauf nasale ν) : masculins et féminins

La désinence du nominatif singulier est le . Ce ς se maintient avec les radicaux se terminant par une consonne labiale, gutturale ou dentale (voir les lettres et leur classement) :

  • avec les labiales et les gutturales, il forme une consonne double : ψ pour les unes, ξ pour les autres. Ainsi, *χέρνιβς fait χέρνιψ, *γλαῦκς fait γλαῦξ ;
  • il se substitue aux dentales : par exemple, *ἔριδς donne ἔρις.

Particularité à noter pour l'accusatif singulier, avec les radicaux en dentale :

  • soit la dentale et la désinence se maintiennent (par ex. ἡ ἀσπίς « le bouclier », accusatif singulier τὴν ἀσπίδα) ;
  • soit la désinence remplace la dentale (comme ἔρις, ci-dessous).

Le vocatif singulier peut se calquer sur le nominatif (radicaux en labiale ou en gutturale), ou perdre la désinence (radicaux en dentale).


radicaux en occlusives sourdes et sonores

labiales (β, π, φ)
--> radical en
ex. : ἡ χέρνιψ « le bassin »
gutturales (γ, κ, χ)
--> radical en
ex. : ἡ γλαῦξ « la chouette »
dentales (δ, τ, θ)
--> radical en
ex. : ἡ ἔρις « la querelle »
singulier ἡ χέρνιψ
    χέρνιψ
τὴν χέρνιβα
τῆς χέρνιβος
τῇ χέρνιβι
ἡ γλαῦξ
    γλαῦξ
τὴν γλαῦκα
τῆς γλαυκός
τῇ γλαυκί
ἡ ἔρις
    ἔρι
τὴν ἔριν
τῆς ἔριδος
τῇ ἔριδι
pluriel αἱ χέρνιβες
    χέρνιβες
τὰς χέρνιβας
τῶν χερνίβων
ταῖς χέρνιψι
αἰ γλαῦκες
    γλαῦκες
τὰς γλαῦκας
τῶν γλαυκῶν
ταῖς γλαυξί
αἱ ἔριδες
    ἔριδες
τὰς ἔριδας
τῶν ἐρίδων
ταῖς ἔρισι

Attention, il existe, dans la troisième déclinaison, d’autres mots en -ις, dont le radical est vocalique : c'est le cas, par exemple, de ἡ πόλις « la cité » (le radical est πόλι-).

Quelques remarques sur ces mots :

  • Contenant l’eau lustrale, la χέρνιψ sert aussi à désigner l’eau lustrale elle-même.
  • La chouette (ἡ γλαῦξ) est le symbole d’Athéna, et à Athènes le mot désigne une pièce de monnaie qui représente cet animal (lien vers le site sacra-moneta).
  • Ἔρις est aussi une déesse ; le mot est alors un nom propre. C’est elle, par exemple, qui, dans l’Iliade, sème la discorde entre Achille et Agamemnon, et dans tout le camp des Grecs.


2. Noms neutres à radical en -ατ-

Le radical de ces mots se termine par la dentale , qui apparaît dès le génitif singulier : -ατος. Ce disparaît au singulier, cas directs, et au datif pluriel.

nominatif en -μα-
ex. : τὸ ἄγαλμα l’offrande aux dieux, l’image d’un dieu, l’image, la statue
nominatif en -ατ-
ex. : τὸ πέρας la fin, le terme
singulier τὸ ἄγαλμα
    ἄγαλμα
τὸ ἄγαλμα
τοῦ ἀγάλματος
τῷ ἀγάλματι
τὸ πέρας
    πέρας
τὸ πέρας
τοῦ πέρατος
τῷ πέρατι
pluriel τὰ ἀγάλματα
    ἀγάλματα
τὰ ἀγάλματα
τῶν ἀγαλμάτων
τοῖς ἀγάλμασι
τὰ πέρατα
    πέρατα
τὰ πέρατα
τῶν περάτων
τοῖς πέρασι

Remarque sur le mot ἄγαλμα : il est à mettre en relation avec le verbe ἀγάλλομαι (voix moyenne) « exulter, ressentir une joyeuse fierté de », qui à la voix active (ἀγάλλω) signifie « glorifier, exalter ».

3. Mots masculins, féminins et neutres à radical en -ντ.

Chez ces mots, au nominatif singulier, la désinence σ disparaît, entraîne le τ dans sa chute, et provoque l'allongement du radical... Chez certains mots, le σ se maintient (par exemple ὁ γίγας, génitif τοῦ γίγαντος, « le géant » ; τὸ ὀδούς, génitif ὀδόντος la dent). Au datif pluriel, le σ se maintient pour tous les mots, ce qui provoque la disparition de -ντ-, et l’allongement du ο en ου (et non pas en ω, attention).

Exemple : ὁ ἄρχων le chef, l’archonte
singulier ὁ ἄρχων
    ἆρχον
τὸν ἄρχοντα
τοῦ ἄρχοντος
τῷ ἄρχοντι
pluriel οἱ ἄρχοντες
    ἄρχοντες
τοὺς ἄρχοντας
τῶν ἄρχόντων
τοῖς ἄρχουσι


4. Mots masculins et féminins à radical en liquide (λ ou ρ) ou en ν.

Avec ces radicaux, le σ du nominatif singulier ne se maintient pas, mais sa disparition provoque l’allongement du radical. Chez certains mots (comme ἀγών « dispute », ou ῥήτωρ, « orateur »), cet allongement se maintient tout au long de la flexion, même lorsque la désinence n’est pas un σ ; chez d’autres (comme δαίμων, ci-dessous), cet allongement ne concerne que le nominatif singulier.

nasales liquides
singulier ὁ δαίμων
    δαῖμον
τὸν δαίμονα
τοῦ δαίμονος
τῷ δαίμονι
ὁ σωτήρ
    σωτέρ
τὸν σωτῆρα
τοῦ σωτῆρος
τῷ σωτῆρι
pluriel οἱ δαίμονες
    δαίμονες
τοὺς δαίμονας
τῶν δαιμόνων
τοῖς δαιμόσι
οἱ σωτῆρες
    σωτῆρες
τοὺς σωτῆρας
τῶν σωτήρων
τοῖς σωτῆρσι

Remarques sur ces mots :

  • Le mot δαίμων désigne d’abord la « puissance divine », et non un dieu ou une déesse en particulier. « Le δαίμων n’est pas l’objet d’un culte » (P. Chantraine). Avec Hésiode, ce mot s’emploie pour désigner « un demi-dieu, un démon ». L’origine de ce mot se trouve dans le verbe δαίομαι « distribuer » : le δαίμων est une « puissance qui attribue » (Chantraine).
  • Le mot σωτήρ vient du verbe σῴζω sauver. Il peut qualifier plusieurs dieux, en particulier Zeus, mais pas seulement lui. Les chrétiens l’utilisent pour désigner le Christ.

Les mots en -ην comme ὁ φρήν, génitif φρενός (« coeur », « sentiment ») suivent la déclinaison de δαίμων ; seulement, la voyelle est η (abrégée, le cas échéant, en ε) au lieu de ω.

5. Cas particulier : les mots du lexique de la famille.

Certains mots très anciens appartenant au champ lexical de la famille présentent des caractéristiques d’une déclinaison archaïque :

  • thème différent entre les cas directs et les cas obliques (phénomène auquel s’ajoutent quelques autres complications, voir tableau ci-dessous)
  • accentuation variable
  • vocalisation du ρ en ρα au datif pluriel

La voyelle longue du radical -ηρ, au nominatif singulier, résulte de la disparition de la désinence , comme dans σωτήρ.

ὁ ἀνήρ « l’homme »
--> radicaux :
-ἀνερ- (seulement nom. et voc. sing.)
-ἀνδρ-
ὁ πατήρ « le père »
--> radicaux :
-πατερ- (y compris gén. pluriel)
-πατρ-
ἡ μήτηρ « la mère »
--> radicaux :
-μητερ- (y compris gén. pluriel)
-μητρ-
ἡ θυγάτηρ « la fille »
--> radicaux :
-θυγατερ (y compris gén. pluriel)
-θυγατρ-
singulier ὁ ἀνήρ
    ἄνερ
τὸν ἄνδρα
τοῦ ἀνδρός
τῷ ἀνδρί
ὁ πατήρ
    πάτερ
τὸν πατέρα
τοῦ πατρός
τῷ πατρί
ἡ μήτηρ
    μῆτερ
τὴν μητέρα
τῆς μητρός
τῇ μητρί
ἡ θυγάτηρ
    θύγατερ
τὴν θυγατέρα
τῆς θυγατρός
τῇ θυγατρί
pluriel οἱ ἄνδρες
    ἄνδρες
τοὺς ἄνδρας
τῶν ἀνδρών
τοῖς ἀνδράσι
οἱ πατέρες
    πατέρες
τοὺς πατέρας
τῶν πατέρων
τοῖς πατράσι
αἱ μητέρες
    μητέρες
τὰς μητέρας
τῶν μητέρων
ταῖς μητράσι
αἱ θυγατέρες
    θυγατέρες
τὰς θυγατέρας
τῶν θυγατέρων
ταῖς θυγατράσι

Remarques sur ces mots :

  • Dans la religion grecque, le mot πατήρ sert surtout à désigner Zeus. Voir le latin Jupiter.
  • Le mot μήτηρ se retrouve dans le nom de la déesse Δημήτηρ (la première syllabe pourrait provenir d’un δ᾵ signifiant « la terre »). Mais le mot à lui seul désigne aussi « la Grande Mère », Cybèle.

Noter la déclinaison de ἡ γυνή « la femme » :

singulier ἡ γυνή
    γύναι
τὴν γυναῖκα
τῆς γυναικός
τῇ γυναικί
pluriel αἱ γυναῖκες
    γυναῖκες
τὰς γυναῖκας
τῶν γυναικῶν
ταῖς γυναιξί